Notes de Prod. : Les enragés

    en DVD le 02 Juillet 2008

Interview de Detlev Buck

Avant de réaliser ce film sur la condition actuelle des adolescents dans les quartiers pauvres de Berlin, cet acteur, scénariste et réalisateur a fait beaucoup de recherches, fréquenté les écoles, les rues et les lieux de rencontre des jeunes... Son film est une adaptation du roman éponyme "Knallhart".
Les Enragés est très différent de vos précédents films. Comment vous est venue l'idée d'adapter cette histoire ?
Je voulais montrer comment la violence quotidienne peut mener à des situations où tout ce que l’on peut se dire est "oh merde !" – c’est pour cela que nous avons tenu à mettre la scène du « happy slapping », qui n’était pas dans le livre. Et franchement, la scène telle qu’elle est filmée n'est que de la rigolade à côté de ce que cela peut être dans la réalité. Il était aussi important pour nous de montrer un peu le cadre familial d’Erol, le terrifiant chef de bande. Nous avons ainsi rendu son personnage plus complexe. Dans le film, on le voit pousser un landau et porter des courses. Mais comme chef de bande, il doit se montrer extrêmement dur... Nous avions d'ailleurs pensé appeler le film "Testostérone"... D’un côté Erol est un jeune père de famille, qui aime sa femme et achète des couches pour son bébé... de l’autre il joue l’homme fort et se comporte comme une terreur, ce qui le conduira à sa perte.

Le film parait très authentique. Comment avez-vous mené les recherches sur ces quartiers ?
J’ai été dans les salles de classe, je me suis énormément promené dans les rues de Neukölln, j’ai observé la vie de tous les jours dans ce quartier, le mélange incroyable de nationalités. Tu les vois se disputer dans la cuisine par exemple et tu aperçois sur un coin de table une jeune fille qui fait ses devoirs... J’ai juste pris le temps de regarder, sans prendre de notes ou de photos. A mon avis, c’est la meilleure façon de s’imprégner d’une atmosphère pour mieux la retranscrire. L’acteur David Kross, qui joue le rôle de Michael, a apporté beaucoup de sérieux et de précision à son personnage. En lisant le livre, il a tout compris de la complexité de cet adolescent jusqu’à l’instant ultime où il doit prendre la décision de tuer ou de ne pas tuer. Au moment du casting, j’ai vu beaucoup de candidats pour ce rôle qui se contentaient de prendre l’arme et de tirer. Quand je leur demandais pourquoi ils faisaient comme ça, ils me répondaient juste "c’est dans le scénario". David avait lui parfaitement compris le sens de cette scène... Il a plusieurs scènes très fortes dans le film. Quand il se dispute avec sa mère par exemple ou quand il rencontre le dealer Hotte, qu’il est absolument sans défense et ne sait pas comment réagir. Ce qui est génial avec lui, c’est que tu peux lire ses pensées sur son visage. Tu vibres avec lui et tu sais toujours ce qu’il ressent. Pour moi, c’est ça un bon acteur. Tout le reste n’est que gesticulation. Bien que ce soit son premier rôle, il a fait preuve d’une très grande perspicacité. C’est un jeune homme très sérieux, du haut de ses 15 ans !

Avez-vous été inspiré par d’autres films ?
Quelqu’un m’a dit récemment que mon film est un mélange de Moi, Christiane F... et des films de Scorsese comme Mean Streets. Quelqu’un d’autres a trouvé des ressemblances avec Le Samourai de Melville. Quant à moi, j’adore Les 400 coups de Truffaut. Tous ces films sont des films que j’aime, des films sur des gens seuls. Chaque image, chaque son est là pour une raison. Tout ce que tu as à faire est de regarder et écouter. Mon public préféré est celui qui se laisse porter par ce qu’il voit et entend. Au début des Enragés, quand on entend la musique de Stravinsky et que l’on découvre ce jeune homme qui marche dans la rue, désorienté, on comprend tout de suite que ce qui va suivre ne va pas toujours être drôle. Nous étions déterminés à raconter cette histoire : l’histoire d’un jeune homme qui est choisi parce qu’il est le maillon faible. C’est ce qui arrive à tous ceux qui n’ont pas de repères.

Interview de Zoran Drvenkar et Gregor Tessnow

Comment vous est venue l’idée de Knallhart et en quoi est-elle liée à votre expérience personnelle ?
Gregor Tessnow : Comme Polischka, j’ai grandi à Zehlendorf dans les années 80. J’ai appris à devenir maçon dès l’âge de 15 ans : j’étais très feignant et me suis fait virer de l’école très rapidement. Je me suis donc retrouvé en apprentissage. Mais je suis parti avec l’idée de revenir à l’école plus tard pour devenir ingénieur. C’était la première fois que je quittais vraiment Zehlendorf. Le milieu du bâtiment était tout à fait nouveau pour moi. Tout à coup, je voyais ces gars aux cheveux longs, il y avait 3 ou 4 alcooliques dans ma classe, certains avaient déjà été en prison, ce qui ne me posait aucun problème. Sauf que je remarquais qu’il y avait une sorte de "mentalité de victime". Si quelqu’un sentait que tu te comportais en victime, tu étais très rapidement isolé. Je me suis alors demandé comment me comporter – si on te fait chanter, est-ce que tu le dis à ta famille? Au directeur de l’école ? À la police ? Je me disais que si je le faisais, rien n’arriverait de toute façon à mes agresseurs. Ils avaient fait bien pire et pourtant ils étaient toujours libres. Je me disais que si je parlais, je me ferais encore plus battre. Ce roman est donc le fruit de mes réflexions sur ce qu'il faut faire dans ce type de situation. Il s’est écrit tout seul ! Polischka se laisse porter tout au long du roman. Tout au long de la rivière, pour utiliser une image, il y a des choix à faire ou ne pas faire. De temps en temps il les fait, d’autres fois non. Chaque décision qu’il prend le fait avancer un peu plus jusqu’à ce qu’il arrive à une chute d’eau où là il ne peut plus reculer.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 1 316 entrées
  • Cumul IDF : 1 316 entrées

  • 1ère semaine France : 3 237 entrées
  • Cumul France : 3 237 entrées