Notes de Prod. : Les Intrus

    en DVD le 20 Octobre 2009

Notes de production

A la fois thriller psychologique et film d’horreur, Les Intrus nous plonge au cœur de la terreur et d’une lutte infernale entre deux volontés...

Choc en retour

Après la mort tragique de sa mère, Anna a tenté de se suicider. Au bout d’un long séjour en institut psychiatrique, elle est enfin remise et peut rentrer chez elle. Mais c’est un nouveau choc : son père, Steven, vit désormais avec l'ancienne infirmière de sa mère, venue s’installer chez eux. Trahie et désemparée, Anna cherche le réconfort auprès d’Alex, sa sœur aînée. Mais celle-ci semble étrangement distante.
Emily Browning, l’interprète d’Anna, explique : « Anna se sent soudainement perdue. Depuis que son père est tombé amoureux de Rachel, elle ne trouve plus sa place au sein de sa propre famille. Même sa sœur, Alex, semble un peu hostile envers elle. Pire, Rachel, qui a pris désormais la maison en mains, se montre déterminée à effacer le souvenir de leur mère. »
Alex va expliquer son attitude à sa sœur : elle s'est sentie abandonnée par Anna et s’est retrouvée seule à l’arrivée de Rachel dans la vie de son père et dans leur maison.
Arielle Kebbel, qui joue Alex, commente : « Le séjour d’Anna en hôpital psychiatrique a été une épreuve pénible, mais la vie d’Alex durant cette période était loin d’être rose. On sent bien à quel point Alex est heureuse du retour d’Anna, mais elle ne veut pas le montrer. Elle s’est sentie délaissée et impuissante à affronter le quotidien à la maison. »
Arielle Kebbel ajoute : « Le fait que son père ait si rapidement remplacé sa mère la dévaste. Elle se répète qu’elle est bien au-dessus de ça, qu’elle n’a pas besoin de son père, ni de personne… Elle a déjà assez souffert comme cela. »

Anna et Alex vont se rapprocher parce qu’elles partagent la même animosité envers leur belle-mère. Elles trouvent l’attitude de leur père indigne et se sentent totalement abandonnées.
David Strathairn explique : « Steven a l’intention d'être un bon père à présent, même si sa carrière reste sa priorité absolue. Avant, son épouse se chargeait des affaires familiales. Désormais, elle est partie et il est rongé par les regrets et la culpabilité. Il aurait dû s’impliquer davantage dans la vie de ses enfants. Alors, il tente de se rattraper. Au-delà d’un bon père, il essaie de devenir un ami, un confident et un soutien pour Anna. C’est difficile parce qu’il ne connaît pas vraiment sa fille. Il garde l’espoir de voir évoluer leurs rapports mais doute d’être prêt pour cela. »
L’autre difficulté vient de cette nouvelle relation, survenue peu après la mort de son épouse. David Strathairn note : « Steven veut épouser Rachel, il en est tombé amoureux. Elle l'a sorti du désespoir dans lequel il sombrait. Mais Anna ne voit pas les choses de cette façon. Elle a perdu sa mère et maintenant, cette femme essaie de prendre sa place. Anna n’est pas prête. En plus, elle est en pleine adolescence, une période délicate et tourmentée. »
Chaque fois qu’Anna voit Rachel tenter de se rapprocher d’elle, son ressentiment tourne à la haine : Rachel tente d'effacer toute trace de sa mère et du passé de leur famille.
Selon Elizabeth Banks, qui incarne Rachel, ce n’est pas tout à fait le cas. Elle explique : « Rachel souhaite reconstruire cette famille et elle aime Steven. Elle voit dans la situation une occasion d’assumer pleinement un rôle de mère. Cependant, Anna juge sa venue beaucoup trop précoce. Elle se retrouve donc dans la position de l’affreuse belle-mère, qui doit masquer son bonheur d’être amoureuse et d’avoir trouvé une famille. Rachel ne souhaite pourtant qu’une chose : aider cette famille à guérir et à redevenir unie. »
Elizabeth Banks poursuit : « Ce que Rachel aime chez Steven, c’est sa gentillesse. Elle le voit comme une âme blessée, quelqu'un qui doit être protégé. Et il est très séduisant. Il la traite avec bienveillance et respecte son intelligence. Il la considère comme son égale et c’est ce qu’elle a cherché toute sa vie. »
Chaque témoignage d’affection entre Rachel et Steven est ressenti comme une menace par Anna. David Strathairn explique : « C’est une des relations les plus fortes du film, mais les personnages n’abordent pas ce sujet ouvertement. On devine simplement ce sentiment à travers les regards, les contacts et les non-dits qui cimentent leur relation. »

