Notes de Prod. : Les lip, l'imagination au pouvoir

    en DVD le 25 Octobre 2007

Les acteurs

Charles Piaget :

Lorsqu'il entre chez Lip en 1946, il pense, comme beaucoup, qu'il suffit d'être un ouvrier consciencieux pour mériter la reconnaissance de son travail et l'octroi d'un juste salaire. Il découvrira peu à peu l'arbitraire et l'injustice, mais il lui faudra prendre sur lui pour imaginer s'opposer au patron et se lever pour combattre. Piaget est un modeste. En rajoute-t-il ? Il prétend qu'il a toujours tout fait contre son gré, poussé par l'amicale pression de ses amis, tiré et traîné vers ce rôle de leader qu'il assumera avec tant d'efficacité lorsque éclatera la grande bagarre. Sa réflexion est nourrie de lectures constantes, de la presse et des penseurs politiques.
Lorsque la cause est juste, rien ne l'empêche d'essayer de convaincre, inlassablement. Il est travaillé par l'idée du témoignage. On n'est que ce qu'on fait, à condition de faire ce qu'on dit et de dire ce qui a été décidé collectivement. Lorsque Piaget part négocier quelque chose, la confiance est absolue. Lorsqu'il vient rendre compte, ce ne sont pas des réponses qu'il donne, mais des éléments de réflexion nouvelle qu'il propose. Il milite aujourd’hui à AC ! contre le chômage.

Roland Vittot :

Entré chez Lip en 1952, volontaire et combatif, il s’est rapidement présenté à Piaget pour lui signifier son désir de militer avec lui. Formé par des militants de la gauche chrétienne et de l’éducation populaire, révolté par l’injustice, il date sa véritable prise de conscience politique de la guerre d’Algérie, qui précède son adhésion au PSU en 1965. Comme Charles, il appartient à l’Action Catholique Ouvrière (ACO) et la référence chrétienne est pour lui très importante. Pendant des années, ils vont s’atteler à la construction d’un véritable syndicat, compétent et combatif, au sein de l’usine Lip. Il forme avec Charles un tandem qui se complète à merveille. Quand l’un flanche, l’autre est là pour prendre le relais. Roland est un tribun populiste, un fonceur dont l'obstination est légendaire. Malgré son tempérament de harceleur et sa combativité, il est hostile à toute forme de violence, et son intervention sera décisive à plusieurs moments du conflit, pour éviter qu’il ne dégénère. Il habite aujourd’hui le village où il est né, loin de tout, et anime un groupe de patois local.

Raymond Burgi :

Il a dix ans de moins que Vittot et Piaget, c’était le jeunot de l’équipe, arrivé chez Lip en 1965. Il a été sous-officier en Algérie et en a gardé un certain goût du commandement et des responsabilités. Il donne une incroyable impression de rigueur, à tous les sens du terme. Grand organisateur de la clandestinité, il sera le garant de la gestion des montres et de l’argent. Rigueur intellectuelle indéniablement, mais aussi rigueur psychologique, qui l’empêche de faire son deuil des affronts et des coups reçus. Il parle clair et franc, mais peut aussi se laisser gagner par la passion. Il a payé très cher son engagement dans la lutte : l’incompréhension de sa famille plutôt bourgeoise, un divorce, une hostilité que certains lui vouent encore aujourd’hui. Très intéressé par les problèmes d’organisation du travail, il acceptera, après la reprise, de seconder le nouveau patron de Lip, Claude Neuschwander, ce qui lui vaudra des accusations de traîtrise qui l’ont profondément marqué. Aujourd’hui, il aide des jeunes en très grande difficulté à s’insérer dans le monde du travail et s’occupe activement d’une association de handicapés.

Jean Raguenes :

Il n’est entré chez Lip qu’en mai 1971, comme OS. Prêtre dominicain issu d’une famille bourgeoise de Bretagne, il a d’abord été éducateur pour l’enfance inadaptée, puis novice dans un ordre contemplatif, le Carmel, avant d’entrer chez les Dominicains. C’est donc avec un bac plus 10 qu’il se fait embaucher chez Lip au plus bas de l’échelle. En arrivant à Besançon, il considère son travail chez Lip comme alimentaire, et s’intéresse peu à la vie de l’entreprise. Il veut reprendre une action militante en direction des délinquants et installe dans sa maison une sorte de communauté ouverte pour les accueillir. Ses sympathies politiques sont plutôt "mao". Lorsque éclate le conflit en 1973, il s’engage et devient l’un des animateurs du Comité d’Action dont la réflexion et les actions, parfois provocatrices, seront souvent décisives pour l'avancée de la lutte. On le retrouve aujourd’hui au Brésil, où il est parti combattre aux côtés des paysans sans terre et des Indiens spoliés par les grands propriétaires terriens, ainsi que contre le travail esclave qui y sévit.

