Notes de Prod. : Le Village

    en DVD le 18 Février 2005

NOTES Sur le film

AU NOM DE LA PEUR

Ecrit et réalisé par M. Night Shyamalan, LE VILLAGE dépeint une petite communauté repliée sur elle-même qui vit dans la terrible certitude que des créatures résident dans les bois alentour. Un jeune homme va tout remettre en cause…

Considéré comme l’un des cinéastes contemporains les plus novateurs et les plus originaux, M. Night Shyamalan aborde dans ses films des thèmes universels qui touchent le cœur et l’esprit du public de tous âges. Après la famille et les fantômes dans SIXIEME SENS, l’univers des bandes dessinées et l'invincibilité dans INCASSABLE, les extraterrestres et la foi dans SIGNES, il nous entraîne cette fois dans un voyage au cœur de nos peurs les plus instinctives et ce qu'elles peuvent impliquer au sein d'une communauté.

Le philosophe Bertrand Russell, :
" Combattre la peur est le début de la sagesse ". Combien de fois avons-nous entendu un père ou une mère rassurer un enfant en lui disant qu’il n’y a pas de quoi avoir peur, que rien ne le menace ? Mais disent-ils la vérité ? Dans LE VILLAGE, la peur des créatures vivant dans les bois, " ceux dont on ne parle pas ", menace toute la communauté et la sécurité des enfants.

Les aînés du village ont fait le choix de vivre en petite communauté dans un lieu isolé. Ils se sont coupés du reste du monde, et c’est leur peur des créatures, et de ce qui peut exister au-delà des frontières du village, qui les motive, les rapproche et les soude.

M. Night Shyamalan :
" Nous ne pouvons ignorer la peur. Nous vivons avec elle chaque jour. Qu’elle soit liée à la présence de créatures dans les bois, ou à notre société moderne, l’insécurité de nos propres enfants nous tenaille. La peur nous fond dessus quand nous regardons les informations et entendons parler d’enlèvements d’enfants, de guerre, de terrorisme.
Franklin D. Roosevelt disait que " la seule chose dont on doit avoir peur, c’est de la peur elle-même. " Mais notre société nous montre autre chose… Dans le monde qui est le nôtre, je me demande souvent jusqu’où j’irais pour protéger mes enfants. Ferais-je la démarche d’aller m’installer dans une ferme au milieu de nulle part et de vivre comme les gens de ce village ? J’aime à croire que oui, mais combien d‘entre nous le font pour de bon ? A quels sacrifices sommes-nous prêts pour échapper à ce qui nous effraie ? "

En temps de crise, se rapprocher des autres peut être ce qui nous aide à survivre, à combattre la peur.
Le producteur Sam Mercer :
" Le village n’est pas si différent des quartiers que nous connaissons de nos jours. Quand la peur menace, quand elle prend le contrôle, les gens se tournent les uns vers les autres pour se soutenir. C’est ce sens de la communauté qui crée la force. "

M. Night Shyamalan :
" La peur ne naît pas forcément de quelque chose qui nous menace. Elle peut simplement surgir de nos préjugés, de notre imagination qui s’emballe. J’espère qu’à travers ce film, les gens pourront mieux comprendre la peur et comment, même en plein chaos, on peut trouver le moyen de lui résister et de s’en sortir. "

L’HISTOIRE AVANT TOUT

Pour Shyamalan, la narration est ce qui importe le plus dans la création d’un film. Il explique : " Les gens viennent au cinéma pour être divertis, pour ressentir. J’aime leur donner ce qu’ils attendent, mais à ma manière, leur offrir un suspense si possible insupportable… Je capte leur attention en retenant l’information jusqu’au dernier moment.
" Lorsque j’écris, j’aime surprendre. En même temps, j’essaie d’apporter de l'humanité à mes histoires. J’ai envie que les gens sortent de la salle en ayant reçu quelque chose qui les fasse réfléchir, et que ce quelque chose en vaille la peine. "
" LE VILLAGE est différent de mes précédents films, sans doute parce que j’évolue. Je mûris en tant que cinéaste. J’ai eu envie d’écrire sur l’innocence. LE VILLAGE se déroule à la fin du XIXe siècle, après la Guerre de Sécession et avant l’industrialisation, lorsque la vie était plus simple. Alors, il n’était pas uniquement question d’argent ou d’appât du gain. Les gens parlaient sans sarcasme et vous pouviez entendre la vérité et la sincérité facilement. "