La dernière chance de voir un lien d’affection se tisser entre Anna et Rachel est réduite à néant lorsque la jeune fille commence à avoir des visions cauchemardesques. Elle voit sa mère l’appeler à l’aide, et suggérer que Rachel serait impliquée dans sa mort. Terrifiée par ces visions et encouragée par l’hostilité manifeste de sa sœur Alex à l’égard de Rachel, Anna va peu à peu reprendre sa place dans la maison et tenter de protéger sa famille.
Rachel, plus expérimentée dans l'art de la manipulation, semble avoir le dessus. Mais Anna, d’apparence calme et délicate, n'est sans doute pas aussi fragile qu’elle le paraît.
Elizabeth Banks confirme : « Anna est une adversaire coriace. Emily a approché le rôle de manière très instinctive. Elle est un peu à l’image de son personnage, elle semble frêle et douce de prime abord, mais c’est quelqu’un de très déterminé. »
Cet équilibre entre force et vulnérabilité chez le personnage a attiré Emily Browning. « On aurait pu facilement positionner Anna comme une victime. Mais elle n’est pas comme cela. Elle ne cherche pas la sympathie. Bien que paraissant fragile et ayant vécu des choses terribles, Anna peut être très dure. »
Au fur et à mesure, les tensions s’exacerbent. Anna semble désormais persuadée de la responsabilité de Rachel dans la mort de sa mère. Avec Alex, elle tente d’apporter une preuve de sa culpabilité. Il faut absolument convaincre leur père qu’il commet une terrible erreur…
Plus tard, lorsque Alex tente de réconforter Anna, elle a repris son rôle de grande sœur protectrice. Arielle Kebbel commente : « Lorsque vous voyez votre jeune sœur dans cet état, vous vous sentez investie d’une mission. Que faire pour arranger ça et comment l’aider ? Le lien qui unit mon personnage à Anna est si fort que c’en est déchirant. Elles se vouent tant de compassion, d’amour et de confiance… En voyant cela, on comprend l’étendue du malheur qui touche cette famille. »
Selon Arielle Kebbel et Emily Browning, la proximité affective des deux sœurs est un élément clé de l’intrigue. Kebbel note : « Le lien qui unit des sœurs est indéfectible et unique. Les moments d’intimité, notamment les rires, les pleurs ou lorsque nous dormions côte à côte, nous semblaient être des éléments cruciaux de la narration. »
Emily Browning ajoute : « Arielle Kebbel et moi avons choisi d’employer un même vocabulaire. Les réalisateurs et les producteurs nous ont laissé apporter nos petites touches personnelles. »
En fouillant dans le passé de Rachel, Anna et Alex vont découvrirent certains détails troublants et inquiétants. Rachel ne nie rien. Cependant, elle met clairement Anna en garde et lui recommande de ne pas se dresser entre elle et Steven.
Déterminées à mettre un terme à leur cauchemar, Anna et Alex projettent de démasquer Rachel une fois pour toutes. Mais celle-ci les a percées à jour. Une bataille sans merci va s’engager entre les deux sœurs et la belle-mère, une lutte qui les entraînera vers une issue terrifiante...

