Notes de Prod. : Les lip, l'imagination au pouvoir

    en DVD le 25 Octobre 2007

LIP, une chronologie

PREMIER ACTE, EXPOSITION :

Dans les années 50, les militants CFTC de Lip, regroupés autour de Charles Piaget et Roland Vittot, cherchent à créer une force syndicale capable de tenir tête au patron. Ils s'attaquent au secret des rémunérations et publient les fiches de paie. Tollé général. Lors d’une grève un peu dure, les ouvriers bloquent le stock de montres et l’utilisent comme monnaie d’échange dans la négociation.
Dans les années 60, la situation financière de l'entreprise se dégrade. Fred Lip cherche à ouvrir son capital et se tourne vers une société suisse, Ebauches SA à qui, en janvier 1967, il cède 33% de ses parts.En mai 68, la grève chez Lip est particulièrement active. La situation de l'entreprise se détériore toujours. Ebauches SA devient actionnaire principal avec 43% du capital en avril 1970.
Le 5 juin 1970, les ouvriers de l'atelier mécanique débrayent 1/4h par heure après diminution de leurs salaires. Lors de l’AG du 16 juin, les ouvriers décident l'occupation de l'usine et le blocage des expéditions. Après 8 jours de grève, la direction cède et revalorise les salaires. Le 5 février 1971, à 65 ans, Fred Lip est débarqué par le conseil d’administration. Il laisse sa place à Jacques Saint-Esprit, ancien secrétaire général renvoyé par Fred Lip. La situation de l’entreprise est très inquiétante. Le 17 avril 1973, Jacques Saint-Esprit démissionne, Lip dépose le bilan.

DEUXIEME ACTE : LE GRAND CONFLIT DE 1973 :

Le 20 avril 1973, création du Comité d’Action, animé par Jean Raguenès et Marc Géhin.
Le 26 avril 1973, les administrateurs déclarent: "Tout peut arriver." Les Lip organisent la baisse des cadences. Le 18 mai, ils manifestent devant le siège d'Ebauches SA à Neufchâtel.
Le 24 mai, manifestation à Besançon.
Le 28 mai, 534 Lip montent à Paris, en délégation à Matignon et au ministère de l'équipement.
Le 10 juin, l'usine est totalement occupée "pour la sauvegarde de l'outil de travail".
Le 12 juin, lors d’une réunion du comité d'entreprise, le syndic et les administrateurs provisoires sont séquestrés. On découvre une sacoche contenant les plans de licenciement. Dans la nuit, le stock de montres, environ 500 MF, est mis à l’abri dans des caches disséminées dans la région.
Le 15 juin, une manifestation de 12.000 personnes sillonne Besançon. Les magasins sont fermés, le glas sonne. L'évêque, Mgr Lallier, prend la parole devant les manifestants. Les CRS répriment sévèrement.
Le 18 juin, une assemblée générale historique décide la remise en route de la chaîne horlogère pour assurer "un salaire de survie". Pendant l'été, la lutte des Lip est popularisée avec le slogan : "C'est possible : on fabrique, on vend, on se paie". Les visiteurs affluent à Palente.
Le 22 juin, l'assemblée générale met sur pied 6 commissions de travail : production, vente des montres, gestion du stock, accueil, popularisation, entretien et sécurité. Très rapidement, 3 autres commissions voient le jour, restaurant, animation, courrier.
Le 2 Août, Jean Charbonnel, Ministre du Développement industriel présente un plan de sauvetage de Lip, qui n'est autre que celui d'Ebauches SA. Il nomme Henri Giraud comme médiateur.
Le 3 août, les grévistes refusent le plan Charbonnel et distribuent la première "paie sauvage".
Le 11 août, début des négociations entre les représentants des syndicats, du Comité d'action et Henri Giraud.
Le 15 août, à 5h30 du matin, les gardes mobiles investissent l'usine et chassent les travailleurs. A l'annonce de la nouvelle, de nombreuses entreprises se mettent en grève et les ouvriers viennent en découdre avec les forces de l’ordre. Installation de la nouvelle "usine" Lip dans un gymnase prêté par la mairie, à condition qu'on n'y reprenne pas la production.
Le 31 août, distribution sans témoins de la 2ème paie sauvage. Le 29 septembre, grande marche nationale sur Besançon. 100.000 personnes manifestent sous une pluie battante. Les tensions s'amplifient entre la CFDT et la CGT.
Le 12 octobre, les Lip doivent se prononcer sur les conclusions des négociations avec Henri Giraud, Un vote à bulletin secret donne une large majorité à la poursuite de la lutte. Le 15 octobre, Pierre Messmer, Premier Ministre, prononce son fameux:
"Lip, c'est fini !"
Début janvier 1974, Jean Charbonnel charge Claude Neuschwander d'une mission sur la possibilité d'une relance de Lip.
Les 26, 27 et 28 janvier, à Dôle : négociations entre José Bidegain, mandataire d’un trio de repreneurs, et les Lip. "L'entreprise procédera aux embauches du personnel à la mesure des besoins créés par son développement." 850 Lib doivent être réembauchés.
Le 29 janvier 1974, la délégation de Lip signe les accords de Dôle. Dans la nuit du 29 au 30 janvier, les Lip restituent leur trésor de guerre : 10 tonnes de matériel et un chèque de 2MF, reliquat de la vente des montres.
Le 11 mars, après 329 jours de lutte, face à de nombreux Lip et sympathisants, Roland Vittot déclare : "Camarades, Lip vit ! Nous lutterons tous ensemble jusqu'à ce que le dernier d'entre nous ait franchi cette grille !" Raymond Burgy rentre le premier dans l'usine. Les 135 premiers réembauchés reprennent le travail.

