Origine du projet
J’ai préparé ce film pendant six ans.
Wang Shuo m’a donné un exemplaire de son roman avant que je débute le montage de Seventeen years et j’ai commencé à le lire pour la première fois en 1999, pendant que j’étais en postproduction en Italie. Alors que j’étais à la moitié du livre, je regardai un dessin-animé dont le titre était Le Petit éléphant volant avec ma fille Yuanyuan et j’ai remarqué qu’elle était émue à chaque fois qu’elle voyait le petit éléphant embrasser sa mère. A ce moment précis, j’ai réalisé que dès leur plus jeune âge (ma fille n’avait que deux ans) les enfants ont une « âme » déjà bien existante complétée par une série d’émotions. En outre, j’ai été étonné de la capacité de
Wang Shuo à se remémorer aussi son propre passé. Je cherche à faire la même chose mais les souvenirs de mon enfance sont souvent fragmentaires et incomplets. Faire ce film est donc devenu un effort pour récupérer et me rappeler ma propre enfance.
Expérience personnelle
Quand j’étais petit, j’étais comme Qiang. J’étais souvent malade et, du coup, je ne pouvais pas me joindre aux autres enfants lorsqu’ils jouaient ensemble. Je ne pouvais pas faire partie du groupe. En tout cas, une fois rentré d’Italie, j’ai commencé à travailler avec
Wang Shuo et
Ning Dai sur le scénario. Nous avons eu quelques difficultés pour trouver un fil conducteur pour raconter l’histoire, mais, à la fin, lors de la dernière année de préparation, j’ai trouvé la solution.
Au début, je m’efforçais de trouver un point de vue, une perspective au niveau des enfants pour raconter l’histoire. Mais ça s’est révélé extrêmement difficile. A la fin, lors de la dernière année, j’ai réalisé que l’unique façon de bien développer ce film était de présenter les choses de mon propre point de vue, celui du réalisateur. J’ai conçu ce long métrage comme un dessin animé interprété par des personnes réelles. C’est une parabole non réaliste bien qu’ayant quelque chose de réel. L’idée de faire le film a puisé son énergie et a pu se concrétiser grâce aux petits acteurs. Le film s’est orienté vers ce qui excitait le plus ces « liliputiens ».
Originalité
Dans le passé, dans tous les films chinois, les enfants étaient traités comme l’étaient les adultes. J’espère que mon travail rendra justice à la vraie réalité de la vie des enfants. A vrai dire, ce film n’est pas le premier que je fais sur l’enfance. Au début de ma carrière, j’ai réalisé
Mama< qui racontait l’histoire d’un enfant de 11 ans. J’y ai d’ailleurs glissé un hommage à
Zéro De Conduite, lorsque le garçon arrache les plumes de son oreiller.
Une fable intemporelle
J’aime cette absence d’explication inhérente aux fables. J’ai pu observer comment les enfants des orphelinats d’aujourd’hui ne sont pas si différents de ceux alors. La plupart des psychologues décrivent la période autour de 3 ans comme un moment critique pour la socialisation. C’est pour cela que j’ai choisi de raconter une histoire sur les enfants au moment où leur personnalité se forge et où ils commencent à se déterminer comme individus par rapport à la société. Nous, les adultes, croyons que cette étape de la vie n’est pas ce que les gens imaginent traditionnellement. La vie des enfants est beaucoup plus compliquée et leurs espérances, leurs illusions et spécialement, leur mélancolie, sont comparables à celle des adultes. C’est une phase délicate qui a des répercussions sur le reste de leur vie.
Je m’intéresse beaucoup aux dynamiques de pouvoir : comment le pouvoir façonne les personnalités et définit les caractères. La liberté contre le pouvoir, l’individu contre la masse, toutes ces problématiques m’intéressent. Une histoire sur la prime enfance nous invite à voir comment se forment les relations de pouvoir véritablement dès leur génèse.
Le casting
Notre équipe a parcouru Pékin pendant 4 ou 5 mois. On avait mis des annonces dans les journaux et nous sommes allés dans les orphelinats les plus importants de la ville. On a fait faire des essais à plus 20 000 enfants. Cela a été un travail assez laborieux et trouver le bon enfant pour incarner Qiang a été la chose la plus difficile. En tout cas, ça l’a été jusqu’à ce que nous trouvions
Dong Bowen, qui avait 5 ans et ressemblait vraiment à
Wang Shuo, l’auteur du livre. Ce fut quelque chose de vraiment magique. Au moment où je l’ai remarqué parmi les autres enfants, j’ai su qu’il était le garçon que je cherchais. Evidemment, Bowen n’avait aucune expérience du jeu d’acteur. Mais quand j’ai croisé son regard, j’ai eu la certitude que le rôle de Qiang ne pouvait que lui convenir à merveille : son regard touche les gens. Lorsque l’on a fait les essais, Dong avait une façon de marcher et de placer ses bras et ses jambes qui était à la fois drôle et très sérieux. Mais c’est son sérieux qui a attiré mon attention.
80 jours de tournage
On a improvisé un orphelinat virtuel. Nous avons dû tout organiser, tout prévoir : où les enfants dormiraient, quel type de nourriture ils mangeraient. Nos assistants réalisateurs ont travaillé avec les enfants et les enseignants de l’orphelinat : ces derniers étaient responsables de l’alimentation, des soins et autres attentions portées aux enfants.
Travailler avec des enfants est la chose la plus difficile. C’est encore plus difficile qu’avec lee plus têtu des acteurs adultes. L’éthique professionnelle n’a pas de signification pour les enfants. Au contraire, vous devez être capable de créer une atmosphère de jeu : s’ils s’amusent, ils travaillent. Prenons par exemple la scène où
Dong Bowen insulte Mademoiselle Tang. Il a vraiment fini par prendre goût à le faire. Peu importe combien de fois on lui demande de le faire, il le fait. Bowen est lui-même un personnage, à bien des égards, avec des réactions complexes et variées.