Notes de Prod. : Les Petits Mouchoirs

    en DVD le 23 Février 2011

Entretien avec l’équipe Artistique



Je pense que Guillaume Canet a écrit le film d‘une génération, et même d’une époque. C’est un film qui parle de nous, de vous. C’est un miroir, comme le font les grands artistes. Je joue l’aîné de la bande. Le mec qui, par sa situation sociale peut offrir des vacances à l’œil aux autres. Il sait qu’on profite un peu de lui, mais ça lui va parce qu’il se sent utile. Je suis particulièrement fier d’être dans le premier film que Guillaume ait écrit seul.

Ne le dis à personne était l’adaptation d’un roman policier. Il aurait pu en faire un simple divertissement. Mais à l’arrivée, c’était un peu plus que ça. Presque un film d’auteur déjà. Avec Les petits mouchoirs, on peut parler d’œuvre à part entière. Et quand de surcroit tu admires et tu estimes pour ne pas dire que tu aimes le mec – et l’auteur - tu n’as qu’une envie : donner le meilleur. Il a écrit un scénario d’une richesse infinie. Dans le fond, tous les rôles sont des premiers rôles. Au montage, il avait suffisamment de matière pour faire un film entier sur chacun des personnages !

Le grand frère intolérant

J’ai quinze ans de plus que tous les autres dans la bande. Qui pour beaucoup sont des ados attardés ! Ce n’est pas moi qui le dis, c’est mon personnage qui le pense. Je suis le grand frère, mais aussi pour les mauvais côtés : mon intolérance notamment. Il pourrait être imbuvable ce type. Mais il a droit à toute la tendresse de Guillaume, sa bienveillance, pour le sauver. Il ne le juge pas. Il n’y a aucun cynisme dans le regard de Guillaume Canet sur ses semblables. Je trouve que c’est un trait d’identité majeur, dans un monde où la dérision et la raillerie sont devenues la seconde nature de beaucoup de gens et pas seulement des humoristes.




Guillaume a toujours beaucoup d’idées, d’histoires qu’il aimerait porter à l’écran. Il parlait depuis longtemps de faire un film sur un groupe d’amis, sur notre génération aussi. Il y a trois ans cette envie a pris forme et il a commencé à écrire le scénario des Petits Mouchoirs. J’ai assisté à cette écriture de plus ou moins près selon les périodes, il m’a assez vite parlée de son envie de travailler ensemble. Quand j’ai lu la première version, j’ai été immédiatement touchée par sa manière d’aller en profondeur dans la description de nos rapports à tous et par la grande finesse, l’honnêteté, la sincérité du propos. Guillaume est quelqu’un qui observe beaucoup et qui a un sens artistique très aiguisé. Il a créé une galerie de personnages authentiques, proches.

Le travail

La période de préparation a été très riche. Guillaume est quelqu’un qui travaille beaucoup. Il crée une structure qu’il maitrise parfaitement, dans ses moindres détails, ce qui permet à l’acteur d’avoir une base très solide. Et il nous ouvre la porte de son univers, en nous donnant la liberté de composer. D’y mettre des petits bouts de nous. Nous avons chacun eu un moment avec lui où il nous a exposé sa vision du personnage.

Il nous a ensuite réunis pour une série de lecture à Paris qui ont permis des réajustements pour créer un équilibre entre les nombreux personnages. Un des moments les plus inspirants de cette préparation à été les quelques jours que nous avons passés au Ferret dans la maison qui servirait de décor au film. Ce fut l’occasion de partager le travail et aussi de faire plus ample connaissance. Il était important de créer une dynamique de groupe, d’amitié. Nous avions tous imaginé la vie de nos personnages, ce qui les habites mais aussi les relations qu’ils entretiennent les uns avec les autres, comment ils se sont rencontrés, leur passé individuels et leur passé en groupe. Ce que l’on ne voit pas à l’écran mais ce qui enrichit chacun, l’énergie sous-jacente.

Chacun a raconté son histoire c’était un moment très émouvant à vivre, on avait le sentiment d’assister à la naissance des personnages et de leurs liens. Sur le plateau, Guillaume crée un espace où tout est fait pour que l’acteur soit dans la plus grande confiance et la plus grande aisance. Un réalisateur qui a une telle connaissance et une telle compréhension de l’acteur rend le travail facile et même extatique parfois. Nous avons vécu des moments ou nous n’avions plus l’impression de jouer.