M. Night Shyamalan :
" Je suis tombé amoureux de la vie simple et d’un rythme plus calme. La vie peut vraiment être dingue… En allant trop vite, on oublie ce qui est important, et on développe des obsessions. "

Pour Shyamalan, le processus d’écriture du VILLAGE a été long. Il raconte : " Je garde en permanence avec moi un cahier dans lequel j’écris mes idées, y ajoutant constamment des choses. Les détails des personnages du film sont apparus au fur et à mesure, d’eux-mêmes, et avant que j’en aie eu vraiment conscience, une phrase s’est transformée en deux, en une page, puis deux, trois, et avec le temps c’est devenu un scénario.
Inclure des éléments de romance dans mon écriture était nouveau pour moi. Ici, le sentiment amoureux côtoie et se mêle à l’inconnu et au surnaturel que le public a aimé dans mes films prédécents. LE VILLAGE parle du pouvoir de l’amour, de ce qu’il peut créer et de ce qu’il peut surmonter. "

LES VILLAGEOIS

M. Night Shyamalan :
" J’avais envie d’inclure dans cette histoire des thèmes liés à l’amour et au romantisme. J’ai lu et relu " Les Hauts de Hurlevent " ; j’adore ces moments bouleversants où les personnages tombent amoureux. Qu’ils aiment ou non la bonne personne, que la personne aimée soit mariée ou non, il n’y a pas de compromis. Vous faites ce que vous dicte votre cœur. En fin de compte, LE VILLAGE parle de cela. Ce genre d’histoire repose avant tout sur les personnages. "

L’un des éléments clés de l’histoire est l’évolution d’une jeune fille qui devient une femme. Malgré les obstacles, Ivy, une jeune aveugle, aime Lucius Hunt, et elle repousse ses propres limites.

C’est après avoir vu Bryce Dallas Howard à New York dans une pièce de Shakespeare off-Broadway que le cinéaste l’a rencontré. Lors d’un déjeuner, il lui a donné le scénario et lui a dit qu’il était convaincu qu’elle avait " l’enthousiasme contagieux et l’énergie innocente d’Ivy ".

Shyamalan : " C’est la première fois que le public va découvrir Bryce. Elle est Ivy. Après l’avoir trouvée, tout s’est mis en place. Le reste du casting est devenu évident. "
Bryce Dallas Howard : " Je suis heureuse que Night ait eu suffisamment de confiance et de foi pour choisir une actrice inconnue comme moi et lui confier un rôle dans cette magnifique histoire d’amour. C’est un lien incroyablement puissant qui se noue entre Ivy et Lucius, un amour comme nous rêvons tous d’en connaître un jour. "
" Night fait preuve d’une vraie générosité dans son travail. Il laisse ses acteurs évoluer librement dans le cadre qu’il a créé. Je crois qu’il fait ce même cadeau au public : il lui donne la chance d’interpréter son histoire de manière personnelle et intelligente. Pour lui, il est évident que le public a une imagination vivace et qu’il meurt d’envie qu’on lui offre une histoire complexe en forme de défi, pour son plus grand plaisir.
" Cette histoire a des allures de conte de fées, mais c’est aussi une intrigue qui vous prend par surprise. Parmi plusieurs personnages, Ivy émerge comme étant l’un des principaux. LE VILLAGE raconte son parcours pour devenir une adulte tout en conservant sa pureté et son intégrité. "