TROISIEME ACTE : APRES LA VICTOIRE


Le 15 décembre 1974, les derniers Lip reçoivent leur lettre de réembauche.
Le 31 mars 1975, ils reprendront tous effectivement le travail. Les commandes affluent et l'année 75 s'annonce prometteuse. Mais l'équipe de direction doit faire face à des difficultés imprévues.
En avril 1974, des fournisseurs décident de ne pas honorer les commandes passées. Contrairement à ce que stipulent les accords de Dôle, le tribunal de commerce de Besançon demande à Claude Neuschwander d'honorer ses 6MF de dettes. Il doit les payer du jour au lendemain.
Mai 1974, Valéry Giscard d'Estaing, est élu Président de la République et nomme Jacques Chirac Premier Ministre. Renault, entreprise nationalisée, retire ses commandes. Les industriels horlogers du Doubs, soutenus par Edgar Faure, s'opposent à une aide de l'Etat. Les banques refusent d'apporter les 4MF réclamés. Claude Neuschwander se tourne vers son conseil d'administration et se heurte à un refus. C'est la fin de Lip. Claude Neuschwander démissionne le 8 février 1976. Jean Charbonnel est débarqué à l’occasion d’un remaniement ministériel.

QUATRIEME ACTE : LE DENOUEMENT, LES COOPERATIVES.

Le 5 mai 1976, les Lip entament une nouvelle occupation de l'usine et reprennent à leur compte la fabrication des montres. Finalement, le 28 novembre 1977, à l’issue de longs débats, et face à l’absence de repreneurs, les Lip créent "Les Industries de Palente" (LIP), six coopératives : mécanique, horlogerie, restauration, bois et tissus, imprimerie, loisirs....

Les acteurs

Charles Piaget :

Lorsqu'il entre chez Lip en 1946, il pense, comme beaucoup, qu'il suffit d'être un ouvrier consciencieux pour mériter la reconnaissance de son travail et l'octroi d'un juste salaire. Il découvrira peu à peu l'arbitraire et l'injustice, mais il lui faudra prendre sur lui pour imaginer s'opposer au patron et se lever pour combattre. Piaget est un modeste. En rajoute-t-il ? Il prétend qu'il a toujours tout fait contre son gré, poussé par l'amicale pression de ses amis, tiré et traîné vers ce rôle de leader qu'il assumera avec tant d'efficacité lorsque éclatera la grande bagarre. Sa réflexion est nourrie de lectures constantes, de la presse et des penseurs politiques.

Avoir confiance en sa force, vaincre sa peur

"Fred Lip, après 68, a cherché à nous contrer. Il a dit : "Il y a beaucoup de jeunes dans notre usine, et au comité d'entreprise, il n'y a que des vieux. Vous êtes tous des vieux. Même si vous avez 40 ans, vous êtes des vieux. Et moi je trouve qu'il devrait y avoir des jeunes dans le comité d'entreprise. J'ai fait un concours qui a été gagné par plusieurs jeunes, on les a emmenés à New York, vous voyez, moi j'ai de l'ouverture et vous, vous êtes engoncés dans votre truc, là." Alors le Roland, il se dit: "Ah ben, ça y est, toi, t'es en train de nous musiquer." Moi j'ai dit: "Oui, il est en train de nous musiquer, mais prenons-le au mot." Et j'ai réussi à convaincre la section de dire oui. On augmente le comité

Les sages fous et les fous sages

"Je ne connais pas d’autre exemple, au niveau des luttes ouvrières ou même des luttes tout court, où l’on ait
fait preuve d’autant d’imagination. On a toujours su trouver le truc, non seulement qui fait rire, mais qui permet aussi de « défataliser » l’évènement, s’il est un peu trop lourd. Lip, par exemple n’a jamais sombré dans la violence. Et ce n’est pas à cause de moi, tu pourras en parler à Charles Piaget, j’avais quelques tentations de ce côté-là. Mais Charles et Roland étaient pleins d’une sagesse paysanne quasi-ancestrale, et en même temps d’une sagesse syndicale acquise au fil des années. Ils étaient représentatifs de la grande majorité des Lip parce que la grande majorité des Lip se reconnaissait en eux. Mais ils n’étaient pas bêtement syndicaux. J’ai connu des gens qui sont bêtement syndicaux ou bêtement politiques, ça peut arriver à tout le monde, il faut se méfier. Eux, ils avaient en plus un brin de folie dans la tête. Ils étaient ouverts à quelque chose d’autre.
 

Box-office au 04 Février 2010

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