Notes de Prod. : Les Herbes Folles

    en DVD le 09 Mars 2010

Entretien avec Alain Resnais, réalisateur des herbes folles

Comment avez-vous choisi de porter à l’écran le roman de Christian Gailly L’Incident ?
Le producteur Jean-louis Livi m’avait demandé de tourner un film pour lui. Au départ, il était convenu que ce serait l’adaptation d’une pièce de théâtre. J’avais déjà lu une trentaine de pièces quand je suis tombé par hasard sur un roman de Christian Gailly, un écrivain dont la voix charmeuse, ironique et mélancolique m’avait frappé dans une émission d’Alain Veinstein sur France Culture. J’ai été séduit par ce roman au point d’en lire immédiatement un autre et de téléphoner le lendemain à Jean-louis Livi pour lui dire : «Ce son, cette blue note que nous cherchons depuis des semaines, je viens peut-être de la trouver.»

L’écriture de Gailly est si musicale que je me suis aperçu que, si je parlais à quelqu’un après avoir terminé un de ses livres, je me mettais à m’exprimer comme ses personnages. Ses dialogues sont comme des solos ou des numéros de duettistes qui n’attendent que des comédiens pour les dire. Irène Lindon, la directrice des Éditions de Minuit qui ont publié les treize livres de Gailly, nous a appris que les droits cinématographiques de douze d’entre eux étaient disponibles. J’ai donc demandé à rencontrer Gailly.
Il m’a donné toute liberté pour le choix du livre que je tournerais, puisque je n’en avais encore lu que quatre, mais il s’est montré inquiet à l’idée que le film bouleverse son emploi du temps car il tenait à consacrer toutes ses forces au roman qu’il était en train d’écrire. Je lui ai donc timidement proposé de ne jamais le déranger, de ne lui demander ni des scènes supplémentaires ni son avis sur l’adaptation ou le choix des comédiens, et de ne lui montrer Les herbes folles que sous la forme d’une copie standard qu’il approuverait ou non. J’ai vu alors un grand sourire apparaître sur son visage.

Les jours suivants, j’ai lu les romans qu’il me restait Quand nous devions trouver une solution à un problème donné, c’était l’ensemble de l’œuvre de Gailly qui nous l’inspirait. Au tournage, nous avons cherché des équivalences au style de Gailly, à cette façon d’interrompre une phrase en plein milieu par un point, aux fluctuations du narrateur interprété par Edouard Baer qui se reprend ou se corrige, sans oublier les contradictions flagrantes des personnages et de leurs pulsions successives. Gailly met souvent l’affirmation et la négation dans la même phrase, donc en écrivant l’adaptation avec Laurent Herbiet, nous avons tenté de concevoir un découpage technique qui se rapproche de cette dualité, qui fasse coexister le oui et le non dans les collures et dans le jeu des acteurs.

Tous ces choix se sont faits naturellement, avec entrain, et sans plan préconçu puisque je tourne pour voir comment ça va tourner. Le décorateur Jacques Saulnier et le chef opérateur Éric Gautier, qui étaient là dès le premier jour, ont travaillé dans la même direction. Dans un décor, il y a une touche de couleur, elle est arrêtée là, comme un à découvrir, et j’ai proposé à Jean-louis Livi de porter à l’écran L’Incident, auquel il avait déjà pensé de son côté. Ce livre était plus cher que d’autres à filmer, mais Livi, avec l’aide de la productrice exécutive Julie Salvador, a considéré que nous pouvions tenter l’aventure.

Qu’est-ce qui vous séduisait particulièrement dans L’Incident ?
J’y ai senti un côté syncopé, comme improvisé, un art de la variation sur des «standards», au sens musical du terme. J’ai aussi été marqué par l’en- têtement de Georges Palet et Marguerite Muir, les protagonistes, qui sont incapables de résister à l’envie d’accomplir des actions irrationnelles, qui déploient une vitalité incroyable dans ce que l’on peut considérer comme une course à l’erreur.
L’Incident parle du «désir de désir» (la formule est de Livi), ce désir qui naît chez
Georges à partir de rien, avant même qu’il ait rencontré Marguerite ou qu’il lui ait parlé au téléphone, puis qui s’alimente de lui-même. coup de pinceau, on passe à une autre couleur.
Gautier n’a pas hésité à utiliser la couleur sans mélanger les teintes. Les couleurs se succèdent, sans transition, elles ne se fondent pas. Et le compositeur Mark Snow a cherché des effets de rupture, de syncope, en employant des styles musicaux très différents d’une scène à l’autre.
Lorsqu’on a un guide comme Gailly, il suffit de se laisser porter.

Pourquoi avez-vous donné pour titre au film Les herbes folles ?
Cela me semblait correspondre à ces personnages qui suivent des pulsions totalement dé- raisonnables, comme ces graines qui profitent d’une fente dans l’asphalte en ville ou dans un mur de pierre à la campagne pour pousser là où on ne les attend pas. Vous êtes resté fidèle au dialogue du roman.
Oui, bien sûr, puisque c’est ce dialogue qui m’attirait. De toute façon, Gailly nous a servi de référence du début à la fin, c’était notre diapason pour essayer de garder le ton juste. Que ce soit André Dussollier, Sabine Azéma, Anne Consigny, Emmanuelle Devos, Matthieu Amalric ou Michel Vuillermoz, les comédiens (j’aimerais les citer tous) ont lu avec passion plusieurs de ses livres et cela a stimulé leur créativité. Pour moi, c’était le bonheur ! Le même phénomène s’est produit avec les techniciens.

Notes de Tournage sur les herbes folles

Le 11 Février 2008 - Alain Resnais en tournage

Alain Resnais, réalisateur prolifique avec L'Année Dernière à Marienbad, Hiroshima Mon Amour entre autres, reprend une fois encore sa caméra.

86 ans et toutes ses dents, le réalisateur a encore des choses à dire et enchaîne les tournages a un rythme toujours aussi soutenu. Son dernier film Coeurs était sorti en 2006. Les acteurs français sont d’ailleurs toujours aussi nombreux à le suivre.

Sabine Azéma, André Dussollier, Emmanuelle Devos, Mathieu Almaric seront présents au générique de son nouveau film intitulé : Les herbes folles.
 

Box-office au 11 Janvier 2010

  • Paris 14h : 1 496 entrées
  • 1er jour IDF : 10 151 entrées
  • 1ère semaine IDF : 71 987 entrées
  • Cumul IDF : 144 045 entrées

  • 1ère semaine France : 190 223 entrées
  • Cumul France : 424 413 entrées