Entretien avec Jason Swinscoe, compositeurPour commencer, pourquoi avez-vous baptisé votre groupe « The Cinematic Orchestra » ? Est-ce parce que vous avez toujours voulu composer de la musique de films ?
À l’origine, je voulais un nom qui décrive ma musique, et musicalement, je n’ai jamais été tenté de me conformer à la sensibilité pop - les couplets, les chœurs, les middle eight (séquence d’une chanson, souvent de huit mesures, qui apparaît en général vers le milieu et évite la répétition couplet/refrain/couplet/refrain)... Àl’époque, j’écoutais des compositeurs comme Bernard Herrmann, à qui l’on doit plusieurs des musiques des films de Hitchcock, et je cherchais le moyen d’exprimer la narration à travers la musique. Herrmann utilisait des accords suspendus, des tierces et des sixtes, ce qui fait naître à l’écoute un sentiment d’irrésolution, voire d’anxiété. J’aime que la musique ne soit que tensions et relâchements. Ce sont ces notions, puisées dans les films, qui m’ont aidé à créer quelque chose de différent de ce qui se produit globalement sur la scène musicale actuelle. Quant à composer pour le cinéma, c’est une idée que j’ai toujours eue au fond de moi. Lorsque nous avons sorti notre premier album, j’ai créé un club, et j’ai invité des DJ et des producteurs à choisir leur propre film et à en récrire la musique en utilisant des platines et des disques. Ça a marché très fort pendant un moment, et c’est ce qui a conduit certaines personnes à me demander de composer une nouvelle musique pour le classique du muet L'Homme à La Caméra - ce qui reste une très grande expérience pour moi.
Quelle a été votre réaction quand on vous a demandé de composer la musique de Les Ailes Pourpres?
Cette idée m’excitait beaucoup, parce que je me sentais très proche du projet. Le film ne raconte pas une histoire conventionnelle, il est très ouvert, et j’avais donc la liberté de m’aventurer dans le royaume de l’abstrait, dans l’outre-espace, ce qui était très libérateur. C’est toujours comme cela que je travaille en tant que compositeur, sans frontières et en pensant à la manière dont la musique peut devenir un voyage à travers l’imaginaire.
Vous vous êtes rendu sur place au lac Natron pendant le tournage. Était-ce votre premier voyage dans cette partie de l’Afrique ?
Non, ma femme et moi avons fait six voyages en Afrique au cours de ces dernières années, c’est donc une intéressante coïncidence que je travaille sur ce film. Nous sommes allés au Mali, au Burkina Faso, au Ghana, puis en Tanzanie, au Kenya, notamment dans la région du Ngorongoro, et nous avons aussi sillonné la Tanzanie : nous nous sommes rendus à Zanzibar et à Dar Es-Salaam et nous avons ensuite pris un bus de Dar à Arusha, qui est assez proche du lac Natron.
Le lac ressemblait-il à l’idée que vous vous en faisiez ?
Je pensais que nous allions traverser la région du Ngorongoro, toute proche, et que le Natron ferait partie d’un parc national, mais c’est simplement une réserve d’animaux sauvages et il n’y a personne là-bas sauf les Masai. C’était donc une expérience tout à fait différente de ce que je connaissais, et le paysage, en plus, est extraordinaire. Le sol est dur, aride, carrément lunaire par endroits, et le Lengaï est entré en éruption. C’était vraiment un voyage incroyable !
Qu’est-il ressorti de ce voyage quant à la musique ?
D’abord, c’était formidable de rencontrer Matt, Mel et Leander dans leur environnement de travail, de les voir réellement créer le film et d’avoir ainsi une idée de ce qu’ils tentaient de faire. J’ai aussi emmené mon lecteur-enregistreur DAT et un micro avec l’idée d’enregistrer tout ce qui pourrait retenir mon attention. Que je l’utilise ou non par la suite, je savais que ce serait au moins utile comme référence.
Qu’avez-vous enregistré ?
Énormément de choses ! L’eau, l’ambiance de la journée, celle du soir, le son des chutes d’eau, et des chansons traditionnelles masai. J’ai enregistré aussi les flamants bien sûr, mais je dois avouer qu’ils n’ont pas un cri particulièrement harmonieux. C’est un cri rauque peu agréable à l’oreille.
Quand vous avez commencé à travailler sur le projet, avez-vous reçu des directions claires de la part de Leander ou de Matt vous expliquant ce qu’ils voulaient pour leur film ?