M. Night Shyamalan : " Ivy montre l’exemple du courage. Le courage, ce n’est pas de n’éprouver aucune peur, mais de surmonter sa peur pour agir. Sa ténacité est admirable. "

Joaquin Phoenix, qui incarne Lucius Hunt, retrouve Shyamalan après SIGNES. Le scénariste-réalisateur a écrit le rôle de Lucius pour lui.
Joaquin Phoenix : " J’adore ses scénarios. Lui et moi parlons toujours longuement de l’histoire. Il connaît si bien ses personnages qu’ils semblent faire partie de sa vie. Il vous raconte leur histoire, leurs réactions. "

APPRENDRE LE PASSE

Afin de mieux ressentir l’époque et les conditions de vie, les acteurs principaux ont suivi lors de la préproduction un " stage de formation " intensif, une immersion historique dans le passé. Ils ont ainsi découvert les qualités nécessaires à la survie à l’époque.
M. Night Shyamalan :
" Lors du casting, j’avais précisé aux acteurs que s’ils voulaient tourner ce film, ils devraient suivre au préalable trois semaines de préparation. Je voulais former une vraie communauté, où l’on ait besoin de compter les uns sur les autres pour survivre. "

Les acteurs ont visité des fermes historiques en Pennsylvanie et se sont investis dans toutes les activités - soigner des lapins, tanner les peaux, fabriquer des bougies, forger, couper du bois…. Sans oublier baratter le beurre et tondre les moutons. Sigourney Weaver a même pratiqué ce qu’elle appelle " le surf sur la boue " - entendez le labourage…

Pendant la durée de ce " camp ", tout le monde logeait dans des cabanes de bois et des tentes.
Aucun détail n’a été omis. Même la nourriture était préparée et servie à la manière de l’époque. Chaque soir, le chef tirait au sort le nom de deux acteurs qui devaient venir aider à la préparation du repas pour tout le monde. Tous ont participé, chacun a rempli sa part de tâches ménagères et de corvées.
Pour parachever cette immersion, des conférences ont été données par des gens qui ont vécu dans un cadre communautaire, et un psychologue est venu parler du stress post-traumatique ressenti à la suite d’actes violents. Un expert des " communautés utopiques " de l’université de Princeton est également venu partager ses connaissances avec le groupe.

Sam Mercer :
" Au cours de cette période de préparation, les acteurs sont entrés " biologiquement " dans la peau de leur personnage. Ils ont endossé leur personnalité. Joaquin est devenu un peu solitaire, un peu en marge du groupe, comme Lucius. Adrien est devenu plus excentrique, plus agité, comme Noah. William, qui joue le chef du village, Edward Walker, donnait des conseils et a fini par devenir une sorte de référence. Ce sentiment de cohésion s’est établi si naturellement que lorsque nous avons lancé les caméras, ils étaient effectivement liés les uns aux autres et formaient un tout. "
Le producteur associé Jose Rodriguez explique : " Ces acteurs de premier plan se sont retrouvés soudain à la merci des éléments. Pas d’hôtel cinq étoiles où se réfugier. S’ils voulaient avoir chaud, il fallait qu’ils fassent leur propre feu, et le reste à l’avenant. Night était là, avec eux, répétant et discutant de leurs personnages. "

Joaquin Phoenix :
" Les conditions de vie étaient sévères à la fin du XIXe siècle, mais les gens du village semblent heureux. Le camp a été pour nous l’occasion de nous libérer de nos habitudes quotidiennes. Nous nous sommes retrouvés en pleine forêt. Un véritable lien s’est créé. Nous sommes devenus une communauté, une vraie. "
William Hurt ajoute : " J’ai trouvé formidable que Night exige de ses acteurs cet investissement hors du commun. Nous autres acteurs, nous sommes à notre sommet quand nous pouvons travailler les uns avec les autres. On ne peut rien faire naître ensemble si on ne partage rien. "

