Notes de Prod. : Les Filles du botaniste

    en DVD le 15 Novembre 2006

Entretien avec les actrices principales

Entetien avec Mylene Jampanoi

Quelle a été votre première impression à la lecture du scénario ?
Un sujet poétique, violent et pudique. Un scénario extrêmement bien écrit et construit. J’ai tout de suite vu le personnage que Dai Sijie pouvait me confier, il ne me restait plus qu’à le convaincre que j’étais capable de tenir ce rôle.

Le personnage est une Chinoise… et vous ?
Je suis de mère française et de père chinois. J’ai un petit côté asiatique, mais avec un gros handicap… J’ai les yeux verts qui virent au gris, ce qui n’est pas vraiment courant en Chine ! De plus j’ai été éduquée en français et, même si j’ai vaguement souvenir d’avoir appris le mandarin dans ma prime enfance, ce n’est pas une langue que je parle couramment. Bref, la difficulté était là : Dai Sijie cherchait une Chinoise et je ne l’étais pas !

Comment s’est passée votre rencontre avec Dai Sijie ?
Une saga ! Lise Fayolle, la productrice, m’a demandé de venir rencontrer Dai Sijie… à Pékin ! Trois jours en Chine pour un casting, c’est déjà assez irréel. En plus, Lise, qui voulait absolument que je décroche le rôle, avait insisté pour que je me munisse d’une paire de lentilles de contact marron foncé afin de montrer à Sijie que je pouvais facilement passer pour une Chinoise. J’ai donc pris l’avion pour Pékin où, en plein mois de décembre, il faisait un froid quasi sibérien. Sans doute parce que la Chine était pour moi un pays très exotique, je pensais débarquer dans une température estivale ! Avec mon jean, mon T-shirt et ma petite veste parisienne, je grelottais de froid. Le premier geste de Lise a été de me consigner à l’hôtel, le temps pour elle d’aller m’acheter une doudoune et des bottes fourrées. En fait, cela m’a permis de réfléchir. J’ai jeté mes lentilles de contact à la poubelle et je me suis présentée à Dai Sijie telle que j’étais. Ce que je savais de lui me confortait dans l’idée qu’il n’aimait pas les faux-semblants, le bluff ni le superflu…

Comment s’est passé votre travail sur le film ?
Passées les maladresses que j’ai commises du fait que je ne connaissais rien ni de la Chine ni du Vietnam et que, tout compte fait, je savais peu de chose des mentalités et de la psychologie chinoises, j’ai trouvé mes marques assez rapidement et je m’y suis accrochée. Le rôle était difficile. J’ai d’abord dû apprendre à devenir chinoise. A parler sur un ton discret, voire humble. A marcher sans lancer mon corps en avant et en faisant de tout petits pas. Je ne pouvais pas éviter de tourner en chinois pour certaines scènes : j’ai donc passé des nuits seule à répéter le texte en phonétique. J’avais imaginé le moyen de coller cette phonétique aux musiques de chansons que j’aimais, le texte chinois remplaçant les paroles originales. Et puis j’ai compris que Dai Sijie voulait avant tout que je lui donne les émotions qu’il recherchait et que mon jeu soit juste. Il préférait que je m’investisse dans le personnage, même si cela devait se faire quelquefois au détriment de la technique. (...).

Entretien avec Xiao-ran Li

Quelle était votre relation avec Dai Sijie ?
Vraiment excellente, et je ne dis pas ça par convenance. J’ai aimé sa rigueur et, très curieusement, sa flexibilité. Il ne refuse jamais de discuter d’une scène avec un acteur. Ce n’est pas un réalisateur buté, qui donne des ordres définitifs, mais au contraire quelqu’un de très souple qui, sans admettre l’improvisation, fait suffisamment confiance aux acteurs pour leur permettre de s’exprimer personnellement. C’est un homme très concentré sur un tournage. Il force le respect.

Pourquoi avez-vous accepté ce rôle ?
Parce que j’ai vu dans ce film deux histoires, l’une d’amour et l’autre de respect filial. Il y a dans le rôle de Cheng An deux personnages très différents, dissemblables, presque opposés. Tendresse et violence. La jeune fille soumise à son père n’est pas la même que celle qui découvre un amour qu’elle n’imaginait pas. D’ailleurs, qu’est-ce que cette jeune fille discrète, effacée, enfermée dans son île et peu au courant des choses du monde, aurait pu réellement savoir de l’amour ?

Quel a été votre rapport de travail avec une partenaire dont vous ne parliez pas la langue, mais avec qui vous avez à l’écran une relation très intime ?
C’est très curieux… Alors que nous étions quasi obligées de passer par un interprète pour nos échanges quotidiens, nous nous comprenions parfaitement pendant les prises sur le plan de l’émotion. Je suis persuadée que nous nous sommes entraidées, que le jeu de l’une tirait celui de l’autre. Je crois surtout que nous avons eu de la chance, Mylene Jampanoi et moi, de lire le même scénario et de le comprendre de la même façon.

Que savez-vous des années 80 en Chine, époque où se situe le film ?
Pas grand-chose en fait. La jeune génération, surtout celle qui habite les grandes villes, n’est pas tournée vers son passé historique. Bien sûr, je me suis renseignée en lisant le scénario. J’ai lu, j’ai posé des questions à mes parents, mais tout cela reste assez fragmentaire. Ceci dit, l’époque n’influence pas directement la narration, elle ne nourrit pas mon rôle. Cette histoire est intemporelle et universelle. C’est aussi ce que j’ai beaucoup aimé dans le scénario : on joue sur des émotions qui sont à la fois très anciennes et parfaitement contemporaines.

Entretien avec Dai Sijie

D’où vient l’idée de ce film ?
En fait j’ai commencé à travailler sur cette histoire avec Nadine Perront il y a 5 ou 6 ans, avant même d’écrire le scénario de Balzac Et La Petite Tailleuse Chinoise. Cette histoire est née d’un fait divers lu dans un quotidien chinois, qui racontait que deux jeunes femmes – travaillant toutes les deux dans la même usine, l’une comme ouvrière et l’autre en tant qu’infirmière - avaient été condamnées à mort parce qu’elles étaient homosexuelles et soupçonnées d’avoir tué le père de l’une d’entre elles. (…).
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 25 401 entrées
  • Cumul IDF : 51 059 entrées

  • 1ère semaine France : 50 488 entrées
  • Cumul France : 117 717 entrées