Notes de Prod. : Les Beaux gosses

    en DVD le 12 Novembre 2009

Entretien avec le réalisateur Riad Sattouf

Quel est le sujet du film Les Beaux Gosses ?

C’est l’histoire d’Hervé et de ses amis, collégiens à Rennes, en Bretagne. Exclus, un peu moches, un peu benêts, obsédés par l’idée de sortir avec des filles. C’est un film sur le monde secret des garçons, tel que j’ai pu le vivre avec mes copains. Il y a toute une catégorie de garçons qui a beaucoup de mal à exprimer sa crise d’adolescence, qui est désarçonnée par la fin de l’enfance.
Ils se retrouvent avec des corps qui changent, et pas forcément de la façon qu’ils avaient imaginée... Il y a un malaise intense par rapport au monde extérieur.

Y a-t-il une différence entre ce que raconte ce film et votre bande dessinée Retour Au Collège ?

Oui, il s’agit d’une histoire originale. Retour Au Collège était le récit d’une expérience que je m’étais imposée, c’est à dire retourner dans une classe au milieu des élèves.

Votre marque de fabrique, c’est la frustration sexuelle, les jeunes malhabiles débordés par leurs pulsions qui n’arrivent à rien, les pubères et leurs déboires. C’est autobiographique ?

Ce n’est pas un film directement autobiographique. J’étais un adolescent timide, sans histoire. Si j’avais raconté mon adolescence, je pense que cela aurait été ennuyeux. Ma mère ne ressemble en rien à celle du film par exemple... Mais les rapports que j’avais avec mes copains de l’époque étaient proches de ce que je montre. Nous avions des voix très efféminées, des noms ridicules (enfin surtout pour moi) et des physiques chétifs. Il nous était inconcevable de fumer des joints, de faire des tags dans la rue ou de fuguer, on avait peur d’aller en prison. Cette colère, qui est normale et doit s’exprimer, se retournait contre nous. C’est ce qui me fascine dans l’adolescence, comment les pulsions de vie et de mort s’expriment, encore indomptées. Je ne voulais pas faire un film sur les codes des adolescents d’aujourd’hui, leur façon de parler, leur arsenal technologique... Je voulais faire un film sur la violence de leurs émotions.

Justement, on se pose des questions sur l’époque de votre film. Il n’y a ni portable, ni iPod et en même temps il fonctionne avec les codes d’aujourd’hui.

Je voulais trouver une moyenne entre mon expérience, et celle de mes comédiens. Je ne voulais pas faire un film naturaliste, je souhaitais quelque chose d’étrange, construire un univers pour parler pompeusement. Je trouve ça très ennuyeux de parler de portable, d’informatique, de MSN... En plus, tous les enfants n’ont pas accès à cette technologie... Mes héros sont même exclus du progrès, d’une certaine façon ! Mes comédiens, qui étaient quand même mes premiers conseillers, me disaient : «Mais tes héros là, c’est des méga boloss, jamais on leur parle aux mecs comme ça...»

Pour le casting, comment avez-vous procédé pour trouver les personnages que vous aviez en tête ?

J’ai mis trois mois à trouver Hervé et les autres rôles. Le choix s’est fait à Paris dans les lycées et les collèges avec Stéphane Batut et son équipe, qui avaient trouvé pas mal d’ados pour de nombreux films. Je leur ai dit ce que je cherchais, et ils m’ont rapporté 500 gamins à regarder sur des cassettes !

Et à la sortie du lycée vous disiez «bonjour jeune homme t’as une tête de puceau, des boutons, tu veux faire un essai pour mon film ?»

Je ne voulais pas d’ados comme dans les pubs, beaux et sauvages, la nymphe, le giton, le rebelle, l’arabe de service... Je voulais des vilains petits canards. Avec des tronches, des façons de parler, des démarches. On leur faisait faire des scénettes… Ceux qui arrivaient à rester naturels, à exprimer des émotions sans jouer «comme au cinéma», je les gardais de côté. Vincent Lacoste qui incarne Hervé avait ce côté super timide, renfermé, avec un visage de bébé et en même temps une grosse voix pour se cacher derrière. Il m’a imité son prof, avec une nuance très finaude. Pour celui qui joue Camel, Anthony Sonigo, ça a été tout de suite évident, je l’ai vu c’était lui. Alice Tremolières, qui joue Aurore, ne ressemble pas du tout à ce qu’elle est dans le film. C’est une jeune fille un peu bohême, timide, un peu boulotte, avec plein d’idéaux... Mais c’est aussi une grande musicienne, qui joue de nombreux instruments. Je me suis tout de suite dit qu’à 14 ans j’aurais été amoureux d’une fille comme ça !

Comment avez-vous dirigé ces jeunes gens puisque vous êtes un ex-psychopathe immensément timide ?

