Notes de Prod. : Les Noces rebelles

    en DVD le 21 Juillet 2009

Construire les personnages à travers les détails

«Cela se passait en 1955, dans une partie de l’ouest du Connecticut
où trois villages s’étaient développés et avaient été par la suite reliés
entre eux par une large et bruyante autoroute.»

Richard Yates

À travers le style visuel du film, Sam Mendes voulait à la fois évoquer le portrait détaillé fait par Richard Yates d’une Amérique conformiste en 1955, tout en pointant la caméra sur les conflits conjugaux des personnages, qui dépassent toute temporalité. L’idée était de représenter un univers vivant de maisons impeccables mais étouffantes, d’immeubles de bureaux majestueux mais sans âme, et de soirées arrosées mais peu agréables avec les voisins – ce monde étant finalement très peu éloigné du nôtre.

Sam Mendes explique : «Je ne voulais pas que les gens s’émerveillent ou soient surpris par le monde que nous avons créé. Je désirais ouvrir une fenêtre sur cette époque sans en faire quelque chose qui saute aux yeux. Le plus important était d’avoir un environnement très réel dans lequel Frank et April se sentent perdus. Je voulais souligner l’idée que Frank est très seul dans la ville, et que simultanément, April est très seule dans la maison. Ce contrepoint visuel est présent tout au long du film, Frank dans la masse des gens et April dans la banlieue, et cela contribue à mettre en relief les thèmes principaux de l’histoire.»

Pour faire naître concrètement cette vision, Sam Mendes s’est entouré du directeur de la photo Roger Deakins, de la chef décoratrice Kristi Zea, et du chef costumier Albert Wolsky.

Roger Deakins a opté pour un style minimaliste et dépouillé, avec peu de matériel d’éclairage, afin de permettre le développement d’une plus grande intimité entre les acteurs sur le plateau. Sam Mendes confie : «J’ai été heureux du lyrisme que Roger a su apporter à son travail malgré les circonstances inconfortables. C’était parfois pénible de le voir travailler, lui qui est un des plus grands directeurs de la photo actuels, recroquevillé dans une minuscule cuisine avec sa grosse caméra, mais il a su réellement capter le côté oppressant de ces intérieurs, leur façon de faire naître un sentiment de claustrophobie, que ce soit la maison des Wheeler ou les locaux de la société Knox.»

Kate Winslet note : «Le travail de Roger Deakins a été très appré- cié par tous les acteurs. Il s’est montré incroyablement inventif parce que nous tournions principalement dans une toute petite maison en lumière naturelle, et malgré cela il a trouvé le moyen de faire rebon- dir la lumière partout. Ses lumières ne sont pas douces, il éclaire de manière à ce que l’on puisse voir chaque défaut de notre visage, et j’aime beaucoup cela.»

L’image de Roger Deakins a créé un effet de synergie avec le travail de Kristi Zea, à qui l’on doit certains des décors les plus marquants de ces dernières années, dont les ruelles sombres des Les Affranchis ou la cellule de haute sécurité d’Hannibal Lecter dans Le Silence Des Agneaux.

Dès le départ, Kristi Zea a travaillé main dans la main avec Sam Mendes. Elle explique : «Nous avons étudié un grand nombre de photos de cette époque afin de créer une bible visuelle pour notre film. Sam réagit très fortement aux stimuli visuels, Je lui montrais une photo et il me disait, «voilà, ça, ça a du sens, c’est ce qu’il faut pour le film.»

Kristi Zea et Sam Mendes se sont aussi inspirés du peintre réa- liste Edward Hopper, dont les toiles sont riches d’atmosphère, mais aussi du photographe Saul Leiter. Ses photos se caractérisent par une luxuriance picturale et un accent sur la fragmentation et l’isolement. Celles des rues de New York dans les années 50 et 60 sont apparues aux yeux du réalisateur et de la chef décoratrice comme un écho de l’histoire des Wheeler.

Le film a été principalement tourné dans des banlieues du Connec- ticut auxquelles le roman de Richard Yates est tellement associé. Après une longue recherche, c’est finalement dans la région de Darien que l’équipe a trouvé deux maisons l’une derrière l’autre, parfaites pour devenir celles des Wheeler et des Campbell. Les deux maisons possédaient un style architectural années 50. Si le style correspondait, les maisons étaient exiguës selon des critères de tournage d’un film. Mais cela jouait dans le sens du ton du film. Leonardo Dicaprio note : «Ce lieu nous a vraiment aidés à nous sentir claustrophobes, écrasés. Cela ajoute au sentiment que nous ne pouvions pas nous échapper.»