Le personnage

Marie est ethnologue. Elle va étudier l’humain à des milliers de kilomètres et elle est incapable de faire face à son désastre intérieur. Marie a peur, elle fuit. Mais vers la trentaine, on arrive à un stade où, après s’être laissé vivre, se dessinent de nouvelles priorités. La nécessité de faire le point et la peur de le faire. Quoiqu’il arrive, c’est un moment charnière qui amène à une introspection.



Ça fait quelques années que je connais Guillaume pourtant je suis un des derniers arrivés dans ce groupe de copains. Comme la plupart d’entres nous, j’ai commencé à entendre parler du film avant qu’il n’ait écrit la moindre ligne. Il m’avait juste raconté l’histoire vraie de deux personnes, deux meilleurs amis, beaucoup plus âgés, qui avaient eu la révélation de l’un pour l’autre. Puis une phrase : « J’aime tes mains ». C’est cette phrase qui fut le motif de départ pour construire la déclaration de Vincent à Max.

Je ne vois que de la sincérité dans ce personnage lorsqu’il ose confier son secret. Rien de sexuel. Il se sent bien près de son pote et ça lui suffit. Le problème est qu’il ne comprend pas que ça puisse être mal pris. Dès le début de l’histoire, il lève ses petits mouchoirs et tombe le masque. Se connaître aussi bien en dehors des plateaux est une valeur ajoutée pour le film. On y retrouve l’esprit de camaraderie qui nous unit dans la vie.

Toutes les personnes qui travaillaient sur le film ressemblaient plus à une bande de potes qu’à une équipe de cinéma, mais des potes à qui Guillaume demandait un travail précis d’une grande exigence. Avec beaucoup de confort, et beaucoup de contraintes aussi. Certains week-ends Guillaume organisait des projections de rushes, dans le bar du coin pour partager le travail accompli ensemble et regonfler les troupes dans les moments de fatigues.

Guillaume a une équipe exceptionnelle. Je n’ai jamais vu des mecs aussi dévoués. Voir des techniciens d’expérience courir avec la caméra comme si leur vie en dépendait, c’est beau et touchant. Si j’étais amené à faire de la mise en scène, je chercherais à créer cette ambiance là. En fait, ça pousse au cul de voir Guillaume travailler, ça donne envie de s’y mettre. Sa maîtrise est impressionnante. Avec Les Petits Mouchoirs, il a encore franchi un palier. C’est son film le plus personnel et surement le plus universel...



Les petits mouchoirs est mon cinquième film avec Guillaume. On s’est connu aux productions du Trésor d’Alain Attal. C’était tard dans la nuit, j’étais sur l’écriture de Narco. Lui travaillait sur le scénario de Mon idole. C’était peu après la sortie de Vidocq, une période moyenne pour lui. Il sortait de La Plage aussi, avec Léonardo DiCaprio et il y avait une foule improbable qui gravitait autour de lui. On a parlé une bonne partie de la soirée. Une discussion franche, où je l’ai trouvé déjà singulièrement lucide. Son évolution comme metteur en scène est spectaculaire.

Dans Mon idole, on peut déceler des influences (Paul Thomas Anderson, un peu Martin Scorsese...). Dans Ne le dis à personne, beaucoup moins. La recherche formelle l’intéresse moins que l’histoire. Pour lui, la réalisation n’est pas un snobisme d’acteur, mais une vraie nécessité. C’est quelqu’un qui injecte de la vie dans son art. Je l’ai connu à une époque où il sortait un carnet et notait tout ce qui pouvait être le début d’un bon sujet ou d’une belle scène, pour un film qui bien sûr restait à écrire.

Une chronique contemporaine universelle

Le Cap Ferret, c’est notre camp de base depuis dix ans. Tous les personnages évoquent de près ou de loin des épisodes de notre vie et de gens croisés là-bas. Mais la force de Guillaume, est d’avoir transcendé cette matière : rien n’y est anecdotique. Ce n’est pas un film sur nos vacances avec de la psychologie de dessins animés. C’est une chronique contemporaine, universelle. Je joue un comédien de deuxième zone, frimeur, dragueur, superficiel. Le bon pote, qui a quand même l’élégance de ne pas embarrasser les autres avec ses petits problèmes. Eric est l’élément dynamique du groupe. Dans Les petits mouchoirs, Guillaume n’est pas si loin de ce que faisait un Claude Sautet. Il a toujours aimé les films de bandes. Il nous avait demandé de revoir The Big Chill (Les copains d’abord), mais aussi Husbands de John Casavettes... Mettre en scène huit personnages, tous d’importance à peu près égale, c’est un exploit quand on voit le résultat.



