Notes de Prod. : Les Deux Mondes

    en DVD le 03 Juin 2008

Interview de Benoît Poelvoorde

Quelle est selon vous la principale qualité du scénario des Deux Mondes ?
Ce qui m’a séduit, c’est son originalité mais surtout sa poésie. L’idée qu’un homme puisse être surpris par ses propres richesses est une belle idée. J’aimais aussi qu’à trop vouloir faire le bien, le héros finisse par faire le mal. Qui n’a pas rêvé un jour de devenir roi ? Imaginez un type passant de la vie la plus calme possible à des aventures les plus extravagantes. Ce que j’ai apprécié dans l’écriture, c’est qu’on puisse faire rire sans tabou avec, en même temps, beaucoup de délicatesse. Daniel Cohen, le scénariste et réalisateur du film, ne respecte pas les idées reçues. Et quand il fait dire à ses personnages : « On n’en a rien à foutre de la liberté ! », ça me plaît.

Les dialogues étaient-ils compliqués à s’approprier? Non. J’ai eu du plaisir à travailler sur le rythme des dialogues, car c’est un rythme très singulier. Il faut parler très vite, sinon ça ne marche pas. Le bon rythme, au fond, c’est le rythme de Daniel Cohen lui-même ! Il faut absolument le respecter sinon, on entend le texte, on n’est plus dans l’histoire. C’est comme chez Bertrand Blier. Tout le monde ne peut pas jouer ses dialogues, il faut pouvoir rentrer dans son rythme.

Vous est-il arrivé de rêver pareilles aventures que celles qui arrivent à Rémy Bassano ?
Enfant, je n’ai jamais rêvé de devenir un aventurier. Si je ressemble à une personne, dans le film, c’est plutôt au Rémy Bassano de notre monde. L’aventure, dans ma vie, se situe entre mon salon, la cuisine et la salle de bain ! Je connais des émois quand je rencontre un problème ménager ou qu’une fleur s’épanouit dans mon jardin... Je suis un piètre aventurier. Par ailleurs, je pense que je réagirais comme Bassano si j’étais projeté dans un autre monde. Je demanderais à ce qu’on me ramène vite chez moi et je ne ferais preuve d’aucune bravoure.

Quelles ont été les scènes les plus amusantes à jouer ?
Ce sont les mensonges de Rémy, quand il revient dans sa famille. J’adore jouer les menteurs, et ici, ce qui était amusant c’était de jouer l’extraordinaire dans l’ordinaire. Raconter aux enfants ou à ma femme que ce qu’ils avaient sous le nez n’existait pas. Ces situations me permettaient de mentir effrontément. Exactement comme dans du Théâtre de Boulevard. Je me suis aussi beaucoup amusé quand il a fallu provoquer, au combat, trois milles hommes alors que j’étais presque nu, seulement vêtu d’un caleçon, de chaussures de marche et d’une couette sur le dos.

C’est un film métaphorique ?
Oui, à plusieurs niveaux, j’y vois, entre autres, une métaphore du travail d’acteur... Un acteur est quelqu’un qui est apprécié pour des valeurs qu’il possède mais qu’il ignore souvent avant qu’on les lui révèle.

Est-ce difficile d’entrer dans un univers totalement imaginaire ?
Au-delà de l’imaginaire, c’est la poésie que le réalisateur avait en tête que je ne voulais pas perdre. Ainsi, quand Bassano marche avec sa couette en guise de cape sur le dos, il y a de la comédie, mais aussi de la poésie. Or c’est la mise en scène qui provoque ça. C’est parce que la scène est filmée d’une certaine façon, que cet homme a quelque chose d’un ange. J’ai très vite fait confiance au réalisateur, c’est pour cela que j’ai pu rentrer dans son univers.

Quelles sont les idées importantes, véhiculées par ce film, selon vous ?
Si on regarde autour de nous, le monde est devenu si agressif qu’on ne s’en aperçoit même plus. Pour moi, le regard du héros, c’est celui qui voit ce que nous, nous ne voyons plus. On a tous déjà fait l’expérience de s’entendre dire des choses très dures auxquelles, bizarrement, on n’a pas réagi. Dans le film, par exemple, quand Catherine Mouchet - la libraire - me propose des armes, après m’avoir vendu des livres, on est dans une situation folle, mais ça passe. Nous sommes entourés d’individus presque dingues, comme cette femme. Dans le monde d’aujourd’hui, nous finissons par accepter des choses que la logique devrait nous faire refuser. Je pense donc que dans le village du deuxième monde, il règne une barbarie animale et combative et que dans notre monde actuel, c’est une barbarie urbaine qui existe. Lorsqu’on compare les deux mondes, la barbarie la plus supportable est sans hésiter, la barbarie du Deuxième Monde... Cela pose une question : l’homme était-il plus heureux à l’époque où ses principales préoccupations étaient de chasser et de se reproduire...

Interview de Daniel Cohen

Avant de vous définir comme réalisateur, vous vous présentez comme un dessinateur, pourquoi ?
Je dessine depuis l’âge de huit ans, c’est une véritable passion qui ne m’a jamais lâché. Enfant, je racontais déjà des histoires puisque je faisais des petites bandes dessinées. Chez moi, aujourd’hui encore, tout passe par le dessin, ça me sert à m’exprimer, à expliquer mes idées à mes collaborateurs. De même, quand j’écris un scénario, je pense comme un dessinateur, dans le sens où j’essaye toujours de reproduire les situations et les images que j’invente en me demandant si ça ressemble vraiment à ce que j’ai en tête.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 54 220 entrées
  • Cumul IDF : 93 883 entrées

  • 1ère semaine France : 236 355 entrées
  • Cumul France : 417 463 entrées