Et bien on a répété ! C’était assez instinctif. Pendant le casting, j’ai demandé aux garçons de craquer une allumette et de la rapprocher du visage de la partenaire. J’ai choisi Vincent Lacoste pour Hervé, parce que derrière ses allures balourdes, il a quasiment failli brûler la fille, et acceptait presque de se laisser brûler. Ça voulait dire qu’il n’avait peur de rien. Après, je me suis dit que je devais les prendre par leur côté animal. On a fait le singe. Comme une secte, pendant des heures, on n’avait pas le droit de parler, on était des singes. Ensuite, je leur faisais répéter des scènes entières en singe. Ils arrivaient à exprimer des émotions terriblement fines en singe, souvent mieux qu’avec la parole, ils utilisaient leur corps... Ça leur permettait de se libérer. Pendant le tournage, lorsqu’ils n’arrivaient pas à sortir certaines émotions, on se mettait dans un coin et on faisait les singes, on essayait de trouver le truc. Je crois que ça débloque plein de choses, on n’y pense pas assez !

Certainement ! Et pour un premier film tout s’est formidablement passé ?

Et bien oui. Sauf, trois jours avant le tournage, Vincent Lacoste, le comédien principal s’est blessé au genou. Attelle et tout le reste... Il était allé à un concert de rock, malgré l’interdiction de la production (et de sa mère !). Le film a failli s’arrêter. Je l’ai pris boiteux quand même, il était trop parfait. Son boitement a même rajouté à son personnage, cette démarche bizarre.

Aviez-vous des références, des films sur l’adolescence qui vous ont servis de modèles ?

Pas vraiment... Évidemment, j’adore Les Quatre Cents Coups, L’argent De Poche, j’étais obsédé par l’idée de faire quelque chose de naturel dans le jeu des gamins... Mais, comme en bande dessinée, j’ai du mal à avoir des référents. J’ai vu le film PETITES de Noémie Lvovsky, après l’avoir choisie comme comédienne ! Ce côté brut, sauvage, intense... C’est un de mes films préférés sur l’adolescence ! Je voulais montrer à quel point le physique hors norme de mes ados était beau. Je voulais donner le sentiment d’être très près d’eux, filmer au plus serré, que
l’on sente leurs peaux grasses, leurs défauts, leurs odeurs animales.

Vous qui aviez été élu le garçon le plus laid de votre classe, vous vous êtes vengé sur les coupes de cheveux, les appareils dentaires et les comédons ?

Le bouton qu’a Vincent sur la lèvre évolue tout au long du film. Il passe de blanc à cicatrisé... La maquilleuse suivait ça de près ! La coupe de cheveux de Camel, entre Candeloro et le fan de métal, c’est celle que je rêvais d’avoir en troisième. J’étais fan de hard rock, mais j’avais les cheveux trop frisés... plutôt que de me venger, je me suis fait plaisir !!!

Il y a des scènes hilarantes. Le spiritisme et les scènes de gymnastique sont exceptionnels.

À Rennes, j’avais des copains qui faisaient du spiritisme. Chaque fois qu’ils parlaient à des esprits, c’étaient toujours à des célébrités historiques maléfiques... Napoléon, Hitler, Jack l’éventreur... Ou encore à Satan, Lucifer... Ils devaient se sentir tellement minables dans leurs vies. Le sport, je crois que ça parle à tout le monde. C’est un moment de compétition, où l’on doit prouver quelque chose physiquement. On peut vivre d’immenses moments d’humiliation, en sport. Je ne voulais pas tomber dans le manichéisme, le film d’ado avec d’un côté les gros cons bons en sport qui réussissent tout et de l’autre les braves gentils psychopathes... C’est pour cela que mon héros est très cruel parfois. Tout le monde essaie juste de s’en sortir.

Mettre un C.P.E noir, un Camel qui aime le rock c’est jouer avec les clichés. Votre film aborde la question de l’intégration et de la mixité en déjouant les pièges. Ce n’est ni dit ni pas dit. Vous êtes né à Paris, avez vécu en Lybie, en Syrie... avant de revenir à Rennes à 11 ans. Votre France est comme ça ?

Lorsque j’étais au collège, il y avait un noir et j’étais le seul avec un nom arabe. Ce n’était pas un collège de bourges, c’était comme cela... Pour mon film, je ne me suis pas dit, bon alors « il faut trois noirs, cinq arabes sans oublier un ou deux chinois… ». Je m’en fichais, je n’ai pas choisi les comédiens sur ces critères, ni écrit le scénario dans ce sens. Le C.P.E est noir simplement parce ça existe, des C.P.E noirs et Camel s’appelle Anthony Sonigo et je trouve qu’il fait très bien le petit arabe fan de métal. En revanche ce que je trouve rigolo, c’est de mélanger toutes ces références. Hervé carbure au rap, sa mère lui reproche d’écouter cette « musique d’arabe », son pote qui lui est d’origine arabe, écoute du métal... En fait je crois que je m’en fiche et que j’adore en rigoler, car c’est tellement sérieux aujourd’hui ces questions. Les gens dans leur tête se foutent souvent de leur origine. C’est la société qui les pousse à la revendiquer. Il y a plein de jeunes qui sont sans histoires. Pas nuls, pas bons, pas violents, pas cancres, rien. Juste sans histoire.

