Vous jouez le rôle de Maniette la mère du Vilain. Qui est cette dame ?
Maniette est une petite mamie qui ne ferait pas de mal à une mouche. Elle a le cœur sur la main. C’est presque l’image d’Epinal de la petite dame d’un autre temps qui se bagarre pour que son quartier ne soit pas détruit. Son fils est un affreux jojo, un
vilain et elle décide de le remettre dans le droit chemin... Un combat entre le bien et le mal.
Pourquoi Albert Dupontel vous a-t-il choisie ?
On s’était très bien entendu sur
Odette Toulemonde mais j’ai tout de même été surprise de la proposition d’Albert, puisque Maniette a 78 ans ! C’est vrai que j’ai le goût de la transformation, j’ai déjà fait des rôles très divers, mais avec ce personnage, il me proposait un extrême. En fait, je ne sais toujours pas pourquoi il m’a choisie... Chez Albert, j’aime beaucoup le mélange du vrai et du faux.
Comment définiriez-vous Le Vilain?
C’est une comédie très drôle mais c’est aussi une histoire d’amour et de haine. Il y a une ambiance à la Tex Avery et aussi de la tragédie pure.
Quelles ont été les étapes de votre transformation?
Il y a eu beaucoup d’étapes et pas mal de travail en amont. Je voulais trouver le bon maquillage, les bons cheveux, le bon regard, le comportement, la petite bosse dans le dos, les accessoires, le petit imper... J’ai eu besoin de m’accrocher à tout cela. Albert m’a vraiment laissé le temps de travailler avec Chantal Léothier au maquillage et
Pierre-yves Gayraud aux costumes.
Qu’est-ce qui a inspiré votre jeu ?
Helen Mirren dans
The Queen de Stephen Frears, le portrait de sa mère peint par David Hockney, ma propre grand-mère et tous ces visages de vieilles dames que j’ai croisés dans la rue. A posteriori, en voyant le film
Là-haut de Pixar, j’ai naturellement identifié Maniette à Carl, ce petit papi étonnant qui accomplit ses rêves à 78 ans...
Vous avez aimé ce travail de préparation ?
Oui, j’ai aimé ce travail de préparation qui a duré deux mois. On a fait beaucoup d’essais en gardant un vrai dialogue à trois, Albert,
Catherine Bozorgan la productrice et moi-même et j’ai vraiment trouvé le personnage juste avant de commencer le tournage. Après je ne me suis plus posée aucune question et je me suis jetée à l’eau.
Jouer une vieille dame de 78 ans était tout de même un défi ?
Je ne voulais pas faire une performance mais pouvoir entrer dans le personnage et l’incarner au mieux, au plus juste, au plus vrai. Je mets toujours beaucoup d’énergie dans mes rôles. J’aime mettre de la vie dans mes personnages et Maniette a une forte personnalité, elle est combative et malicieuse, au fond c’est telle mère tel fils.
Cette image de la vieillesse vous a-t-elle fait peur ?
Au début, j’ai trouvé que c’était drôle et puis après j’ai eu peur. Ça m’a renvoyé une image de moi vieille dame, c’était vertigineux. En fait, c’était comme un avant-goût, j’étais face à ça, je l’ai ressenti intimement et ça m’a fortement troublé. J’avais un chemin personnel à faire et il m’a fallu du temps pour accepter l’idée. Mais pour une actrice, c’est une aventure en soi assez hors du commun.
Parlez-nous de votre duo d’acteurs avec Albert Dupontel.
J’ai beaucoup d’admiration pour Albert depuis longtemps et d’ailleurs je connais tous ses films. Je l’ai vraiment aimé comme acteur que ce soit chez Becker, chez Schmitt. Pour
Le vilain, il a été très directif dans le sens où il a une vision très précise de ce qu’il veut et je me devais moi aussi de rentrer dans son univers. Je l’ai choisi, je l’ai voulu et je pense que ça s’est bien passé.
Comment définir son univers ?
Il est dans le terriblement drôle et le terriblement sérieux. Il est dans une urgence, une poésie. J’aime sa fougue, son énergie. Il est habité, il cherche. C’est un artiste qui bouscule.
Que pensez-vous des dialogues ?
Je crois qu’Albert est très attiré par le cinéma anglais. Dans
Le vilain, il y a quelque chose de
Tueurs De Dames ou
Whisky à Gogo, ces vieux films anglais des années 50 d’Alexander Mackendrick. Il y a aussi quelque chose des Monty Python. Encore une fois c’est le grand rire et le grand sérieux et les dialogues sont mémorables : «On ne se promène pas avec une balle dans le bras, c’est pas sain», «S’il suffisait de me tuer pour que je meure !», «Quand je veux te tuer, tu râles, quand je veux être gentil, tu râles !», «Si je suis méchant c’est pas pour t’embêter, c’est pour pas que tu meures.»
Comment le tournage du Vilain s’est-il déroulé?
Avec beaucoup d’urgence et une fulgurante rapidité. Il faut aller vite car il a des visions et il faut rentrer dans le jeu. Pendant le tournage, j’étais face à Albert
Le Vilain, avec sa tête, son nez, son sourire carnassier. J’avais l’impression d’être une marionnette et ça me plaisait.
J’ai l’impression que vous êtes une aventurière ?
J’aime les expériences nouvelles et j’aime être bousculée. Albert m’a bousculé à sa manière. Il est unique en son genre.
À votre avis comment fonctionne un acteur ?
J’ai envie de vous citer deux phrases de Stanislavski : «L’homme possède en lui en puissance tous les éléments de toutes les facultés humaines du bien et du mal. Grâce à son art, l’acteur doit découvrir les traits qu’il devra développer dans son personnage». Et : «Le public qui prend le faux pour du vrai a le sens du vrai.»
Que gardez-vous de cette expérience ?
Le goût du risque.
Que diriez-vous si c’était à refaire ?
Banco !
Quel est votre secret pour avoir une si jolie peau ?
Il suffit d’enlever le latex...