Les Aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec
Film à partir de 10/12 ans
Genre : Aventure - Durée : 1H47 mn
Sortie en salles le 14 Avril 2010 - en VOD/DVD le 24 Novembre 2010
Presse
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Entretien avec Tardi, auteur d’Adèle Blanc-Sec, la BD

Comment vous est venue l’idée du personnage d’Adèle Blanc-Sec ?
Les éditions Casterman avaient vu mes premiers travaux et m’ont demandé de faire une série. Il fallait un personnage principal qui en serait le moteur. A vrai dire, je n’avais pas beaucoup d’idées. Nous étions dans les années soixante dix et à l’époque j’avais plus envie de faire des albums qui n’aient pas de liens entre eux. Malgré tout, le concept était séduisant, alors j’ai commencé à regarder un peu les personnages qui existaient déjà dans la bande dessinée.
Les héros étaient essentiellement masculins, des pilotes de course, des aviateurs, des militaires, des cowboys, des policiers mais très peu de personnages féminins en dehors de Bécassine dont la bouche n’était même pas dessinée et de Barbarella dans un registre érotique. D’où l’idée d’un personnage féminin à part entière qui aurait sa place parmi ces héros masculins. J’ai par ailleurs toujours été très intéressé par le roman-feuilleton dont la grande époque se situe à la fin du XIXe, début du XXe siècle. Un des plus célèbres romans-littéraires parus en 1910 est Arsène Lupin par exemple. Du coup, j’ai décidé que mon héroïne serait contemporaine de ces années là. La question était aussi de savoir ce qu’elle allait bien pouvoir faire comme métier parce qu’en y regardant de plus près, en dehors des militaires, la plupart des personnages de bande-dessiné n’ont pas de métier.
Vous ne les voyez jamais travailler, vous ne savez pas comment ils gagnent leur vie, comment ils vivent tout simplement. Evidemment mon héroïne n’allait pas diriger une entreprise de maçonnerie mais elle pouvait faire le même métier que moi et transposer en 1910, elle serait feuilletoniste. On la voit de temps en temps sur sa machine à écrire, on la voit chez son éditeur, elle en parle et même si, au bout du compte on la voit très peu travailler, cela nous donne une indication sur son style et son niveau de vie. Elle n’est pas une grande bourgeoise, elle travaille, c’est une femme émancipée, une femme résolument moderne qui n’a pas du tout la mentalité des femmes de cette époque.
Enfin, il me fallait un décor de base. J’utilise les lieux de Paris car j’aime les dessiner. J’aime beaucoup les musées car ils m’inspirent et en particulier le jardin des plantes avec sa verrière, ses vitrines et tout le bazar scientifique qu’il renferme. Dès lors, j’avais mon personnage et le point de départ d’une histoire : le jardin des plantes et bien avant « Jurassic Park » et « Indiana Jones » je précise, un œuf de ptérodactyle vieux de 136 millions d’année qui allait éclore et semer la terreur sur le Paris de 1900.

D’où vient la dimension fantastique dans Adèle Blanc-Sec ?
De Fritz Lang pour le côté fantastique et de Jule Verne pour le côté « bricolage et inventions », d’où une ambiance poético-scientifique, des situations totalement ébouriffantes, des histoires délirantes qui ne tiennent pas debout mais dans lesquelles on se laisse embarquer de manière presque enfantine.

Vous aviez pensé qu’Adèle Blanc-Sec pourait être adaptée au cinéma ?
Dès la parution du premier album, des japonais ont voulu en faire une série de dessins animés mais leurs exigences ont rendu cette adaptation impossible.
Un studio américain s’y est intéressé. L’adaptation qu’ils souhaitaient en faire était tellement « américaine » que mon héroïne et son univers perdaient toute identité. Le projet s’est arrêté là. Puis la télévision s’y est intéressée un temps, sans suite. Et puis il y a dix ans, m’a appelé.

D’une manière générale, pensez-vous que l’adaptation scénaristique soit en adéquation avec l’esprit de la bande dessinée ?
A priori je dirais que non car il faut accepter le principe même de l'adaptation-trahison et je sais de quoi je parle pour avoir adapté nombre de romans en bandes dessinées. Lorsque l’on change de genre, on change le moyen d’expression et la manière de raconter une histoire est différente. La bande dessinée est une succession d’images fixes, de vignettes qui racontent une histoire et sur lesquelles le lecteur a la possibilité de revenir en arrière, ou de s’attarder.
Au cinéma, c’est le réalisateur qui est le maître du temps. C’est lui qui impose son rythme, c’est lui impose un gros plan sur un visage, un objet, etc. Ensuite, il y a la notion de feuilleton. Lorsque je démarre une histoire, je n’arrive jamais à retomber sur mes pieds, cela part souvent dans tous les sens. Alors à la fin, j’utilise souvent le vieux truc du roman-feuilleton : « la suite au prochain épisode ».
En même temps, je vais implicitement promettre des choses aux lecteurs sans d’ailleurs savoir si je vais tenir mes promesses. Au cinéma, c’est différent. Il faut conclure même si on peut laisser ouvertes des possibilités en vue d’une éventuelle suite. Le fonctionnement narratif est différent. L’un est propre au cinéma et l’autre à la bande dessinée. Cette différence est encore plus évidente dans le traitement des personnages. Au cinéma, un second rôle ou un figurant ne peut pas tout d’un coup prendre la place du premier rôle alors qu’avec la bande dessinée, c’est possible. Je me permets parfois des détours par des personnages tout à fait secondaires qui vont subitement prendre une grande importance dans l’histoire, tout simplement parce que j’aime les dessiner. C’est d’ailleurs ce qui est arrivé à Edith Rabatjoie.
Au départ, la série des « Aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec » s’appelait « Les aventures d’Edith Rabatjoie ». Il se trouve que je n’éprouvais aucun plaisir à dessiner ce personnage et qu’une fois séquestré par Adèle dans l’histoire, elle se fait aussi voler le premier rôle dans la série. A mon sens, le seul vrai point commun entre la bande dessiné et le cinéma, c’est l’image.

