Béatrice Dalle
Comment vous êtes-vous retrouvée sur ce projet ?
Je ne connaissais pas le cinéma de Claire. Elle a cherché à me contacter. On s’est rencontrées. On a bu un verre ensemble, on a discuté, elle m’a parlé de son film. Je n’ai pas lu le scénario : comme d’habitude, ce n’est pas le sujet qui me motive, mais le réalisateur qui me donne envie ou non de travailler avec lui.
Vous étiez très au fait des actions du Planning familial ?
Pas du tout. Je n’avais jamais mis les pieds dans un Planning familial. Je savais à peu près de quoi il s’agissait, mais c’est tout. J’ai peut-être eu de la chance par rap- port à d’autres jeunes filles qui ont eu ce genre de problèmes... En tout cas, je me suis retrouvée dans un univers qui ne me parlait pas du tout.
Comment avez-vous travaillé avec Claire Simon sur le plateau ?
J’ai eu beaucoup de difficultés avec le texte et cette manière de parler qui n’est pas la mienne. En vingt ans de cinéma, c’est un des dialogues les plus difficiles que j’ai eu à apprendre. Le parti pris du plan-séquence n’est pas un souci, mais le fait de travailler sur un entretien retranscrit, avec une manière de parler qui est vraiment propre à quelqu’un, cela m’a assez perturbée. Par ailleurs, lorsque Claire cherchait à modifier quelque chose, j’étais complètement perdue, incapable d’improviser, d’avoir une réaction à moi, je ne comprenais rien à rien. Alors je suivais les indications de Claire, qui étaient toujours très précises. J’étais à l’écoute, comme un instrument ; parce qu’un acteur, c’est cela, en définitive : un instrument.
Nicole Garcia
Quelles étaient vos premières impressions à la lecture du scénario ?
Ce qui m’a troublée et émue, c’est le scénario dans sa longueur, sa durée, la répétition de ces entretiens. Cette aide, ce recours, ce désarroi, cet échange multiplié entre les conseillères et ces femmes... Comme une vague, des voix différentes, toutes liées au Féminin. Il y avait quelque chose d’unique, proche du chant.
Comment avez-vous travaillé avec les actrices non professionnelles ?
Professionnelles, non professionnelles... C’est une « différence » vite effacée, parce qu’elles sont capables d’enchaîner les prises au même titre que nous. Et savoir ré- péter, refaire des choses autant de fois qu’on le demande, c’est vraiment le fait des acteurs. Même si Claire nous replaçait dans cette différence en mettant les actrices pros en position de mise en scène. On jouait, mais pour l’autre, afin qu’elle ait le territoire le plus large possible. Notre jeu ne devait exister que dans cette écoute, c’est en tout cas comme ça que je l’ai vécu. C’était très émouvant de se retrouver face à elles. On ne connaissait pas vraiment leur vie, mais les histoires qu’elles jouaient semblaient être en écho avec la leur. Il y avait une similitude, une passerelle entre les rôles, les places tenues par chacune. Avec, au cœur du dispositif, ce texte appris par les unes et les autres, comme un élément de partage, de communion.
Cela vous semblait important de parler du Planning familial, aujourd’hui ?
Non, parce que c’est quelque chose qui m’apparaissait comme assez lointain, attaché aux années 70 – ce qui est faux. Mais ce qui m’intéressait, au-delà de ça, c’était cette façon de parler du féminin dans tous ses états et ses déclinaisons : la demande de pilule, de contraception, d’interruption de grossesse, de désir d’enfant. Toutes ces questions posées à travers le film, et partagées par toutes les femmes.