Frayeur, supense et virtuosité

En 2002, les producteurs Walter F. Parkes et Laurie Macdonald ont produit l’un des plus grands succès de l’année, le thriller horrifique Le Cercle de Gore Verbinski, remake du film japonais Ring. Ce film marqua l’avènement d'une nouvelle tendance dans le cinéma d’horreur : le thriller psychologique intelligent. Ils rencontrèrent à nouveau le succès en 2005 avec la suite, Le Cercle, réalisée par Hideo Nakata. Initiateurs de cette tendance à l’adaptation de thrillers horrifiques asiatiques, Walter F. Parkes et Laurie Macdonald se mirent en quête d’un nouveau projet qui soit aussi génialement conçu et exécuté que Ring. C’est le producteur Roy Lee qui leur fit découvrir le film coréen original qui a inspiré Les Intrus.
Walter F. Parkes se souvient : « L’histoire était très intrigante, et elle présentait un grand potentiel pour une adaptation. Les meilleurs films du genre s’apparentent à des contes de fées en ce sens que l’histoire repose sur une éthique forte. C’est la meilleure des bases pour asseoir l’action d’un film d'horreur. Souvenez-vous de La Malédiction. Dans ce film, l’enfant de Gregory Peck mourait à la naissance. Il volait alors un autre bébé sans le dire à son épouse. De la même façon, le film coréen original possédait une histoire simple. Une adolescente subit une grave dépression suite à la mort de sa mère. Après dix mois en hôpital psychiatrique, elle rentre enfin chez elle. Elle découvre alors que l’infirmière qui prenait soin de sa mère a pris la place de celle-ci auprès de son père. La trangression morale est très forte ! Les ados, malgré leur côté rebelle, sont des êtres très moraux. J'ai en ai moi-même deux à la maison. Ils possèdent un sens aigu de la famille et des traditions. Chez eux, le sentiment d’appartenance à un passé commun est capital. Leur propre moralité en découle. Quelque chose se brise dans un adolescent lorsque sa famille se désunit. »
Après s’être assuré les droits du film, Walter F. Parkes et Laurie Macdonald ont engagé le processus que Parkes appelle « traduction. » Il précise : « J’emploie le terme « traduction » à dessein. Il ne s’agit pas juste de copier. Il s’agit d’abord de comprendre le sens des choses là-bas et de les adapter afin qu’elles trouvent un sens ici. Nous ne traduisons pas simplement des dialogues mais également un contexte et un environnement social. Nous tenons compte de notre public et de ses perceptions ; elles diffèrent de celles du public coréen. Une partie de notre travail a consisté à clarifier le récit et à le rendre accessible, sans toutefois perdre de cette ambigüité propre au cinéma asiatique qui le rend, d’ailleurs, si fascinant. Nous avons dû intégrer les valeurs contenues dans ces films asiatiques et nous imprégner de leur culture afin de mieux nous les approprier. »
Pour le producteur, « traduire » signifiait également transposer la sensibilité de l'histoire pour la rapprocher des grands classiques du genre fantastique : « A Hollywood, les films d’horreur ont tendance à demeurer des films à petit budget. A une époque, les meilleurs réalisateurs, acteurs et auteurs se prêtaient pourtant au genre. Je pense à Robert Wise avec La Maison du Diable, à Roman Polanski avec Rosemary'S Baby, à William Friedkin avec L'Exorciste ou encore à Brian De Palma avec Carrie. Ensuite, l’horreur est devenue un truc de série B, à travers des slasher movies comme Freddy 1 - Les Griffes De La Nuit ou Halloween, La Nuit Des Masques. Depuis peu, on assiste à un retour aux sources avec des productions comme Sixième Sens. L’horreur est devenue grand public. Cela nous renvoie à un genre que nous adorions étant plus jeunes, et cela plaît aux réalisateurs pour une raison bien spécifique : c'est le seul genre qui permette d’obtenir du public des réactions aussi physiques, aussi viscérales et autant d’émotions. Les Intrus nous offre la chance de réaliser à nouveau un thriller horrifique de cette catégorie. »
Selon Walter F. Parkes, « Les Intrus s’inspire et rend hommage aux grands classiques du film d’épouvante ou fantastique. Comme L'Ombre D'Un Doute d’Alfred Hitchcock, on a la sensation que l’un des membres de la famille pourrait bien dissimuler des choses sur son passé. Et, plus récemment, comme dans Apparences, on a le sentiment d’un malaise au sein d’un environnement pourtant superbe. Les Intrus se penche sur la mémoire et sur l’affection que nous portons aux lieux de notre enfance. Chaque recoin semble posséder une signification spéciale pour Anna. Ensuite, lorsque nous grandissons, nous voyons le monde sous un jour différent et nous nous mettons à poser des questions : que s’est-il vraiment passé durant toutes ces années ? »