Que pensez-vous du choix de l’interprète pour jouer Adèle Blanc-Sec ?
A mon sens il fallait que l’interprète choisie soit dans le caractère d’Adèle, c'est-à-dire qu’elle devienne Adèle psychologiquement, qu’elle fasse montre du même esprit. Il aurait été ridicule de chercher une comédienne qui ressemble trait pour trait à l’Adèle que j’ai dessinée d’autant que ce personnage a évolué physiquement. Dans la série, les premières représentations d’Adèle sont assez différentes des dernières. Petit à petit, elle s’est transformée, elle s’est caricaturée, son nez s’est retroussé. Et tout cela parce que je n’aime pas souffrir en travaillant. Il y a des dessinateurs qui réalisent des crayonnés très précis puis ils encrent leurs crayonnés.
Mes crayonnés sont des esquisses et après tout se fait à l’encrage, je retouche, je re-gouache et mes personnages se transforment peu à peu, ils évoluent. Je dirais que est un excellent choix car elle joue le personnage dans l’esprit. Elle devient à l’écran une héroïne pas commode du tout, indépendante, curieuse, anachronique finalement par rapport à son époque.

Les décors ont-ils une importance particulière pour vous ?
Les décors occupent une place essentielle pour moi. L’action des « Aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec » se situe à la veille de la première guerre mondiale, dans des décors surchargés, dans des appartements où il n’y a pas un centimètre carré de libre. J’aime les décors pleins à craquer parce que graphiquement c’est toujours plus intéressant de dessiner un vieux fauteuil, une vieille table de bistro avec des pieds tarabiscotés plutôt qu’une table en formica. Je préfère dessiner des immeubles haussmanniens plutôt que des constructions modernes pour lesquelles je suis obligé d’utiliser un T et une équerre, cela m’agace.
La décoration est aussi pour moi un élément déclencheur d’histoires, comme cette momie par exemple qui est un élément décoratif et qui devient un personnage à part entière de l’histoire. J’ai aussi besoin des objets pour représenter l’action que je décris. Je n’ai pas la même souplesse qu’un écrivain. Je suis en fait confronté aux mêmes problématiques qu’un décorateur de cinéma.

dit qu’il trouve votre bande dessiné « très sexuelle ». Qu’en pensez- vous ?
Le problème de la sexualité d'Adèle Blanc-Sec s’est bien évidemment rapidement posée. Mais il faut se remettre dans le contexte de l’époque où j’ai écrit les premiers albums. Dans les années soixante dix, il était hors de question de montrer Adèle en train d’avoir un rapport sexuel. J’ai donc essayé de contourner cette difficulté en fonctionnant par allusions.
On comprend par exemple qu’elle veut sauver Lucien Ripol de la guillotine parce qu’elle l’aime. Il y a aussi cette séquence onirique où le personnage de Zborowski, qui est amoureux d’Adèle, rêve d’elle à moitié nue, courant au milieu d’animaux préhistoriques au sommet d’une falaise… Il ne s’agissait pas de faire de l’érotisme mais dans la mesure où je voulais un personnage féminin résolument moderne pour son époque et surtout qui évolue normalement et le fait qu’Adèle ait des rapports sexuels me paraissaient logique. Dans la représentation du personnage, la seule image, on va dire un peu érotique d’Adèle, est celle de la baignoire. C’est une pause dans l’histoire, Adèle gamberge dans son bain et c’était un plaisir de la dessiner ainsi.

Dans la bande dessinée, Dieuleveult déteste Adèle mais n’est-il pas clairement attiré par elle ?
Il est évident que les méchants qui veulent la peau d’Adèle sont quelque part attiré par elle. Pas mal de gens voudraient s’en débarrasser mais évidemment elle est increvable et c’est un ressort qui me permet aussi de rebondir. Tout le monde a des raisons de lui en vouloir et c’est parfois malgré elle comme dans cet épisode où Adèle va chez le dentiste qui lui plombe une dent avec un alliage spécial qui sert à fabriquer des mèches que les méchants veulent récupérer pour faire exploser un coffre-fort. J’aime jouer avec ce genre de situations.

