Notes de Prod. : Le Tango des Rashevski

    en DVD le 29 Avril 2004

ENTRETIEN AVEC SAM GARBARSKI

Quel a été votre parcours avant ce premier film ?

"Après avoir travaillé dans une vie antérieure comme publicitaire, j'étais un peu frustré de voir mes idées toujours idéalisées par d'autres. Certains projets s'avèraient meilleurs à l'arrivée, mais se trouvaient différents de mes idées de départ. Je me suis donc riqué à réaliser ma première pub. D'autres ont suivi, puis des amis m'ont encouragé à passer au court métrage, puis au long."

Comment est venue l'idée de cette comédie familiale

"Après avoir assité à un festival sur l'humour juif à Bruxelles, j'ai passé la nuit à écrire un embryon d'histoire sur une quinzaine de pages. Après l'avoir soumis à mon ami scénariste Philippe Blasband, nous l'avons développé en nous inspirant de notre propre vie, ou de certains événements survenus à des proches. En fait, les Rashevski ce pourrait être la famille Blasbarski, les Blasband et les Garbarski."

L'histoire se situe dans une famille juive, mais le film évoque des sujets ou chacun peut se retrouver : la perte d'un être cher, la recherche des racines familiales, la nostalgie des traditions, etc.

"J'aimerais bien que le film soit reçu de cette façon. Je crois qu'il ne faut pas être né à Hong-Kong pour apprécier les films asiatiques ! Pour toutes les familles, la perte d'un être cher comme une grand-mère, ça peut être un moment difficile, un séisme inattendu. On se retrouve face à un arbre déraciné, retourné vers le ciel, chacun essaie de trouver sa racine, de s'y accrocher, de toute façon, on appartient tous au même tronc. En enterrant leur grand-mère, les Rashevski déterrent leurs racines."

Le ton du film est empreint de gravité et de drôlerie

"Mon amour pour le cinéma est nourri aux comédies italiennes. A ces films riches en émotions, mêlant la tendresse, la drôlerie, le drame, les moments de bonheur. J'espère aller plutôt dans cette veine-là, et je n'ai pas voulu faire un film hermétique."

Une des qualités majeures de votre film tient précisément à l'exposition de la complexité des questionnements chez chacun des personnages.

"Le paradoxe est tellement juif ! Le sujet du film est justement la tolérance, l'ouverture indispensable vis-à-vis de la complexité des points de vue différents de chacun. Il y a tellement d'interprètations possibles de la Torah dans le Talmud, on peut dire autant d'interprètations que de rabbins qui l'ont lue ! C'est ce qui est joli dans la pensée juive. Cette diversité garde la religion vivante, mais alors, pourquoi y aurait-il une seule manière de la pratiquer ? Certains orthodoxes se devraient de l'admettre. Pour moi, aucune religion ne devrait être vécue dans l'extrême, je ne peux pas croire que le vrai judaïsme soit ultra-orthodoxe. Un rabbin libéral n'est pas reconnu par le Consistoire, il n'existe pas pour les orthodoxes, et là, on est dans l'absurde."

L'enterrement de la grand-mère Rosa pousse chacun des membres de la famille à une prise de conscience sur son identité."
"Chacun se retrouvait confronté à des réalités qu'il avait oubliées, ou refoulées, consciemment ou inconsciemment."

Rosa était le lien qui unissait cette famille, la gardienne des traditions"

"On peut imaginer le passé de Rosa. Celui d'une jeune femme élévée dans un village d'Europe Centrale, arrivée en France dans les années 30. Pendant la guerre, Rosa s'est trouvée confontée aux persécutions. Après avoir vécu des drames, avoir perdu la quasi-totalité de sa famille, elle s'est rendu compte qu'elle ne pouvait plus croire. "Où était Dieu pendant la deuxième guerre Mondiale?", c'est une question que beaucoup se sont posée. Par contre, son mari Shmouel (Moscu Alcalay) s'est réfugié dans la religion car il lui fallait une réponse. Le ménage ne pouvait plus marcher. Shmouel est parti en Israel, et Rosa a élevé seule ses enfants, dans cette contradiction de ne plus croire, de ne plus pratiquer, tout en restant attachée à ses racines, et en maintenant vivantes des traditions."

Une contradistion que vous partagez avec Rosa

"Je crois qu'il n'y a aucune contradition à rejeter la religion et à tenir à la tradition. La religion, quand on la pratique à la lettre, est la cause de beaucoup de maux aujourd'hui. Il faudrait s'en tenir aux traditions des uns et des autres, partager, s'ouvrir. C'est bien de mélanger les cultures. Transmettre la tradition, c'est par exemple faire goûter ce bouillon juif avec des "kneidelechs", qu'on appelle aussi "la penicilline juive"". Ce n'est que du bouillon de poule, mais il fait ressusciter les morts, on le donne aux malades chez les Ashkénazes qui revivent aussitôt ! La tradition est une des plus belles choses à partager. Avec mon fils, qui est dans une école juive très ouverte, on fête Noel avec un sapin et des cadeaux. Pour mes personnages, le tango, c'est leur bouillon avec des kneidelechs, c'est l'aspirine familiale ! Si tout le monde avait un tango comme les Rashevski, le monde semblerait peut-être un peu moins difficile à vivre. C'est ce que j'ai envie de raconter."