Walter F. Parkes et Laurie Macdonald devaient choisir le bon réalisateur – « les » bons réalisateurs, dans le cas présent. Les frères Guard, réalisateurs britanniques débutants surtout connus pour leurs réalisations publicitaires, se sont démarqués en dépit de leur manque d'expérience dans le long métrage. Les producteurs ont décelé en eux un talent semblable à celui de Gore Verbinski, qui avait dirigé Le Cercle.
Walter F. Parkes souligne : « Il est rare de voir des publicitaires posséder un tel sens du récit. Tom et Charlie Guard avaient réalisé un spot de soixante secondes pour une marque de bière française qui contenait une histoire entière, avec un début, un milieu et une fin, des sentiments, une notion du lieu, l’impression de perte. J'ai été très impressionné par leur travail.
« Tom et Charlie nous ont paru authentiques, frais et élégants, avec quelque chose de classique dans leur approche. Cette attitude nous rassurait car nous ne voulions pas que la technique prenne le pas sur l'histoire. Mais une chose a vraiment fait pencher la balance : ils n’ont jamais fait allusion aux attentes du public. Ils n’ont pas non plus abordé le thème de la peur. Ils ont parlé de Freud et de l’attitude d’Anna face à la liaison de son père. Le fait qu’ils se soient attachés exclusivement au contenu émotionnel du film m’a donné confiance. Je savais qu’ils seraient sensibles à ce qui compte le plus : l'histoire. L’allusion à Freud a suggéré toute l’ambition qu’ils avaient pour ce projet. J'ai senti que nous partagions un langage commun. »
Charles Guard se souvient : « Nous voulions rendre ce film terrifiant au sens psychologique. Rosemary'S Baby, Les Autres, Sixième Sens sont à la fois des thrillers psychologiques et des films d'horreur. Ce qui nous a vraiment plu dans ce projet, c’est de pouvoir justement briser cette frontière entre les genres. »

Il ajoute : « Nous adorons la façon dont les Asiatiques mettent en scène la peur. Chez eux, tout est suggéré à travers l’expression des personnages et l’anticipation. Le cinéma asiatique est beaucoup plus libre dans la narration que le cinéma occidental. Notre adaptation est une excellente fusion des deux. Des scènes très fortes à l’occidentale alternent avec des moments d’apaisement tout aussi terrifiants. Nous aimons ces moments de calme avant la tempête, plus lâches, plus silencieux, car ils donnent l’occasion au spectateur de mieux connaître la psychologie des personnages et leurs intentions. Nous espérons vraiment être parvenus à mixer harmonieusement les sensibilités occidentales et asiatiques dans ce film. »
Arielle Kebbel confie : « J’ai adoré le film original, et je trouve que les frères Guard ont su en conserver la maîtrise cinématographique. J’ai été frappée par la coloration générale incroyable de la version coréenne, son atmosphère prenante et féerique à la fois. On ne distinguait plus ce qui était réel de ce qui ne l’était pas. Chacun devait se faire sa propre idée. Charlie et Tom ont accompli un travail exceptionnel en parvenant à entretenir ce sentiment mystérieux et cette esthétique. L’horreur et la beauté se côtoient tout au long du film. Ce n'est pas le côté « gore » qui rend une histoire effrayante. Ce qui est terrifiant, ce sont ces gens en situations réelles confrontés à de terribles événements. Ils sont alors poussés à agir de manière complètement anormale. »
Ni Arielle Kebbel, ni David Strathairn, ni Elizabeth Banks n’avaient jamais tourné dans un tel film. David Strathairn confirme : « Je n’avais jamais participé à un thriller psychologique, et j’attendais cela avec une grande curiosité. Comment construire cette histoire basée sur la trahison, le mystère et l’incertitude ? Tom et Charlie avaient une façon très intéressante d’aborder le périple de cette jeune fille, son stress post-traumatique. Ils ont également su montrer la façon dont cela affectait les autres personnages. Cette histoire m’a semblé extrêmement alléchante. »
Elizabeth Banks est plus connue pour ses prestations dans des rôles de comédie. Elle confie : « J’étais ravie à l'idée de jouer cette fois la méchante, une femme plus équivoque, avec quelque chose de sexuel – semblable à Rebecca De Mornay dans La Main Sur Le Berceau, Sharon Stone dans Basic Instinct ou Glenn Close dans Liaison Fatale. Elles étaient des méchantes exceptionnelles. »
Elizabeth Banks avoue admirer David Strathairn depuis l’époque où elle prenait des cours de théâtre. « J'ai rencontré David il y a longtemps. J’étais étudiante en art dramatique. Il avait fait une lecture de la pièce d’un ami à New York. C’était formidable de voir un acteur aussi talentueux et chevronné que lui lire le travail d’un jeune auteur. David est le genre de comédien capable de conquérir n’importe quel public. »
Arielle Kebbel commente : « Elizabeth a tout de suite saisi le personnage à la perfection. Quand nous avons fait une lecture ensemble, je me suis dit : « Celle-là, il vaut mieux ne pas la chercher ! ». J’ai effectivement pensé à Rebecca De MornayLa Main Sur Le Berceau est l’un des films les plus effrayants que je connaisse. Je l'ai vu lorsque j’étais enfant et j’en conserve un souvenir terrorisé. Je ne pouvais pas y croire, mon pire cauchemar était devenu réalité ! Elizabeth a été exceptionnelle. »