Le meilleur exemple que m’ait donné Leander a été le dernier album que j’ai sorti, Ma Fleur. Il m’a dit tout simplement : « C’est ça que je veux». Le concept de cet album repose sur le cycle de la vie, de la naissance et de la mort, et Leander aimait cela, et aussi avoir ce mix d’arrangements orchestraux, avec des chants et de la musique électronique. DisneynatureDISNEYNATURE est le nouveau label de production de films des studios Walt Disney basé à Paris, crée et dirigé par Jean-François Camilleri.
Ce label a pour vocation de produire de grands films sur la nature. Il célèbre sur grand écran les merveilles du monde dans lequel nous vivons et nous fait voyager jusqu'aux lieux les plus reculés de la planète pour captiver les publics du monde entier avec des histoires inventées par la nature. Le plus extraordinaire spectacle du mondePour le cinéaste britannique Matthew Aeberhard, l’extraordinaire rassemblement d’un million et demi de flamants sur les rives du lac Natron, au nord de la Tanzanie, surpasse tous les spectacles du monde - même celui de la migration annuelle du même nombre de gnous sur 3000 km entre les vastes prairies du parc national du Serengeti en Tanzanie et les lointaines pluies du Masai Mara, pourtant considéré comme l’un des plus magnifiques qui soient. Avec Les Ailes Pourpres - Le Mystère Des Flamants, Matthew Aeberhard et Leander Ward, coréalisateur du film, nous font enfin découvrir le plus fabuleux et le plus méconnu des événements du règne animal... Âgé de 41 ans, Matthew Aeberhard est une sorte d’Indiana Jones aux cheveux décolorés par le soleil d’Afrique. Les oiseaux sont sa passion. Capable d’imiter à la perfection le cri de la chouette, il peut provoquer l’envol affolé d’une nuée d’oiseaux perchés dans un arbre voisin. Il fait sans effort la différence entre la petite cisticole cendrée de couleur marron et la tout aussi minuscule cisticole naine de couleur identique, à une distance à laquelle la plupart des gens ne distingueraient pas une oie d’un grèbe. On peut se demander comment les cisticoles elles-mêmes font la distinction, mais Aeberhard, lui, les identifie instantanément, et déplore que les gens ne regardent pas mieux, qu’ils ne prennent pas le temps d’observer ce qui les entoure... Mais que l’on soit passionné ou non d’oiseaux, quand on se retrouve à côté de cet homme, à admirer le lac Natron depuis le camp de base de l’équipe de tournage installé dans une ancienne mission, on comprend aisément pourquoi Matthew Aeberhard aime par-dessus tout regarder les flamants se rassembler. Ici, à l’extrémité sud de ce lac qui mesure une soixantaine de kilomètres de long et dont la profondeur ne dépasse souvent pas les cinquante centimètres, la silhouette massive du volcan encore actif Ol Doinyo Lengaï domine l’horizon, s’élevant au-dessus du sol desséché de la Vallée du Rift, et les eaux azur du lac scintillent à perte de vue vers la rive kenyane, au nord. La vapeur s’enroule au-dessus des sources chaudes, au bord du lac. C’est une vision primitive et exaltante, qui l’est encore davantage lorsque des panaches de fumée ondulent vers le ciel depuis les entrailles en ébullition du Lengaï. L’élégance des flamants Dans leur habitat naturel, si étrange que l’on croirait se trouver sur la Lune ou sur une planète inconnue, les flamants ne sont pas les animaux gauches et empruntés dépeints par Lewis Carroll. Ils n’ont rien de commun non plus avec ceux des zoos. Marchant dans l’eau à la recherche des cyanobactéries dont ils se nourrissent, leurs longs cous et leurs immenses pattes révèlent toute leur élégance. Ce sont les témoins de l’évolution de leur espèce pour s’adapter à son environnement, tout comme les longs cous et pattes des majestueuses girafes qui peuvent manger les feuilles des arbustes des marais et prairies environnants. Grâce à leurs interminables pattes, les flamants gardent leurs plumes au sec, et leur cou longiligne leur permet de passer au crible la boue à leurs pieds. La partie inférieure de leur bec joue même le rôle d’un flotteur qui les aide à mouvoir leur tête dans l’eau à une profondeur constante. Très peu d’animaux peuvent vivre dans l’environnement du lac Natron, mais les flamants s’y sentent parfaitement à l’aise, comme l’atteste leur très nombreuse population. Tout au bout du monde Le fait que le lac Natron et sa population de flamants soient si peu connus et étudiés est sans doute dû en grande partie à leur éloignement et leur situation isolée. Le lac ne se trouve qu’à 200 kilomètres d’Arusha, une ville touristique très vivante, mais le trajet représente sept longues heures de route sur des pistes poussiéreuses et cahoteuses, qui