Origine du projet
L’intrigue des
Infiltrés s’inspire du thriller hongkongais de 2002
Infernal Affairs, qui connut un immense succès en Asie avant d’être distribué aux États-Unis,où son adaptation fut rapidement mise en chantier.
William Monahan (Scénariste) : « Je n’ai pas souhaité voir
Infernal Affairs avant de transposer cette histoire, et c’est à partir d’une traduction du scénario chinois que j’ai travaillé. Sa ligne directrice d’une grande ingéniosité, m’a permis de créer de nouveaux personnages. J’aimais beaucoup la duplicité des deux protagonistes originaux,mais mon scénario met d’abord l’accent sur les drames qui adviennent lorsque un homme s’écarte de la route que lui trace la vie. »
Martin Scorsese : «
Infernal Affairs est un très bon exemple de ce que j’aime dans le cinéma de Hongkong.
Les Infiltrés n’est pas,pour autant, un remake de ce film. Il s’inspire de l’intrigue originale,mais l’univers qu’à imaginé
William Monahan est très différent. J’ai mis un certain temps à lire ce script,parce que j’ai tout de suite commencé à visualiser l’action, à m’imprégner de l’histoire et des protagonistes.J’ai été frappé,notamment,par l’approche des personnages et de leur vision du monde.Ce traitement sans compromis m’a séduit et donné envie de réaliser le film.” “On pourrait croire que
Les Infiltrés nous ramène à des films comme
Mean Streets ou
Les Affranchis »,observe le producteur
Graham King. « Mais Marty réinterprète ici le genre sous un angle totalement nouveau et original. C’est la marque de son talent... »
L’équipe
« Travailler avec
Martin Scorsese a été une expérience fantastique. C’était un privilège de le voir créer et construire le film dans sa tête à mesure que nous discutions du script. J’apprenais chaque jour plus qu’en une année à l’École de Cinéma. » Monahan situa l’intrigue dans un monde qui lui est familier : « Ce projet m’a été confié à une époque où je pensais beaucoup à Boston, dont je suis originaire, et aux gens que j’ai perdus. Cela m’a permis d’explorer des thèmes qui me touchent de très près. » Le vétéran de la Police du Massachusetts Thomas B. Duffy, conseiller technique des
Infiltrés, rappelle les affrontements qui opposèrent à Boston les “Staties”(la Police d’État) et la pègre irlandaise : « La mafia du sud de Boston (le “Southie”) a été dominée et contrôlée par les Irlandais du début des années 1970 jusqu’à une période assez récente.”
Leo DiCaprio,dont c’est la troisième collaboration avec Scorsese après
Gangs Of New York et
Aviator, note pour sa part : «
Les Infiltrés ne ressemble à aucun des « films de gangsters » de Marty. Son contexte est totalement distinct,au moins pour trois raisons : parce qu’il y est question de la pègre irlandaise, de la police et de la corruption, et parce que
Boston constitue un tout autre environnement que New York. Cette histoire parle finalement de l’Amérique et de la corruption de certains systèmes à l’échelle d’une nation. »
Martin Scorsese : « Dans ce film, les destinées de deux jeunes gens sont gouvernées par des forces antagonistes qui les dépassent : la police et une organisation criminelle de grande envergure. Le chef de la pègre locale, Frank Costello,prend Colin Sullivan sous son aile dès l’âge de douze ans.Il l’éduque et en fait un pilier de la communauté pour lui permettre d’infiltrer la police. Au même moment, Billy Costigan, qui est originaire des bas quartiers de Boston, se révèle une taupe de premier ordre, qui va infiltrer le gang Costello et renseigner la police sur ses activités. Billy et Colin fonctionnent ainsi sur des trajectoires inverses, qui finiront par se percuter avec une extrême violence. »
Flic Ou Gangster ?
Leo DiCaprio interprète Billy Costigan, un cadet prometteur de l’Académie de
Police du Massachusetts, recruté pour une dangereuse mission.
Léornado DiCaprio : « Le script m’avait tellement accroché que j’ai tout de suite eu envie de faire ce film. J’ai dit oui, sans hésiter un instant.J’ai trouvé que c’était une histoire d’une grande intensité avec des personnages à facettes totalement fascinants. « Billy a toujours vécu au contact de la pègre. Il entre dans la police pour se démarquer de sa famille et parce qu’il n’a pas d’autre issue. Par une étrange ironie du sort, sa première mission est d’infiltrer un gang en prétendant être ce qu’il déteste le plus. Lui qui n’aspirait qu’à se racheter, va plonger jusqu’au cou dans une situation trouble, ambiguë, terriblement dangereuse. Toutes sortes d’indices le désignant comme une taupe aux yeux du gang, il manque à plusieurs reprises d’être démasqué. Et vers la fin du film, le filet se resserre brutalement sur lui. »
Martin Scorsese : « Je savais Leo capable d’exprimer l’angoisse d’un homme qui s’est laissé piéger et se demande comment se tirer d’affaire. On le lit sur son visage, dans son regard, sans qu’il soit besoin de le lui faire dire. Ce malaise émane de tout son être,et c’est très étonnant à observer. » Colin Sullivan appartient, ainsi que Billy Costigan, à la Police du Massachusetts et est originaire des mêmes quartiers. Mais il est l’antithèse de Billy, son image inversée.