Fatima Demougeot :

Arrivée en France en 1962 à l'âge de 13 ans et demi, elle a déjà vécu la guerre d'Algérie. Après une installation et une expérience professionnelle difficiles en France, elle arrive à Besançon en 1967. Elle rencontre y des militants ouvriers qui lui transmettront le « sens du collectif » faisant écho à l'humanisme de sa propre culture familiale. Elle entre comme OS chez Lip, au vernissage des cadrans. Rapidement elle prend des cours du soir, passe sur les chaînes de montage, puis au contrôle qualité. En mai 68, elle se syndique à la CFDT, participe à l'occupation de l'usine et aux négociations. Elle ne cessera plus de militer. En 1974 elle sera élue en 4ème position sur la liste CFDT. À travers sa lutte pour l’emploi qui reste une valeur fondamentale, elle rencontre la réalité de la condition faite aux femmes et particulièrement à LIP, dont elle découvrira la surexploitation.
En 1987 Fatima fait face à une reconversion difficile. Elle s’oriente dans la formation professionnelle couplée d’une formation universitaire.
Aujourd'hui, ses engagements sont associatifs ou individuels. Dans les quartiers, elle aide femmes, hommes, jeunes à faire ressortir l’image positive d'eux-mêmes, travaillant sur les problèmes de laïcité, de mixité et d'égalité.

Michel Jeanningros :

Entré chez Lip en janvier 60 comme cadre supérieur, il était un collaborateur direct de Fred Lip et peut témoigner du despotisme incroyable de Fred par rapport à son état-major rapproché. Il adhère clandestinement à la CFDT en 1968 et sera dès lors un soutien inconditionnel du mouvement. Lorsque Fred Lip apprendra que Jeanningros est syndiqué, il lui dira : “ T’es le moins con de ceux qui m’entourent ! ” Imprévisible Fred... Michel Jeanningros est entré à l’Action Catholique Ouvrière en 1973. Pendant le conflit, sa maison est ouverte à tous vents : s’y côtoient des journalistes, des étudiants, des militants du monde entier, venus essayer de comprendre ce qui se passe là de si important. Il est alors un membre actif du comité d’action, particulièrement chargé de la revue de presse quotidienne. Il sera l’instigateur de la jonction entre les LIP et les paysans du Larzac, alors en lutte pour sauvegarder leur outil de travail, leur terre que convoite l’armée.
Il est aujourd’hui « l’archiviste » de Lip. Il continue à recueillir et classer tout ce qui a trait au conflit. Grâce à lui, 9 mètres de rayonnages attendent les historiens aux archives départementales du Doubs.

Jeannine Pierre-Emile :

Fille de maçon immigré italien, née à Besançon, elle a vécu son enfance dans un petit village à 10 km de la ville. Traitée de “Macaroni”, elle a vécu la vie des petits "Ritals" dans les années 40. Elle se vengera en lisant beaucoup et en étant la meilleure en français.
Après son divorce, elle se fait embaucher chez le fabricant de montres Yema, et là, en 68, elle voit arriver Charles Piaget, venu inciter les ouvrières à débrayer. Son admiration pour Charles date de ce jour, où en quelques mots, il a provoqué la grève de l'usine, pourtant hostile. Elle entre chez Lip en 1971 et rejoint la section syndicale CFDT. Lorsque éclate le conflit en 73, elle est déléguée du personnel et membre du CE. Elle élève seule deux enfants, tout en s'investissant corps et âme
dans la lutte des Lip, particulièrement dans les relations avec la presse. Elle a servi de modèle au personnage d'Irène dans le roman que Maurice Clavel a consacré à la lutte des Lip : "Les paroissiens de Palente".

Noëlle Dartevelle :

D'origine paysanne, formée par la Jeunesse Agricole Chrétienne, Noëlle Dartevelle fut, avec Claude Mercet, aujourd'hui décédé, la principale déléguée CGT de Lip. Avant le conflit de 73, elle s'était fait remarquer dans la dénonciation du droit de cuissage qui sévissait dans certains ateliers du temps de Fred Lip. Au moment du dépôt de bilan, elle a été de ceux qui ont adhéré immédiatement à l'idée de fabriquer et de vendre les montres au profit du mouvement. Parfois tiraillée entre son désir de faire
cause commune avec la CFDT et les consignes de sa Confédération, plutôt réticente face aux initiatives des LIP et à la place du Comité d'Action dans la lutte, elle maintiendra l'unité syndicale jusqu'au vote sur le plan Giraud, que la CGT propose d'accepter, malgré les quelques 180 licenciements qu'il implique. Après la grande marche sur Besançon, les tensions s'amplifient entre la CFDT et la CGT. Claude Mercet déclare: "Les choses se désagrègent, il faut les reprendre en main, terminer la lutte." A partir du refus du plan Giraud par les Lip, la CGT va peu à peu se retirer du conflit.