Kristi Zea a complètement remanié les deux maisons, mettant minutieusement au point des détails personnels pour le domicile des deux couples, depuis leurs placards de cuisine jusqu’à leurs papiers peints et leurs rideaux. «J’avais le sentiment très fort que ce film, plus encore que les précédents sur lesquels j’ai travaillé, devait donner l’impression d’avoir plusieurs épaisseurs, du contenu, au point que j’ai été jusqu’à doter les décors de tiroirs qui s’ouvrent, pour permettre aux acteurs de se sentir totalement dans leur élément, dans leur lieu de vie.»

Comme Kristi Zea, Albert Wolsky, le chef costumier, a orienté son travail afin de faire ressortir la personnalité des protagonistes. C’est la troisième fois qu’il fait équipe avec Sam Mendes. Il explique : «Les vêtements contribuent à faire renaître le monde des affaires new-yorkais et la banlieue américaine des années 50, et ils font aussi voyager les personnages à travers le temps et l’espace. Il aurait été possible de choisir une manière plus onirique de représenter cette époque, mais nous avons décidé de créer quelque chose de très réaliste.»

Pour les vêtements de Frank Wheeler, Albert Wolsky a exploré la dichotomie qui existe entre la vie professionnelle et la vie domestique. «Chez eux, Frank s’habille de manière détendue, en pantalon de toile et t-shirt, mais à son travail chez Knox, l’époque voulait que tout le monde porte un costume-cravate et un chapeau. C’était très intéressant d’habiller Leonardo différemment. On ne l’avait jamais vu vêtu ainsi. Il s’est coulé dans la période. Il est magnifique dans ces costumes, et il a joué le jeu à fond.»

Kate Winslet a elle aussi étroitement travaillé avec Albert Wolsky, tout comme avec le créateur des maquillages et des costumes nommé à l’Oscar Alan D’Angerio, pour mettre au point un style vestimentaire qui illustre les contradictions d’April Wheeler. Elle explique : «Nous voulions donner l’impression qu’elle était glamour un peu malgré elle. C’était assez tentant de s’orienter vers l’image de la bombe sexuelle blonde, mais cela n’allait pas à April. Ce n’est pas une femme qui peut s’asseoir devant sa commode et passer une heure à se coiffer et à se maquiller. Son look était assez délicat à trouver.»

Albert Wolsky ajoute : «April a été le personnage le plus difficile parce qu’elle est beaucoup de choses différentes à la fois. Pour les femmes au foyer, la mode était aux robes-chemisiers et au coton, mais nous voulions pour elle un style différent afin de la placer un peu à part. Nous avons fini par opter pour des jupes et vestes dans des tons sobres qui soulignent la grâce naturelle d’April et ses aspirations.»

Pour construire sa vision, Sam Mendes a aussi travaillé avec le monteur Tariq Anwar et son compositeur de longue date, Thomas Newman, qui ont tous deux été nommés aux Oscars pour American Beauty.

Sam Mendes déclare : «Tariq sait donner le ton, il a un véritable don pour trouver le centre émotionnel d’une scène. Il a aussi un goût très sûr quant à l’interprétation, il sait mettre à l’écart ce qui sonne faux, le mélodrame et tout ce qui est trop sentimental. En même temps, il est extraordinairement rapide. Les scènes me reviennent souvent dès le lendemain du jour où elles ont été tournées, montées d’une manière raffinée et subtile. En fait, plusieurs des scènes clés du film sont restées exactement telles qu’il les a montées la toute première fois. Comme tous mes collaborateurs favoris, Tariq a des idées et sait les défendre, il est passionné, et il n’a pas peur de dire ce qu’il pense.»

Le compositeur Thomas Newman, nommé huit fois à l’Oscar, possède ces mêmes qualités aux yeux du réalisateur. Il a aussi un sens musical qui fait écho aux mécanismes émotionnels internes des quatre films qu’a signés Sam Mendes jusqu’ici. Pour Les Noces Rebelles, il a composé une musique qui reflète les influences classiques du milieu du siècle dernier, mais qui laisse également la place aux émotions fortes ; une musique contenue et minimaliste où s’insèrent par moments des éclats plus colorés et riches pour souligner une ambiance. Thomas Newman commente : «L’idée était de ponctuer ce qui arrive sur l’écran sans trop expliciter. Nous voulions conserver cette idée d’ambiguïté qui est au cœur de ce mariage en crise.»

