On en a le souffle coupé ! En deux films seulement,
Terrence Malick a imposé sa vision flamboyante du monde, puisant dans les mythes fondateurs de l'Amérique.Impossible, en effet, de ne pas songer aux idéaux pastoraux chers à Thomas Jefferson, ou encore aux romans de Mark Twain, en contemplant les images stupéfiantes du cinéaste.
Expérience sensorielle époustouflante inspirée par City Girl de Murnau,
Les Moissons du ciel placent la Nature au centre du récit – et de toute l'œuvre de Malick : les champs brûlés par le soleil qui se confondent avec un ciel immense, la présence frémissante de l'eau qu'une brise vient rider, le rythme implacable des saisons et les nombreux plans d'animaux composent une admirable fresque panthéiste. Proches du Kubrick de Barry Lyndon, Malick et son chef-opérateur
Nestor Almendros (fidèle collaborateur de Rohmer et de Truffaut) ont eu exclusivement recours à des éclairages naturelspour les scènes en extérieurs et ont surtout tourné pendant "l'heure magique" – ce moment précédant le crépuscule où les objets se nimbent d'un halo doré. D'où une atmosphère d'étrangeté et l'impression enivrante de plonger dans un tableau vivant.
Tragédie aux accents bibliques,
Les Moissons du ciel se mue peu à peu en une quête désespérée du Paradis perdu et de l'innocence déchue. Car si le stratagème de Bill et d'Abby est immoral, Malick ne condamne pas ses personnages :ce sont seulement des êtres humains qui ont été chassés du jardin d'Eden. Bientôt, le "paradis" qui s'est créé autour du triangle amoureux est ravagé par les sauterelles– référence au chapitre 9 de l'Apocalypse –, le feu et la jalousie dévorante. Porté par la partition onirique d'
Ennio Morricone et le Carnaval des Animaux de Saint-Saëns, le film nous transporte dans un monde où la rédemption n'a plus sa place. Mais quelle aventure fascinante !