Le casting d'Anna restait l’élément décisif. La puissance de l'histoire et son dénouement final éprouvant reposaient d’abord sur la crédibilité de l’actrice principale. Le rôle est revenu à Emily Browning.
Walter F. Parkes explique : « Tout reposait d’abord sur le personnage d’Anna, car c’est à travers ses yeux que le spectateur suit le récit. Laurie et moi avions produit Les Désastreuses Aventures Des Orphelins Baudelaire, son premier grand rôle. Emily devait avoir environ 14 ans à l’époque. Elle possédait déjà des qualités exceptionnelles, de celles qui font les plus grandes stars. Elle garde constamment une part de mystère. Au point qu’à la fin du tournage de Les Désastreuses Aventures Des Orphelins Baudelaire, nous nous étions fait la réflexion : « Cette petite devrait tourner dans un thriller ». Deux ans et demi plus tard, quand nous avons décidé d’acquérir les droits de ce film coréen, nous avions déjà Emily à l'esprit. Nous savions de quoi elle était capable et elle collait à merveille avec le sujet du film. »
Le producteur poursuit : « Emily a quelque chose d’intemporel. C’est quelqu'un que vous auriez pu croiser dans les années 1900, mais elle possède aussi un côté très contemporain. Vous ne pouvez pas vraiment la mettre dans une case et c'est crucial pour le genre fantastique ; le mystère est essentiel. Nous avons rencontré beaucoup d'actrices merveilleuses, totalement ancrées dans notre époque, mais ce ressenti aurait peut-être eu tendance à faire sortir le spectateur de l’histoire. N’oublions pas que ce personnage sort d’un calvaire qui l’a coupé du monde durant près d’un an. »
Elizabeth Banks, qui joue la plupart de ses scènes face à Emily Browning, approuve : « Emily est fabuleusement douée, très professionnelle et ce fut un plaisir de travailler à ses côtés. Elle est pleine d'esprit. Elle m’a bluffée. »