Sans être véritablement un intime de Guillaume, on ne s’est jamais perdu de vue depuis les cours Florent. Dans Mon Idole et Ne le Dis à Personne, je faisais une panouille, rien de spectaculaire, mais c’était sa manière à lui de me faire participer à ses aventures de jeune réalisateur et cela m’a toujours beaucoup touché. Mon rôle au départ, dans Les Petits Mouchoirs, il l’avait écrit pour lui. Et puis il s’est dit qu’il aurait bien assez de travail avec la seule mise en scène. Il est venu me voir sur scène dans mon one-man-show, et en sortant il m’a proposé de jouer Antoine. Un vieil adolescent mal dégrossi qui vient de se faire quitter par sa copine.

Il n’a pas de boulot et n’arrive pas à s’enlever son ex de la tête. Il passe son temps à saouler les autres en leur demandant des conseils qu’il ne suit pas. Seuls ses problèmes l’intéressent. Ceux des autres n’atteignent même pas son cerveau. Il ne voit rien et n’entend rien. Tant qu’il subit les situations, il les fait aussi subir aux autres et ne trouve aucune solution. Jusqu’à ce qu’il prenne les choses en main et se découvre, par amour, plus mûr qu’on aurait cru.

Euphorique

Le rôle est foncièrement comique. Mais Guillaume m’a bien évidemment demandé de le jouer au premier degré, sans chercher justement à faire rire. Guillaume étant comédien, il sait quels mots employer pour vous remettre sur les rails ; comment vous recentrer sur les enjeux. Si j’étais impressionné de jouer avec un tel aréopage d’acteurs ? Non, mais très excité. J’avais hâte qu’on commence. Et les répétitions m’ont rendu euphorique. Pendant le tournage, on occupait tous des maisons voisines. C’était troublant de donner vie à cette bande de potes et dans le même temps de vivre une autre aventure de groupe, toute aussi forte, celle du tournage.

Un film à part

Quel metteur en scène ! L’implication de Guillaume était telle qu’on était aspiré dans son sillage. Il a fait preuve d’une énergie fédératrice bluffante. Le rapport de confiance qu’il établit avec les comédiens est total. On ne peut que le suivre.



Véronique, c’est une fille qui se contenterait de bonheurs simples. Mais avec son mari justement ça ne peut pas être « simple », parce qu’il lui en faudrait toujours plus. Elle l’aime toujours autant, mais ses lubies, ses obsessions l’exaspèrent. Alors elle ne lui passe rien. Lui est fier de sa réussite matérielle, tandis qu’elle, se contenterait de trois fois rien. Guillaume m’avait décrit mon personnage comme une fille généreuse, aimant recevoir chez elle, mais avec des idées bien arrêtées sur ce qui est bon et moins bon pour la santé. C’est essentiellement un rôle de comédie, à travers lequel Guillaume cherchait qu’il sonne vrai.

Petits mensonges entre amis

C’est un metteur en scène qui place la barre très haut. Il donne la note, et on est tellement heureux de « chanter » pour lui qu’on se démène pour aller la chercher cette note. Guillaume vous pousse, Guillaume vous aiguille, vous motive, sans forcément diriger. On ne refait pas tant que ça les prises.

Lors de la scène de ménage, assez complexe, Guillaume était tout près, et lorsqu’il a dit « coupez ! » j’ai senti qu’on avait atteint le degré d’intensité qu’il recherchait. J’avais beaucoup d’appréhension au début du tournage, et puis chacun a trouvé sa place naturellement. Je me suis assez vite sentie bien dans cette maison de vacances qui est censée être la mienne. La semaine qu’on y a passé tous ensemble avant le début du tournage, a facilité le travail de familiarisation. Le groupe a commencé à se souder à ce moment là.

A travers l’histoire que raconte Les petits mouchoirs, j’ai réalisé à quel point le mensonge est permanent en amitié. En fait, on joue tous des rôles tout le temps dans la vie. On ment parfois pour protéger, mais ça finit toujours par ressortir. C’est l’un des enseignements du film.



