Comment se déroule un tournage où l’on partage l’affiche avec Bugs Bunny et Daffy Duck ? Que se passe t’il lorsque l’on donne la réplique à des personnages invisibles ? C’est pour répondre à toutes ces questions que nous sommes allés à Amsterdam rencontrer
Jenna Elfman et
Brendan Fraser, à l’affiche du film de
Joe Dante Les Looney Tunes Passent à L'Action.
Les Looney Tunes, figure emblématique des cartoons de notre enfance, sont également dans les souvenirs de jeunesse de Brendan Fraser… ainsi que la Hollande où cette rencontre avec la presse européenne était également l’occasion pour lui de redécouvrir un pays où il vécu quelques années… et d’y fêter ses 35 ans.
Brendan Fraser :
"J’ai vécu ici étant petit et je n’étais jamais revenu dans ce pays où j’ai beaucoup de souvenirs… dont les Tunes ! Lorsque j’étais enfant, nous voyagions beaucoup : nous avons vécu aux Etats-Unis, au Canada, en Suisse et aux Pays-Bas. Mais quelque soit l’endroit, je me souviens que le samedi matin, j’allumais la télé et je regardais les Looney Tunes. Je trouvais ça très drôle. On a tous vu ces cartoons étant petit. (…) Mon favori c’est Bugs bien-sur, mais ne le dites surtout pas à Daffy ! (rires)
Je pense que les Looney Tunes ont eu un effet sur moi que je ne réalisais probablement pas à l’époque : ils nous apprennent en effet beaucoup sur la comédie, le jeu d’acteur. Leurs créateurs, Tex Avery et son équipe, étaient vraiment très doués, ce sont des génies pour moi. On voit encore aujourd’hui à l’écran la qualité de ce qu’ils faisaient : Un humour raffiné, des références à la politique de l’époque, à la culture populaire, etc."
Jenna Elfman a elle aussi des souvenirs d’enfance autour des Tunes, mais avoue avoir eu une éducation peu axée sur le cinéma.
Jenna Elfman :
"Il n’y avait pas une grande place pour le cinéma dans mon éducation. Je devais devenir ballerine et étais beaucoup plus fixée sur la danse. Le cinéma est arrivé bien plus tard dans ma vie.
Mon mari a eu une éducation beaucoup plus cinématographique que moi. En fait, je pense que la culture de chacun dépend avant tout de ce que vous êtes censé devenir."
Quoiqu’il en soit, les Tunes restent célèbres depuis des années et risquent de l’être encore pour quelques décennies… une explication à cela ?
B.F. : "A mon avis, si les Tunes restent si populaires depuis tant d’années, c’est parce qu’il y a une constance dans tous ces personnages. Prenez par exemple Bugs et Daffy. Bugs a toujours été et continue d’être le numéro un, la star. Alors que Daffy, c’est celui qui se fait rembarrer, son job, c’est de faire le nul. Et ils se soutiennent mutuellement, ils marchent toujours ensemble et ont besoin l’un de l’autre pour fonctionner."
C’est ce binôme infernal qui tient la tête d’affiche du film de Joe Dante aux côtés de nos deux acteurs. Récit d’un tournage plus que particulier…
J.E. : "C’était à la fois étrange et drôle de tourner avec des personnages invisibles. Ce fut un véritable challenge pour moi. C’est vraiment très bizarre de donner la réplique à quelqu’un qui est censé être en face de vous et qui n’est en fait qu’un espace vide. D’habitude, lorsqu’on joue la comédie, on répond à un autre acteur, c’est un dialogue, un échange."
"J’ai beaucoup appris de la comédie grâce à ce film. On réalise combien le jeu d’acteur dépend de celui que l’on a en face de soit… et quand on n’a rien ni personne, c’est extrêmement difficile. Je ne pouvais pas savoir quelle tête ferait Bugs à tel ou tel moment. Quand vous avez une personne qui fait une grimace ou un geste, vous y répondait forcément d’une manière ou d’une autre. Là, n’ayant rien, je devais m’imaginer toutes leurs réactions.
De plus, lorsque les Tunes étaient rajoutés au montage, cela pouvait entièrement changer le gag."
"Nous avons répété chaque scène avec des marionnettes. Les marionnettistes faisaient les voix des Tunes. C’était drôle car il y avait un anglais avec son accent british… et un autre qui imitait parfaitement Daffy Duck. Celui-ci m’a beaucoup aidé pour m’imaginer ensuite les Tunes pendant les prises."
Vous aurez d’ailleurs le plaisir de découvrir toute la réalisation de ce film hors du commun dans les suppléments prévus pour l’édition dvd, comme nous le confirme Brendan :
B.F. : "Le making-of qui sera en bonus sur le dvd vous montrera les différentes phases d’intégration des Tunes dans l’image, vous y verrez sûrement toutes les étapes de la création du film."