PLUS QU'UN DECOR : UN MONDE

Le décor du village a été construit dans une vallée privée de 80 hectares du sud-est de la Pennsylvanie, à Pennsbury Townwhip, Chadds Ford, à quarante-cinq minutes de route du centre de Philadelphie. Il s’étend sur une surface de 16 hectares. Sa construction a demandé deux mois et demi de travail à l’équipe de décoration et de construction, 24 heures sur 24. Une semaine avant le début du tournage, les acteurs ont découvert ce superbe village de la fin du XIXe siècle.
Parmi les vingt structures figurent une salle de réunion communale, une école, une boulangerie, une forge, les granges et étables pour le bétail, une serre, un cimetière, des tours de guet, et bien sûr des maisons d’habitation.

Shyamalan :
" Je savais que ce que j’exigeais du chef décorateur, Tom Foden, et de son équipe était irréaliste à accomplir dans un temps si court. Mais le décor devait paraître vrai, pour que l’histoire le soit. Ils ont surpassé de loin mes attentes. Le décor du village semble tout droit sorti d’une peinture de l’époque ! "

Tom Foden :
" Night était très ouvert, il a permis à notre équipe de prendre des libertés dans la manière dont nous voyions le village. C’est rare que nous autres décorateurs puissions nous exprimer autant dans la création de décors. Nous avons étudié le profil et les vies des personnages du village, comme si nous aussi en étions des habitants. "

VIVRE AU VILLAGE

En 1897, il fallait cinq jours pour tisser la toile de lin nécessaire à la fabrication d’une chemise. Ce sont traditionnellement les femmes et les enfants qui s’occupaient du filage de la laine, et les hommes qui s’occupaient du tissage sur métier à tisser. Les hommes travaillant sur les métiers n’effectuaient aucune autre corvée difficile afin que leurs mains restent douces. C’est à ce genre de détails que l’équipe de la chef costumière Ann Roth a dû penser pour la création des costumes du VILLAGE.

Ann Roth :
" Je voulais que les costumes ne se remarquent pas, dans le bon sens du terme. Ils devaient sembler avoir été faits par les gens du village eux-mêmes. Ces gens n’ont pas accès aux dentelles ou aux textiles fabriqués en Europe. La création de ces costumes a été particulièrement difficile. "

Lors des premières discussions avec M. Night Shyamalan, celui-ci a précisé que les vêtements devaient avoir été fabriqués à partir de matériaux disponibles au village, comme le lin et la laine, et qu’ils pouvaient éventuellement inclure du tissu de coton que les premiers fondateurs du village auraient pu avoir apporté.

La chef costumière explique : " Les gens du village de sont pas d’habiles couturiers. Ils vivent à la campagne, ils travaillent dans des fermes et leurs vêtements devaient refléter leur style de vie fait de dur labeur. "
Les coupes ont été volontairement choisies pour être simples. Plusieurs motifs de tissus différents ont été élaborés par le département des costumes, puis appliqués sur de la toile de lin naturelle, vieillie par la suite. Ces motifs ont été réalisés par des techniques très simples, comme des tampons sculptés dans de la pomme de terre puis trempés dans de la teinture, ou des graines collées sur un rouleau trempé dans de la teinture.

Ces motifs, qui ont pour la plupart un thème lié à la nature, se retrouvent sur les costumes des acteurs principaux comme sur ceux des seconds rôles et figurants afin de renforcer le sentiment de cohésion au sein de la population du village.
Le département des costumes a travaillé avec le type de teintures naturelles réalisées à partir des éléments végétaux disponibles dans la région du village. Des bruns couleur rouille ou terre, des marrons et des beiges, des verts mousse prédominent. Ces couleurs sont pour la plupart assez ternes, à l’exception du personnage de Bryce Dallas Howard, vêtu de teintes de bleu brillantes ou d’indigo, qui soulignent sa personnalité vivace et entreprenante.