Emily Browning confie : « C'est mon premier grand film américain Les Désastreuses Aventures Des Orphelins Baudelaire il y a trois ans. J'ai voulu finir le lycée et laisser ma carrière d’actrice de côté pour quelque temps. J’avais beaucoup réfléchi au type de film qui pourrait m’intéresser pour ma reprise. J’avais quelques propositions, mais j’ai adoré le script de ce film ! On ne voyait pas venir les rebondissements. C'est vraiment étonnant parce que, d’habitude, quand vous lisez un scénario, vous devinez pas mal de choses immédiatement. J'ai vraiment été surprise, surtout par la fin, que j’ai trouvée extrêmement cool ! »
Arielle Kebbel et Emily Browning se sont rapidement liées d’amitié malgré des débuts un peu difficiles - ce qui reflétait d’ailleurs, par certains aspects, la progression de leurs personnages à l’intérieur de l'histoire.
Emily Browning se souvient : « Nous nous sommes rencontrées la première fois lors d’une des auditions. J’étais fatiguée à cause du décalage horaire et du coup, très calme. Arielle, au contraire, était nerveuse et bouillonnante… »
Arielle Kebbel poursuit : « À un moment, j’étais censée piquer une colère noire contre mon père et me précipiter hors de la pièce, mais la salle d’audition était petite et au lieu de claquer la porte, j'ai donné un grand coup sur le mur. Emily a sursauté et a rapporté plus tard à son agent que j'étais vraiment effrayante. »
Emily Browning reprend : « Arielle était énervée mais très sûre d’elle. Moi, toute calme, fatiguée, avec mon décalage horaire dans les jambes, elle a dû me trouver très timide. Et puis, lorsque nous nous sommes revues à Vancouver, sur le tournage, elle m’a invitée à dîner et nous n’avons pas cessé de papoter, nous nous sommes amusées comme des folles. C’est drôle, l’effet que peut avoir le décalage horaire ! »
Les blagues, les interjections constantes et l'habitude de finir les phrases l’une de l’autre reflétaient plutôt fidèlement la relation à l’écran d’Anna et Alex.
Elizabeth Banks observe : « Arielle et Emily ont apporté autant d’énergie sur le plateau qu’à leur personnage. Elles ont entretenu de très bons rapports. Le mélange a bien pris. On n’avait aucune peine à croire qu’elles étaient sœurs. »
Pour Emily Browning et Arielle Kebbel, la collaboration avec les frères Guard offrait un parallèle intéressant. Arielle Kebbel plaisante : « Nous avions deux frères qui réalisaient un film sur deux sœurs. Ils comprenaient donc totalement les rapports des personnages. Ils finissaient les phrases l’un de l’autre comme Emily et moi, et comme Anna et Alex. »
Walter F. Parkes ajoute : « Ils ont été de vrais partenaires. C’était facile pour moi de comprendre leur façon de fonctionner, puisque je forme moi-même un partenariat avec mon épouse, et elle me conseille énormément. Deux esprits valent toujours mieux qu’un. Cette dynamique était extrêmement saine. Et puis, c’était facile de travailler avec des réalisateurs qui, en raison de leur lien de parenté, ont su immédiatement collaborer. Je me suis rarement senti mieux accueilli derrière le moniteur, et je ne crois pas que cela soit dû à l’attitude de Laurie ni à la mienne. Je pense qu'ils sont habitués à partager constamment leur avis. Ils échangent énormément entre eux, ce qui créait une atmosphère très ouverte sur le plateau. »

Deux sœurs, deux réalisateurs… et deux histoires à raconter. Emily Browning évoque en effet l’existence d’une histoire parallèle, sans toutefois dévoiler la clé du film. Elle confie : « C'était amusant et difficile à la fois. Nous avons dû rester très vigilants sur les moindres détails de l’histoire en jouant. Nous voulions être sûrs que rien ne filtre. Il fallait que le spectateur puisse avoir la surprise en regardant le film pour la première fois, et que tout reste cohérent à la deuxième vision. Les indices apparaissent tout du long. C’est vraiment astucieux. »
Elizabeth Banks ajoute : « Le film laisse place à deux interprétations. Si je découpe un rôti, certains pourront trouver menaçante ma façon de tenir le couteau ; d’autres n’y verront rien de particulier. Il fallait de légers décalages pour que les choses puissent être doublement interprétées. Anna possède son propre regard sur l’extérieur mais si elle voyait le monde à travers les yeux de quelqu’un d’autre, tout pourrait lui sembler différent. »
Charles Guard, l’un des deux réalisateurs, conclut : « Le récit est complexe. Le raconter efficacement aura été un véritable challenge. Nous avons cependant pu nous appuyer sur des acteurs intelligents et talentueux. Ils nous ont aidés à rentrer dans la peau des personnages et à pénétrer au plus profond de l’aventure. »