Estimez-vous qu’il y a un message politique dans votre série ?
Non, c’est simplement ce qu’on lit tous les jours dans les journaux : une police pourrie, des politiciens corrompus, une liste vraiment effrayante. Adèle est une anarchiste, ni dieu, ni maître ! Elle est archi-méfiante vis-à-vis des institutions. Quoiqu’il en soit, Adèle n’est pas une bande dessinée politique, ce n’est vraiment pas son propos…

Tous vos personnages ont des physionomies très caricaturales ? Pourquoi ?
C'est vrai qu’ils ont une beauté quelque peu déconcertante mais j’aime dessiner ce genre de personnages avec des pommettes saillantes, des nez aigus, des habits noirs. C’est le côté cinéma expressionniste allemand de mes dessins et c’est ce qui vient naturellement sous ma plume, sans souffrance ! … Alors évidemment, les faire vivre au cinéma nécessite un travail de maquillage gigantesque.

Parlez-nous de la sœur d’Adèle…
Dans la bande-dessinée, Adèle découvre l’existence de cette sœur très tardivement et déjà elles se détestent. Mireille (Agathe dans le film) est convaincue que sa sœur Adèle veut lui prendre son fiancé, ce qui est totalement faux. Alors pourquoi cette sœur. En fait j’avais besoin d’un autre personnage féminin qui soit très différent d’Adèle et je voulais aussi amener un contexte familial qui bouscule Adèle, de la même façon que j’avais voulu qu’elle travaille. C’est une manière d’ancrer le personnage dans la réalité et de lui donner des racines.

Pourquoi Adèle porte-t-elle ce manteau vert ?
Par rapport à Bécassine ! Adèle est d’une certaine façon une anti-bécassine. En Adèle est rousse et ces couleurs s’accordent à merveille…

Vous allez bientôt sortir un dixième tome. Vous pouvez nous en parler ?
Effectivement, je vais sortir un dixième et dernier tome car je pense qu’il faut conclure, j’éprouve le besoin de conclure, de boucler la série.

Qu'avez-vous ressenti sur le tournage ?
Une grande admiration pour et la certitude qu’il était bien plus facile de faire vivre des personnages sur un bout de papier !

Sur le tournage d'Adèle Blanc-Sec

Le 1er juillet 2009 - Luc Besson et Adèle Blanc-Sec
À l’instar de Tintin pour Peter Jackson et Steven Spielberg, Luc Besson va s’atteler au tournage de Adèle Blanc Sec très vite ! En effet, le fondateur d’EuropaCorp. réalisera et produira cette adaptation de la bande dessinée de Jacques Tardi à partir de mi-août, selon un communiqué de presse.
Le film, déjà parti pour faire une trilogie, racontera les aventures d’Adèle Blanc-Sec, romancière Parisienne, femme entremetteuse et dont la beauté en fait tomber plus d’un.
Louise Bourgoin tient le rôle principal, tandis que Gilles Lellouche interprète l’inspecteur Caponi, Jean-Paul Rouve y joue un aventurier, et le rôle du méchant est réservé à Mathieu Amalric.

Les Aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec : Notes de Luc Besson

La rencontre avec Tardi
C'est une longue d'histoire. En fait, je suis tombé amoureux de son personnage il y a une dizaine d'années. J'avais essayé de contacter Tardi une première fois mais malheureusement il voulait faire Adèle avec un autre metteur en scène. Sur le moment, j’étais un peu triste mais comme c’était un « grand » réalisateur, j’ai trouvé cela bien et lui ai souhaité bon courage. J’ai attendu avec impatience un film qui n’est jamais venu.

Entretien avec Virginie Besson-Silla, productrice d’Adèle Blanc-Sec

Pouvez-vous nous parler de la genèse du film ?
Cela faisait dix ans que nous essayions de récupérer les droits d’adaptation de la bande dessinée de Tardi. Luc a toujours été passionné par Adèle Blanc-Sec, ce personnage hors du commun. A l’époque, les droits avaient été cédés à un réalisateur de renom mais le projet n’a jamais vu le jour. Quand nous avons appris que les droits étaient de nouveau disponibles, nous n’avons pas hésité une seconde et tout s’est fait très vite.

Entretien avec Louise Bourgoin, interprète d’Adèle Blanc-Sec

Connaissiez-vous l’univers de Tardi avant que ne vous propose le rôle d’Adèle Blanc-Sec ?
Oui, j'avais lu les neuf albums de la série que j’adore. Adèle Blanc-Sec est l’une des rares héroïnes féminines de la bande dessinée qui ne soit pas idiote ou sexy. Elle est plutôt misanthrope, elle est assez dure, assez forte et c’est ce qui me plaît chez elle. Quant à Tardi, je trouve sa manière de raconter les histoires assez délirante. Les fins sont toujours très surprenantes, les événements arrivent de manière chaotique. Le fait qu’il dessine sans un scénario très figé donne un côté assez libre et souvent insolent et original à sa bande dessinée.
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