Pouvons-nous parler de chaussettes et de masturbation ?

Ah la masturbation, j’adore, c’est un super sujet. Je n’ai aucun problème avec ça, je peux en parler des heures. Pour moi c’est l’expression de la pulsion de vie. Quant à cette histoire de chaussette, c’est connu, cela permet très simplement de se débarrasser du sperme sans que personne ne s’en aperçoive. Vous la mettez au sale et vos parents ne se rendent compte de rien. Enfin un grand mystère domestique élucidé ! Le tournage de ces scènes n’a posé aucun problème à Anthony et Vincent. Ils me disaient « c’est quand la scène où on met vraiment la bite dans la chaussette ? » Je répondais, « mais ça va pas la tête, t’as 14 ans, c’est interdit. On va la faire en cinéma. » Et eux « oh pas cool c’était ma scène préférée ». Pendant le tournage, il y avait vingt-cinq personnes autour d’eux : rien à fiche.

L’élève retardé de la classe c’est le quota bonne conscience d’aujourd’hui ?

Vous parlez de Mahmoude, dans le film... Il vit son enfer, on ne sait pas ce qu’il va devenir, mais lui aussi essaie de s’en sortir. Il y en avait un dans ma classe comme lui. J’avais déjà utilisé un personnage semblable dans mon livre « Manuel du puceau »... Les autres étaient impitoyables avec lui. Ce type était un martyr. Ses parents refusaient de le mettre dans une institution spécialisée. Les élèves faisaient de la corrida avec lui dans la cour. C’était terrible à voir.

Le film démarre sur un baiser mémorable.

Je trouve ça hyper violent quand des ados s’embrassent et je voulais ouvrir le film par une scène choc, méga réelle, pour mettre le spectateur tout de suite dans le bain. Et c’est un clin d’oeil à Larry Clark dans Kids...

Était-ce difficile pour vos comédiens, de jouer ces scènes de baiser ?

Absolument pas. Rouler des pelles pour eux, c’est comme de se faire la bise ! Ils faisaient leurs scènes et ils pensaient à autre chose. À leur âge, ça m’aurait fait avoir une crise cardiaque.

Le choix des adultes s’est fait après celui des ados ?

Au départ, je voulais des comédiens peu vus. J’avais une peur phobique de la vedette. Je voulais que les comédiens soient à moi. J’aimais beaucoup Noémie Lvovsky, que j’avais adorée dans Actrices. Elle a une étrangeté et une sensibilité incroyable. C’est une immense comédienne, elle a apporté des choses à son rôle que je n’aurais jamais pu imaginer. Yannig Samot, en beau père d’Hervé, me rend heureux dès que je le vois, cette virilité, ce coté naïf et détendu dans la perversion, je me dis, on l’a jamais vu ailleurs avant, il est a moi !... Fred Neidhardt, en prof de SVT dépressif, il est d’une beauté, il dégage des choses incroyables dans ses petits gestes, les poils de sa barbe... Et puis au bout d’un moment, je me suis dit « quand même, tu referas peut-être plus jamais de films... »
Alors j’ai fait une mini liste des comédiennes que j’adorais, Emmanuelle Devos, Irène Jacob et Valeria Golino, bien sûr, ma muse absolue. Elles ont toutes accepté. J’ai eu du bol ! En fait j’aime tellement mes comédiens, c’est niais je sais !

Vous en avez profité pour proposer une scène porno à Valéria Golino avec www.mamanchaudasse.com

Ma productrice avait fait un film culte pour moi, Respiro. Lorsque je suis entré dans son bureau l’affiche du film s’étalait, immense derrière elle. Le premier film que j’ai eu le droit de voir seul au cinéma, c’était Hot Shot. Valeria Golino est juste la plus jolie fille du monde, une actrice hallucinante. Et quand elle a accepté ce truc, je me suis dit «OK, plus rien ne pourra m’arriver».
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • Paris 14h : 3 090 entrées
  • 1er jour IDF : 21 851 entrées
  • 1ère semaine IDF : 135 075 entrées
  • Cumul IDF : 365 690 entrées

  • 1er jour France : 42 500 entrées
  • 1ère semaine France : 278 279 entrées
  • Cumul France : 902 183 entrées