L'histoire du film commence il y a 38 ans. Je découvre l'univers des chevaux de courses à Chantilly chez Jean Laumain, entraîneur, dont le fils Maurice est monteur sur
Traffic, film sur lequel je travaille comme stagiaire régie.
L'idée qu'un jour je montrerais tout ou partie de cet univers sur le grand écran, sans tomber dans les clichés sur les jeux et les magouilles, ne me lâche plus. Au printemps 2006, devenu producteur indépendant, je trace les grandes lignes d'un documentaire dont les contours sont difficiles à cerner tant le sujet peut être vaste mais aussi rébarbatif pour les non initiés.
Benjamin Marquet, jeune réalisateur au pédigree d'ethnologue s'en empare, se passionne pour la cause, s'installe à Chantilly, traîne sur les pistes d'entraînements, côtoie les gens de chevaux au caractère souvent taillés à coup de serpe. Il intègre une écurie de course pour 1 mois, où il apprend les rudiments de l'équitation de course et suit le rythme épuisant des journées qui démarrent à 6 heures.
Quelques semaines et quelques chutes plus tard, il revient avec un canevas structuré autour de l'école des apprentis jockeys où il a découvert des gamins de 14 ans aux rêves de gloire et de richesse, plongés dans l'apprentissage souvent éprouvant d'un métier à risque : Jockey.
Je profite du festival de Cannes pour présenter le projet. Il séduit quelques distributeurs étrangers et en France,
Les Films du Losange. Pour ne pas manquer la rentrée scolaire, nous mettons le film en production. Je veux donner au réalisateur le temps et les moyens de tourner sur l'année scolaire, de septembre à juin. Nous optons pour une production à 2 caméras. L'une tenue successivement par
Laurent Chalet, chef opérateur entre autre de
La Marche De L'Empereur, puis par
Sébastien Buchmann, et l'autre plus légère et plus discrète, opérée par Benjamin, qui pourra suivre l'intimité des enfants.
Nous suivons les élèves de 1ère année d'apprentissage et nous concentrons sur trois d'entre eux. Les choix sont difficiles à faire. Il y a la jalousie et aussi des choix « artistiques » dictés par des personnalités et des facilités à s'exprimer devant une caméra. Deux choix devront être abandonnés quelques semaines après le début du tournage. Nous espérons que les trois enfants finalement retenus iront jusqu'au bout de l'année scolaire et ne quitteront pas l'école devant la dureté de l'apprentissage. Nous évoluons dans un milieu professionnel où se côtoient hommes et chevaux. Il faut se faire discret tant pour des raisons de sécurité que pour ne pas dénaturer la réalité de ce que nous souhaitons capter.
Après 10 mois de tournage et 220 heures de rush dans la boîte nous rangeons les caméras et abandonnons quelque peu nostalgiques, l'école et ses élèves. Je suis fier d'avoir pu concrétiser avec ce film l'alliance de mes deux passions :le cheval et le cinéma.