J’ai pris une claque avec ce film. Au départ, on voit surtout le côté agréable qu’il y aura à tourner avec une bande de joyeux personnages dans un décor de vacances. Et puis l’émotion vous submerge et vous ne l’avez pas vue venir. Guillaume a l’intelligence du cœur. Il n’a que 38 ans, mais quelle sagesse et quel enthousiasme communicatif ! Il y a une scène où l’on fait un jogging sur la plage, et d’un coup je détale. Guillaume m’a dit : « faut vraiment que tu t’entraînes tu sais, je te demanderai d’aller très vite, dans le sable... ».

Résultat, j’ai couru une heure par jour. Je n’avais jamais fait ça de ma vie, j’ai perdu presque 10 kg, heureusement que ça collait au personnage ! Le couple que je forme avec Benoît Magimel est de ceux qui se sont formés très jeunes. Ils s’aiment un peu comme des frère et sœur. Mais ce sont deux solitaires. Elle, elle est dans la frustration sexuelle. Elle « fait » l’amour sur internet. Et puis en société, elle parle tout le temps. Elle a un avis sur tout. C’est madame Moi- je-sais. Elle est en quête permanente d’affection.

Une vie de Roman

La première fois que j’ai croisé Guillaume, c’était il y a quelques années déjà. Il m’avait proposé un petit truc dans un film. Je venais d’accoucher, il m’a dit : « tu n’auras qu’à allaiter entre deux prises ! ». Epuisée, j’ai dit non. Je n’avais pas imaginé que deux ans après il me contacterait encore. Il m’a laissé un message : « Pascale, est-ce que tu voudrais... ? etc, etc... Appelle-moi », et puis, il m’a raconté la trame des Petits Mouchoirs.

Je garde un souvenir exceptionnel du travail de lecture qu’on a fait en situation dans le décor de la maison. Ce furent des moments très gais où chacun, à voix haute, commençait à être « son » personnage. Trois mois plus tard, lorsqu’on est retourné dans la maison pour le tournage, on y avait déjà des souvenirs. Comme dans le théâtre de Tchekhov, on devine dans Les petits Mouchoirs, une vie de roman derrière chaque personnage.

Il y a une grande capacité chez Guillaume à inventer. La scène où je surprends une conversation entre Marion Cotillard et Benoît Magimel n’était pas écrite. Parfois on réalisait qu’il était trois heures du matin... Je fais ce métier pour vivre des moments comme ceux-là. J’ai été épatée par le regard que Guillaume porte sur les hommes. Il met en lumière leurs fragilités, dévoile leurs faiblesses sans complaisance, mais toujours bienveillant.

Sur le tournage des Petits Mouchoirs

Le 18 mai 2009 - Marion Cotillard devant la caméra de Guillaume Canet

L'acteur et réalisateur français Guillaume Canet s'est attaché les services de Marion Cotillard et François Cluzet pour tenir les rôles principaux de son prochain film intitulé Les Petits Mouchoirs, a confirmé à Relaxnews la société Les Productions du Trésor.

Les mots du réalisateur

Une émotion particulière

C’est très étrange car je n’avais jamais ressenti ça sur un film en tant que réalisateur. J’ai déjà tourné deux courts métrages et trois longs, dont Les Petits Mouchoirs, ce qui est « peu » et en même temps suffisant pour que je puisse dire que ce que je vis avec ce film depuis le début, est très particulier pour moi. J’ai traversé une période disons cruciale, c’est une évidence. Après Ne le Dis à Personne, je suis passé par plusieurs caps, déjà du fait de l’âge. A 35 ans, on ne se pose pas les questions qu’on se posait à 20, on a déjà pris quelques coups... J’ai décidé de faire un travail d’analyse. Un travail assez important ; intéressant bien au-delà de ce que j’imaginais puisqu’il a abouti à l’écriture de ce scénario, en moins de cinq mois. C’est en ce sens que ce film est si particulier pour moi. Je ne peux pas faire un film plus personnel que Les Petits Mouchoirs.

Entretien avec les poducteurs

Alain Attal

Faire un film avec Guillaume est un plaisir chaque fois renouvelé. C’est un homme fidèle. Qui a besoin plus qu’un autre de travailler en confiance. Les petits mouchoirs est le regard qu’il porte sur sa génération et au-delà sur la société d’aujourd’hui. Un film sur les dégâts qu’on cause (ou qu’on subit) parfois dans la vie, à force de remettre au lendemain les choses vraiment importantes. La réussite (artistique et commerciale) de Ne le Dis à Personne a autorisé Guillaume à prendre le temps d’écrire le scénario dont il rêvait.