Matt Damon - autre natif de Boston - interprète ce jeune et brillant sergent de l’Unité des Enquêtes Spéciales, promu en temps record. Mais, en dépit de ses remarquables états de service, Colin n’obéit qu’à un homme : le chef de la pègre, Frank Costello.
Martin Scorsese : « Matt a énormément apporté à ce rôle. On le voit calculer ses coups, ruser, essayer de se dépêtrer d’une situation de plus en plus intenable. Colin est un personnage encore plus tragique que Billy, parce qu’il se croit invincible et pense se laver de ses péchés originels en s’acoquinant avec le Mal,et accéder du même coup à cette bourgeoisie qui le fascine. Au début du film, on voit Costello lui inculquer certaines « valeurs » sur lesquelles il fonctionnera quelque temps, avant de perdre définitivement tous ses repères. »
Matt Damon : « Frank Costello règne sur le quartier qui vit grandir Colin. Tout le monde a entendu parler de lui, chacun le craint. Colin n’a que douze ans lors de leur première entrevue, et l’on peut imaginer l’effet que cela a sur lui. Aux yeux de Colin, ce chef de gang s’impose dès le départ comme une figure paternelle d’une puissance incomparable. « Costello est sûr de son investissement, il sait qu’il pourra exploiter ce jeune et tirer profit de sa loyauté.
Il le fait entrer dans la police pour qu’il lui serve d’informateur. Chaque camp dispose ainsi d’une taupe, qui ignore l’identité de l’autre. »
Leo DiCaprio : « Nos deux personnages sont le droit et le revers d’une même médaille. Colin a choisi une voie, Billy en a pris une autre,et leurs destinées sont mystérieusement et irrévocablement liées dans un étonnant jeu d’échecs à distance.” Le lien secret le plus fort entre Billy et Colin est Frank Costello, qu’interprète
Jack Nicholson. « Nous nous connaissons depuis plus de trente ans. Cela ne s’était encore jamais traduit au cinéma, et j’étais curieux de savoir si Jack serait tenté par ce rôle. Mon attente a été récompensée : nous nous sommes vraiment éclatés sur ce film. »
Graham King : « La première fois que Marty a mentionné Jack pour ce rôle, j’ai cru que nous délirions tous les deux,mais le rêve est devenu réalité, et Jack a hissé ce personnage à un niveau dont lui seul a le secret. Le film regorge de ses touches caractéristiques, qui sont tout bonnement formidables. »
Le Tournage
La quasi-totalité des extérieurs des
Infiltrés ont été filmés à Boston, ainsi que dans les proches banlieues de Braintree, Quincy et Dorchester. Une bonne partie des intérieurs furent réalisés à Brooklyn, un des rares quartiers de New York à pouvoir “doubler”la capitale du Massachusetts.
Michael Ballhaus, chef opérateur de six précédents films de Scorsese, note : « Je ne pense pas que Marty et moi ayons jamais autant discuté des lumières.
Les Infiltrés est largement influencé par l’imagerie du film noir et éclairé presque comme un film en noir et blanc,tout spécialement dans les scènes de commissariat. L’impact des couleurs, dans les scènes qui les requièrent, n’en est que plus fort. » La chef costumière
Sandy Powell utilisa précisément la couleur pour singulariser un peu plus le personnage de Costello : « Tous les personnages portent des vêtements de ville de coupe ordinaire et de teintes neutres, allant du noir au beige, en passant par le brun et le gris.
Nous pensions originellement que Frank se fondrait dans la masse mais Jack a manifesté le désir d’arborer des coupes et couleurs plus originales et plus risquées. Costello jouit d’un tel pouvoir qu’il peut se permettre de porter tout ce qui lui plait sans que personne n’ose lui en faire la remarque. Ce qui nous autorisait une certaine dose de fantaisie. » Les quelques éclats de rouge qui parsèment cet ensemble quasi incolore ont une fonction symbolique et un impact dramatique délibérés : « Nous avons opté pour un look monochrome, et décidé que la couleur rouge n’apparaîtrait jamais sans raison valable”, indique la chef décoratrice
Kristi Zea. « Le rouge envoie au spectateur un signal d’alerte subliminal, il préfigure toujours un événement dramatique. »
La lettre X, omniprésente, a la même fonction symbolique, en hommage explicite au
Scarface de Howard Hawks : « Marty m’a demandé de l’introduire un peu partout dans le décor : sur les fenêtres, les murs, le sol », révèle Zea. « C’est le signe de la mort”, rappelle
Michael Ballhaus.“Marty en a glissé des quantités, y compris dans certains éclairages, parfois très discrètement, parfois de manière un peu moins subtile. » Et
Martin Scorsese de conclure : «
William Monahan est un Irlandais de Boston, qui a choisi très logiquement de placer l’intrigue et les personnages des
Infiltrés
dans un milieu qu’il connaît bien. Mais cette histoire qui parle de confiance et de trahison, de tromperie et de loyauté,pourrait se passer n’importe où."