Claude Neuschwander :

Il est né en 1933. Étudiant, il a été vice-président de l'UNEF. Diplômé en 1959 de l'Ecole Centrale des Arts et Manufactures, il entre chez Publicis en 1962 et devient, 10 ans plus tard, le numéro deux du groupe. Il est administrateur de la fédération des cadres CFDT de 1962 à 1970. Membre influent du PSU de 1967 à 1973, proche de Michel Rocard, il suivra ce dernier au Parti Socialiste. Il prend la direction de Lip en 1974, soutenu par les « modernistes » du CNPF, en particulier José Bidegain et Antoine Riboud. Jeune patron souriant et affable, à la Kennedy, il sait s’appuyer sur le potentiel que représentent pour l’entreprise les leaders du mouvement, pour lesquels il ne cache pas son admiration, même s’ils ne lui ont fait aucun cadeau. Il dit volontiers : « En tant que patron, je ne peux pas laisser dire que les syndicats de Lip avaient des exigences anormales. Il est sûr qu’ils négociaient durement, et ils ne m’ont pas épargné, mais ils ont toujours eu un sens de la responsabilité par rapport à la survie de l’entreprise auquel je rends hommage, car si les actionnaires avaient eu le même, l’entreprise vivrait encore. » Détesté par le patronat bisontin qui ne supporte pas ce jeune Parisien venu remonter une entreprise dont ils souhaitent la mort, il va tenter de faire front, avant de capituler en 1976.

Jean Charbonnel :

Né en 1927, Jean Charbonnel est un des derniers gaullistes de gauche « historiques ». Normalien et énarque, il est agrégé d’Histoire. Ministre duGénéral de Gaulle, il sera, au parlement, au gouvernement, à la tête de l’UDR, un des « jeunes loups », dans la mouvance progressiste incarnée par René Capitant et Louis Vallon. Au moment où éclate le conflit LIP, il est Ministre du développement industriel et scientifique du gouvernement Messmer. Contre les libéraux du gouvernement, il défend l’idée que le pouvoir politique doit intervenir dans l’économie. et développe une grande politique industrielle. A ce titre, il a lancé le programme Ariane et prépare le plan électronucléaire français. Il envoie chez LIP Henri Giraud, pour négocier une solution industrielle et proposer un plan, qui sera refusé par les LIP en octobre 1973, car il entérine le démantèlement de l’entreprise et prévoit des licenciements. Accusé de vouloir sauver LIP à tout prix, Jean Charbonnel sera débarqué du gouvernement lors d’un remaniement ministériel en février 1974.

Avoir confiance en sa force, vaincre sa peur

"Fred Lip, après 68, a cherché à nous contrer. Il a dit : "Il y a beaucoup de jeunes dans notre usine, et au comité d'entreprise, il n'y a que des vieux. Vous êtes tous des vieux. Même si vous avez 40 ans, vous êtes des vieux. Et moi je trouve qu'il devrait y avoir des jeunes dans le comité d'entreprise. J'ai fait un concours qui a été gagné par plusieurs jeunes, on les a emmenés à New York, vous voyez, moi j'ai de l'ouverture et vous, vous êtes engoncés dans votre truc, là." Alors le Roland, il se dit: "Ah ben, ça y est, toi, t'es en train de nous musiquer." Moi j'ai dit: "Oui, il est en train de nous musiquer, mais prenons-le au mot." Et j'ai réussi à convaincre la section de dire oui. On augmente le comité

Les sages fous et les fous sages

"Je ne connais pas d’autre exemple, au niveau des luttes ouvrières ou même des luttes tout court, où l’on ait
fait preuve d’autant d’imagination. On a toujours su trouver le truc, non seulement qui fait rire, mais qui permet aussi de « défataliser » l’évènement, s’il est un peu trop lourd. Lip, par exemple n’a jamais sombré dans la violence. Et ce n’est pas à cause de moi, tu pourras en parler à Charles Piaget, j’avais quelques tentations de ce côté-là. Mais Charles et Roland étaient pleins d’une sagesse paysanne quasi-ancestrale, et en même temps d’une sagesse syndicale acquise au fil des années. Ils étaient représentatifs de la grande majorité des Lip parce que la grande majorité des Lip se reconnaissait en eux. Mais ils n’étaient pas bêtement syndicaux. J’ai connu des gens qui sont bêtement syndicaux ou bêtement politiques, ça peut arriver à tout le monde, il faut se méfier. Eux, ils avaient en plus un brin de folie dans la tête. Ils étaient ouverts à quelque chose d’autre.

LIP, une chronologie

PREMIER ACTE, EXPOSITION :

Dans les années 50, les militants CFTC de Lip, regroupés autour de Charles Piaget et Roland Vittot, cherchent à créer une force syndicale capable de tenir tête au patron. Ils s'attaquent au secret des rémunérations et publient les fiches de paie. Tollé général. Lors d’une grève un peu dure, les ouvriers bloquent le stock de montres et l’utilisent comme monnaie d’échange dans la négociation.
 

Box-office au 04 Février 2010

  • 1ère semaine IDF : 2 250 entrées
  • Cumul IDF : 11 123 entrées

  • 1ère semaine France : 8 083 entrées
  • Cumul France : 25 641 entrées