Une maison idéale

Les Intrus a été tournée.
Walter F. Parkes raconte : « Dans la mesure où 80 % des scènes se déroulaient dans la maison, trouver l’endroit idéal était impératif. Nous avons prospecté en Louisiane, une région aussi magnifique que mystérieuse. C’était un vrai défi ! Nous devions dénicher un endroit cadrant parfaitement avec l’histoire et qui offrait les possibilités d’aménagement nécessaires au tournage. Deux maisons auraient pu convenir à merveille, mais ça n’a pas pu se faire.
« Finalement, nous avons eu la chance de découvrir au Canada un endroit qui semblait avoir été conçu pour notre film. La maison se trouvait à environ 50 km de Vancouver. Devoir y emmener toute l’équipe par bateau n’était pas un problème ; les déplacements en ferry ou en taxis des mers sont continus là-bas. En fait, je ne me souviens pas avoir assisté à un tournage plus agréable. On prenait une tasse de café sur le bateau avant d’accoster sur le petit embarcadère construit à notre intention. Nous vivions à l’écart du monde et n’avions qu’une chose à laquelle penser : tourner ce film. C’était formidable. »
Toutefois, cet isolement empêchait parfois de mener à bien les modifications de dernière minute. Le chef décorateur Andrew Menzies se souvient : « L’organisation matérielle était une préoccupation de tous les instants. Les téléphones portables ne captaient pas grand-chose, ce qui s’avérait problématique, mais on devait se débrouiller. Sur un tournage, il y a toujours des problèmes à régler dans l’urgence et des choses qui manquent sur place. On a souvent dû faire avec les moyens du bord. D’une certaine manière, ces restrictions nous ont obligés à faire preuve de créativité. »
>Les réalisateurs, quant à eux, n’ont pas trop souffert de l’isolement. Charles Guard explique : « Quand nous avons commencé à filmer, mon frère et moi travaillions déjà sur le projet depuis plus d’un an. Nous avions donc eu tout le loisir de nous préparer. Même quand nous devions faire face à des modifications de dernière minute, nous avons su tirer parti de notre travail de préparation. Nous avions toujours une solution de rechange. »
Andrew Menzies explique qu’à leur première visite, la maison semblait enveloppée d’un halo de mystère : « Nous avons découvert les lieux à la fin de l’hiver. La lumière déclinante plongeait l’endroit dans une ambiance très particulière. Les nuages descendaient bas, et on n’apercevait même plus le continent. On se sentait comme oppressés par ce brouillard et la tempête qui approchait. »
Il ajoute : « Nous souhaitions créer un décor intérieur romantique, chaleureux imprégné d’histoire et de tradition, un peu à l’image de ses occupants. Nous espérions ainsi insister sur les liens solides qui soudaient cette famille, désormais perturbée par la présence d’une personne extérieure. »
Le mélange d’ambiances très contrastées convenait parfaitement aux histoires parallèles du film. On assiste d’un côté à la renaissance du père, un écrivain à succès brisé par une tragédie personnelle, et qui reprend goût à la vie grâce à l’amour d’une femme. Il vit dans une luxueuse demeure qui a beaucoup de caractère. Anna, au contraire, vit dans la détresse et la trahison. Elle revient dans cette maison hantée au cœur d’un paysage menaçant, lourd d’angoisse, de secrets et de dangers. Le ciel chargé qui surplombait Vancouver durant cet été pluvieux nous a d’ailleurs aidés à mettre en scène Anna.
« Toutefois un problème subsistait : la maison. Cette somptueuse propriété d’à peine six ou sept ans d’une valeur de plusieurs millions de dollars arborait un style un peu trop neuf et moderne pour le film. Nous voulions une maison qui donne l’impression d’exister depuis longtemps, qui puisse dégager une atmosphère inquiétante et une impression de danger imminent. »
Walter F. Parkes commente : « Les propriétaires possèdent un goût très sûr pour la décoration. Cependant, nous avons dû atténuer ce côté classieux. Notre chef-décorateur, Andy Menzies, et toute l’équipe décoration se sont surpassés. Ils ont créé une atmosphère complètement différente grâce à tout un ensemble de détails. Nous avons posé du linoleum dans la cuisine et enlevé le magnifique îlot central dont rêverait tout cuisinier pour obtenir quelque chose de plus rustique. L’intégralité du mobilier d’origine a été remplacée. Nous avons posé un tapis d’escalier volontairement élimé, comme s’il avait été foulé aux pieds par les enfants pendant 15 ans. Cette minutie était importante, en particulier sur ce genre de décor assez exigu où l’attention portée aux détails est accrue.

