Notes de Prod. : Les Mots Bleus

    en DVD le 23 Février 2006

Extraits d'Entretien avec le réalisateur, Alain Corneau

Comment avez-vous découvert le livre « leur histoire » de Dominique Mainard, dont le film est l'adaptation ?
Sylvie Testud me l'a offert, peu avant Noël 2002, en me disant : « J'ai adoré, mais je suis incapable de dire s'il y a un film là-dedans ». Je le lis aussitôt et il me plait beaucoup. D'abord le livre aborde un très beau sujet, le manque de communicabilité. C'est l'histoire de quelqu'un qui se découvre et qui découvre son besoin des autres grâce à une histoire d'amour. Ensuite, j'ai eu le sentiment qu'il y a dans ce texte matière à faire un film. On y trouve des relations narrativement conflictuelles, des enjeux dramatiques, ainsi que tout un halo poétique crée par l'écriture, qui sera la cerise sur le gâteau de l'adaptation. En effet, quand on adapte un livre, on doit adapter deux choses distinctes : l'histoire que le livre raconte et le style dans lequel cette histoire est racontée. Et c'est cela le plus excitant.

Comment avez-vous abordé l'écriture, l'adaptation ?
Je commence toujours par une première étape, qui consiste à une mise à plat du texte, dans laquelle je conserve la voix off du livre. Le scénario se construit petit à petit, au fil des versions. Dans ce cas, j'en ai écrit une dizaine. E,t plus j'avance, mieux je parviens à cerner ce que la voix off exprime d'important, je vois comment cela peut intégrer ou non à l'intérieur d'une scène, ou d'un dialogue. Généralement, sauf dans un livre de genre, la voix off ne parvient jamais à disparaître totalement. Dans ce cas précis, j'en ai conservé très peu.

C'est compliqué d'écrire en sachant déjà quelle actrice va tenir le rôle principal ?
Non, en l'occurrence, j'ai toujours senti que Les Motes Bleus serait un film d'acteurs. Car la poésie qu'on ressent en lisant le roman va, dans le film, s'exprimer à travers eux. La mise en scène de ce film était vraiment fondée autour d'eux. Je connaissais Sylvie pour avoir fait Stupeurs Et Tremblements avec elle, mais ce film là est beaucoup plus chaud, sensuel, sentimental, épidermique, que le précédent, qui fonctionnait plus comme une mécanique, plus ésotérique. Donc, j'écrivais des sentiments que Sylvie n'avait pas interprétés avec moi précédemment.

Cette poésie présente dans le film était-elle difficile à transposer au cinéma ?
C'est une poésie qui n'est pas toujours réaliste. Car le livre ne répond pas aux questions qu'il pose. Dominique Mainard nous laisse dans le flou et elle a souvent recours à des procédés magiques, ce que j'appelle des brouillards. La résolution cinématographique consistait à garder une partie de ces brouillards, tout ce qui concerne les oiseaux par exemple. Pour rendre compte de la magie de l'enfance, en revanche, on a un atout que le livre n'a pas : le regard de l'enfant, qui est en lui-même un mystère assez magique. On a détourné peu à peu cet aspect magico-fantasmagorique vers quelque chose de beaucoup plus intériorisé dans les personnages. On ne donne pas plus de réponses nettes et définitives que dans le livre, les deux personnages sont plus équilibrés dans le film. On a passé dans le rapport entre eux une part du mystère évanescent du livre.
Et puis on a le personnage de la petite fille. C'était très excitant de la mettre entre deux comédiens. Elle est portée par le évènements, elle est la seule vraie adulte de cette histoire et sa maturité ne passe pas que par le regard, ce qui rajoute à la magie du cinéma. Le regard, le sourire, les larmes… Quand on écrit cela, on a envie de filmer… Et dés l'écriture, on a réfléchit à la façon de le filmer.