changent régulièrement de direction et s’évanouissent fréquemment dans la nature. Pendant la plus grande partie du trajet, il n’y a presque aucun signe de présence humaine, si ce n’est de rares agglomérations de huttes de pisé et de très occasionnels « cafés» en bord de piste, des hommes Masaï vêtus de leurs robes traditionnelles rouges, bleues et violettes, de nombreux bijoux et parfois de bonnets tricotés. Un Paradis Impitoyable Vus ainsi, le lac Natron et ses environs peuvent sembler proches du paradis. Les sources chaudes qui l’alimentent et offrent d’agréables endroits où se baigner nourrissent aussi les marais tout autour, et il y a de l’herbe toute l’année. Les troupeaux de gnous et de zèbres de la région n’éprouvent même pas le besoin de migrer. Vivre et filmer au lac Natron Faire le premier long-métrage jamais créé sur le lac Natron a impliqué des conditions de travail et de vie très difficiles pour les cinéastes. Il a fallu des trésors de patience et d’ingéniosité, qualités qui font des cinéastes animaliers des gens à part. Pour évoluer sur et autour du lac, les réalisateurs ont commencé par faire venir du Royaume-Uni un hovercraft spécial, parce que dans beaucoup d’endroits, l’eau est trop peu profonde pour un bateau. EntretienEn juillet 2007, à mi-chemin du tournage, Matthew Aeberhard et Leander Ward, coréalisateurs du film, et la scénariste Melanie Finn ont donné une interview dans leur camp de base des rives du lac Natron. Ils ont parlé de la genèse du projet, des difficultés et des joies de la création d’un documentaire animalier, et de leurs espoirs pour le film. Les flamants - questions et réponsesLes flamants se reconnaissent instantanément à leurs couleurs vives, leur long cou et leurs longues pattes - ils sont plus longs proportionnellement à la taille de leur corps que chez toutes les autres espèces d’oiseaux - sans oublier leur bec tombant à l’extrémité noire. Jusqu’à encore récemment, on ne connaissait que peu de choses sur leur cycle de vie ou leurs habitudes. Des flamants et des hommesIl existe des fossiles de flamants vieux de 50 millions d’années. Des empreintes de flamants fossilisées ayant un âge estimé à 7 millions d’années ont été retrouvées dans les Andes. Comparé à ces oiseaux, l’homo sapiens est relativement jeune sur la planète, mais la courte histoire commune de l’humanité et des flamants ne s’est pas toujours déroulée de façon heureuse. Une représentation clairement reconnaissable d’un flamant figure parmi des peintures rupestres datant du Néolithique découvertes dans le sud de l’Espagne. On estime que cette image a été tracée 5000 ans avant Jésus-Christ. Notes et glossaireLE LAC NATRON
Le lac Natron est l’un des plus grands lacs salés de la Vallée du Rift. Ses huit lagons à haute teneur en sels de sodium couvrent une région d’approximativement 80 km2. La profondeur maximale du lac est d’environ 2 mètres, et une croûte de sel qui ne se dissout que pendant la saison des pluies recouvre une bonne partie de sa surface. L’alcalinité du lac peut atteindre un pH de 9 à 10,5 - les eaux sont presque aussi alcalines que l’ammoniaque et offrent un environnement idéal aux micro-organismes qui apprécient le sel et donnent périodiquement au lac sa couleur caractéristique rouge-orange. Entretien avec Paul Webster, producteur Comment vous êtes-vous retrouvé sur ce projet et qu’est-ce qui vous a attiré ? Ce film ne ressemble pas à ceux sur lesquels vous avez travaillé jusqu’ici...
Leander et Matt essayaient de monter le projet depuis un certain temps et ils avaient préparé une présentation très impressionnante et une brochure qu’ils avaient financée eux-mêmes. Ils pensaient avoir besoin de quelqu’un pour assurer le bon montage financier du film, et j’ai été intrigué précisément parce que c’était quelque chose qui différait de ma propre expérience et se présentait comme un challenge. La musique À propos de la musique, Leander Ward confie :
« J’ai toujours su que si notre film voulait se démarquer des autres documentaires animaliers, il nous fallait une bande son qui ne ressemble à aucune autre. J’admire le travail de The Cinematic Orchestra depuis plusieurs années maintenant, et chacun de leurs albums est plus extraordinaire, plus bouleversant et plus passionnant que le précédent. Après avoir écouté « Ma Fleur », j’ai su qu’il fallait absolument qu’ils composent la musique de Les Ailes Pourpres : c’est une musique qui vous hante, magnifique, riche d’atmosphère, et les thèmes que Jason Swinscoe explore - la naissance, la mort et la régénération - reflètent ceux qui sont au cœur de notre film. » |
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