« De plus, à l’origine la maison offrait des espaces vastes et aérés, ce qui nuisait au sentiment d’enferment que nous souhaitions faire naître. Des murs et des portes ont donc été ajoutés, en prenant soin de ne pas utiliser de clous qui auraient pu dégrader l’habitation. »
Andrew Menzies souligne : « La maison était neuve et très chic, et nous étions limités dans les modifications à lui apporter. Tout devait être remis en l’état une fois le tournage terminé. Toutefois, nous avons fait le maximum pour lui donner un aspect plus ancien. Nous lui avons donné ce qu’on pourrait appeler « une couche superficielle de vieillissement ». »
La cage d’escalier, par contre, aura exigé bien plus qu’une transformation superficielle. Walter F. Parkes raconte : « Voilà le genre de détail qui nous a confortés dans notre choix de travailler avec les frères Guard. Durant la préproduction, Tom et Charlie ont fait remarquer que l’escalier était un élément emblématique des films d’horreur ; il possède quelque chose de spécial qui marque les esprits. Celui dont nous disposions était superbe, mais sa rampe était taillée dans un bois très épais et ses barreaux étaient assez fins : nous aurions obtenu un effet stroboscopique en filmant au travers. Alors, les décorateurs l’ont enlevée. Ils l’ont démontée, en veillant naturellement à ce qu’elle puisse être remontée ensuite. Nous avons fait fabriquer une autre rampe. Les réalisateurs avaient raison : l’escalier a pris une importance capitale dans le tournage. J’ai une grande admiration pour ces deux hommes, dont c’était le premier film. Ils savaient précisément ce qu’exigeait un tournage de ce genre et ils se sont battus pour chaque détail. »
Andrew Menzies note : « La maison avait accueilli d’autres tournages par le passé. Le propriétaire savait donc que des détériorations pouvaient survenir, mais il savait également que tout serait ensuite remis à neuf. A notre demande, l’entrepreneur était présent quand les barreaux de l’escalier ont été démontés. Il nous a ensuite aidés à reconstruire à l’identique. A son retour, le propriétaire a pu retrouver sa maison telle qu’il nous l’avait laissée. »
Il manquait toutefois à la maison un élément essentiel du décor : le hangar à bateaux. Trouver une maison qui en possédait un était impossible ; les producteurs décidèrent donc de le faire construire. Le design du hangar s’accordait parfaitement au style de la propriété et ajoutait encore à sa beauté ; n’importe quel propriétaire aurait été enchanté de le garder. Ce ne fut malheureusement pas envisageable puisqu’il était voué à la destruction dans une scène où Anna se remémore la terrible nuit de l’incendie. Le tournage de cette scène d’explosion a d’ailleurs comblé les attentes de toute l’équipe. Les flammes dansaient sur un lac d’un orange flamboyant. Walter F. Parkes s’en souvient comme d’un moment grandiose.

Que le public repère ou non des indices visuels dans les décors la première fois n’est pas vraiment important. Il faudrait visionner plusieurs fois le film pour en comprendre la structure et en déduire la fin. Walter F. Parkes explique : « C’est compliqué car d’une certaine manière, chaque scène contient deux scènes. Celle à laquelle assiste le public, qui possède sa propre réalité, dégage ses propres émotions et amène le spectateur vers la conclusion attendue. Et celle qui montre la réalité crue. Si nous avons fait du bon boulot, ces deux formes de réalités coexistent tout au long du film. »
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • Paris 14h : 39 entrées
  • 1er jour IDF : 227 entrées
  • 1ère semaine IDF : 1 457 entrées
  • Cumul IDF : 1 698 entrées

  • 1er jour France : 398 entrées
  • 1ère semaine France : 2 905 entrées
  • Cumul France : 2 905 entrées