Pour Sam Mendes, chaque élément du film, de la photo aux dé- cors, du montage à la musique, a été conçu avec pour objectif de donner pleinement vie aux personnages de Richard Yates. Il conclut : «Tous ces indices, toutes ces informations se combinent et s’additionnent pour dépeindre qui sont Frank et April et ce qu’ils vivent au sein de leur couple.»



Notes de tournage

Le 27 Avril 2007 - Kate Winslet, Leonardo Di Caprio et Kathy Bates chez Sam Mendes

Nommée et renommée aussi bien en tant qu’actrice que réalisatrice, Kathy Bates fait partie de ces artistes qui peuvent faire n’importe quoi (de l’inoubliable Misery au ludique Le Petit Monde De Charlotte) et rester ultra fréquentables.

Note de la production

« Bon nombre de gens ont considéré ce livre comme un pamphlet contre la banlieue, et cela m’a beaucoup déçu. Je l’avais voulu davantage comme une charge contre cette soif générale de conformisme qui s’est emparée de tout le pays contre ce désir de coller aveuglément et désespérément à la sécurité à tout prix... Je voulais suggérer que la route de la révolution de 1776 était devenue, dans les années 50, quelque chose qui ressemblait beaucoup à une impasse.»

Le roman et son adaptation

«La Fenêtre panoramique» a été le premier roman de Richard Yates. L’auteur avait 36 ans quand le livre est sorti et a fait instantané- ment de lui le centre de l’intérêt du monde littéraire. Dès sa parution, et sans interruption depuis, d’autres auteurs reconnus ont salué le talent de Yates et la puissance évocatrice de son livre. Tennessee Williams le disait «Immédiatement, intensément et brillamment vivant. S’il manque à ce livre quelque chose pour devenir un chef-d’œuvre de la fiction américaine moderne, je ne vois pas bien quoi.» Kurt Vonnegut désigna ce livre comme «le «Gatsby le Magnifique»de notre temps». Et William Styron dit qu’il s’agissait «d’un roman, ironique, magnifique qui méritait de devenir un classique.» Beaucoup ont comparé Richard Yates à Francis Scott Fitzgerald, dans le sens où il est devenu le chroniqueur de son époque. Yates a fait avec le désir, l’ambition et le chaos conjugal de «l’ère de l’anxiété» ce qu’avait fait Fitzgerald avec «l’ère du jazz». Au fil du temps, le roman semblait devenir plus pertinent, voire prescient, évoquant l’ère du numérique, l’évolution de la place de la femme dans la société et l’augmentation de son pouvoir dans les foyers américains, et le désir pressant de conformisme de tout un peuple. À ce jour, «La Fenêtre panoramique» reste une œuvre aussi provocante qu’intemporelle.

Un réalisateur d’exception pour un projet hors du commun

Les producteurs désiraient un réalisateur dont la sensibilité puisse fonctionner en accord avec l’acuité de la vision de Richard Yates. Ils ont choisi Sam Mendes, réalisateur anglais lauréat de l’Oscar, connu pour avoir porté un regard extérieur sur la vie américaine dans des films comme American Beauty, Les Sentiers De La Perdition ou Jarhead - La Fin De L'Innocence. Également plébiscité pour son travail au théâtre, Mendes a un véritable don pour dévoiler ses personnages à travers les détails et tirer de ses acteurs des interpré- tations extraordinairement intimes et complexes.

Les personnages

Frank Wheeler (Léonardo Dicaprio)

«Parfois, tard le soir, quand sa gorge était sèche, ses yeux rou- gis, lorsque ses épaules retombaient, qu’il décidait quand même de s’accrocher, il dénouait sa cravate en la laissant pendre comme une corde. Il pouvait alors fixer la fenêtre et voir les courageux débuts d’un personnage.»
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • Paris 14h : 2 410 entrées
  • 1er jour IDF : 18 853 entrées
  • 1ère semaine IDF : 166 311 entrées
  • Cumul IDF : 398 680 entrées

  • 1ère semaine France : 409 484 entrées
  • Cumul France : 1 120 885 entrées