Le résultat final des LOONEY TUNES PASSENT A L’ACTION semble avoir enchanté les comédiens :
J.E. : "Brendan et moi étions dans une petite salle de projection où nous devions découvrir pour la première fois le film fini. Nous étions très excités à l’idée de voir enfin le résultat de l’association images animés / prises de vue réelles. Nous avons autant que possible essayé de voir le film de manière neutre, sans être trop influencés…
J’ai tellement ri en le voyant, c’était incroyable. Je n’avais jamais autant ri au cinéma, de manière aussi franche et forte. D’habitude, en regardant des comédies, je trouve les gags sympas, je souris, mais de là à rire à ce point… Je crois que c’est une première pour moi !"
Jenna revient à ce titre sur l’excellent choix que fut Joe Dante comme réalisateur des LOONEY TUNES :
J.E. : "Je pense que
Joe Dante était le meilleur réalisateur qui soit pour ce long-métrage, techniquement et en terme de références cinématographiques. C’est un film très dur à faire en tant que réalisateur. Parfois, en le regardant sur le tournage, je n’en revenais pas de tout ce qu’il fallait savoir pour réaliser un tel film. Et tout cela paraissait si naturel chez lui…
Du coup, je lui posais des tas de questions : qu’est ce c’est que ça ? Comment fait-on ? etc."
Malheureusement, malgré une réussite technique, artistique et comique, le film n’a pas eu les résultats escomptés outre-atlantique…
J.E. : "D'après moi, le succès relatif du film aux Etats-Unis vient d’un problème culturel. La fameuse scène du Louvre passe sûrement mieux en Europe. De même, toutes les références cinématographiques doivent être mieux perçues ici qu’aux Etats-Unis où la culture cinéma est moins répandue.
Par contre, je ne pense pas que ce soit un film trop compliqué pour les Américains. S’il n’a pas marché comme nous l’espérions, c’est plutôt parce que les jeunes américains ont un choix d’images trop important : Entre Internet, les chaînes câblées et le cinéma, ils ont des centaines de choses différentes à voir. Il est donc plus difficile de les attirer sur quelques personnages précisément. Avant, il n’y avait pas autant de choix. (…)
"En Europe, le film est accueilli de manière totalement différente. En Espagne par exemple, les réactions n’étaient pas du tout les mêmes qu’aux Etats-Unis… C’est peut être parce que les enfants américains sont moins attirés par les Tunes que les petits européens… Je ne sais pas, c’est juste une idée, il n’y a pas de statistiques sur le sujet.
Le fait que les Américains, notamment les adultes, n’aient pas toutes les clefs pour apprécier au mieux LES LOONEY TUNES PASSENT A L’ACTION, peut être une autre hypothèse. Il faut dire que quand je vois le cinéma américain en général, les films d’action notamment, j’ai vraiment peur ! Alors que l’on peut voir de très beaux films français comme LA FILLE SUR LE PONT, qui est d’ailleurs pour moi la plus belle histoire d’amour que j’ai vu au cinéma."
B.F. :
"La scène au musée du Louvre est ma favorite, même si ce n’est peut être pas celle qui a fait le plus rire les jeunes américains. (…)"
Il est vrai que le cinéma américain en général toute comme la manne financière que sont les studios hollywoodiens n’y aident pas. A ce sujet, chacun des deux acteurs a abordé sa carrière, nous expliquant leur choix et leur manière de résister à la "pression hollywoodienne".
J.E. : "Je suis très fière de mon travail sur cette série
[Dharma & Greg, sitcom dans laquelle Jenna a joué pendant cinq ans et qui l’a révélé internationalement] et j’aime beaucoup le personnage de Dharma. Néanmoins, j’ai su m’en détacher et faire autre chose. (…)
Je joue avant tout pour mon public, pour lui apporter de la joie, des rires et des émotions, pas pour Hollywood… Et, bien entendu, je joue aussi pour moi. Hollywood voudrait que l’on soit comme bon leur semble. Mais il est impossible de changer de personne chaque semaine pour plaire à ceux qui font des films. Il faut avoir son propre point de vue sur tout ça. C’est ridicule de toujours vouloir être quelqu’un d’autre, il faut savoir rester soit même. Cela peut paraître cliché comme avis mais je pense qu’il est important de garder cet état d’esprit."
"Il est difficile de survivre à Hollywood, dans ce business. Il faut savoir choisir les bons films et les bonnes personnes avec qui travailler. Il y a de très grands réalisateurs et de très grands acteurs aux Etats-Unis, le problème vient surtout de la pression qu’ils ont de la part des studios pour faire de l’argent à tout prix."
Pour conclure sur sa carrière, Jenna revient sur Au Nom D'Anna, le film dont elle est probablement la plus fière :
J.E. : "
Au Nom D'Anna est une très belle comédie romantique. C’est tout à fait le genre de film que j’aime aller voir au cinéma, un juste mélange entre drame et comédie, servi par de bons acteurs bien dirigés."
Brendan Fraser est lui aussi revenu sur sa carrière, sur Hollywood…
B.F. : "J’essaie de faire un film très commercial qui rapporte beaucoup d’argent pour pouvoir ensuite travailler sur des œuvres plus intimistes, plus risquées, ou sur des productions indépendantes. C’est important de choisir ses films, et de pouvoir faire des choses très différentes… C’est un peu comme parfois, lorsque vous voulez manger un hamburger, alors que le lendemain vous préférez de la nourriture française."
Propos recueillis par Amélie Chauvet, Amsterdam, Décembre 2003.