Observateur implacable de ses contemporains, pourfendeur génial de son époque,
Dino Risi laisse libre cours à sa verve satirique dans
Les Monstres. En une vingtaine de
"tableaux", le cinéaste croque une humanité dont la bêtise n'a d'égale que la cruauté. Il faut dire que le réalisateur s'est entouré de scénaristes à la plume trempée dans l'acide, comme
Ettore Scola,
Furio Scarpelli, Age Incrocci etc. D'où des dialogues étincelants qui brocardent surtout les hommes, tous plus machistes, égocentriques, lâches et corrompus que les autres.
Avec un sens du rythme qui décoiffe, Risi enchaîne les sketchs et brosse le portrait au vitriol d'une Italie sûre d'elle et pourtant pathétique. Industriels, militaires, hommes politiques, prêtres, policiers, intellectuels - toutes les strates de la société sont brocardées et renvoyées à leurs bassesses. Nul ne trouve grâce aux yeux du cinéaste : un miséreux n'hésite pas à abandonner sa femme et ses enfants affamés pour assister à un match de football et un père indigne tente de livrer sa fille adolescente à un vieux dégoûtant dans l'espoir d'un contrat juteux…
Dans la plupart des rôles, le tandem Ugo Tognazzi-Vittorio Gassman fait merveille. Leur jubilation à camper, voire à caricaturer, les affreux, sales et méchants du film est tout simplement communicative. Véritables caméléons et dignes héritiers de la commedia dell'arte, les deux acteurs portent l'art de la comédie grinçante à des sommets rarement atteints. Pas étonnant que
Vittorio Gassman ait déclaré en 1999 :
"Dino Risi est le metteur en scène avec lequel je me suis le plus amusé. Il comptait sur l’improvisation. On inventait continuellement. Il avait un talent pour l’observation du détail, une curiosité pour tout ce qui se passe. On s’est amusés comme des fous."