« En fouinant, je trouverai peut-être ce qui cloche… et je verrai si on peut y remédier. (…) Peut-être que c’est comme Casy l’a dit. Qu’on a pas une âme à soi tout seul. Mais un morceau d’une grande âme, et que cette grande âme est à tous. (…) Je serai quelque part dans le noir, je serai partout. Partout où tu regardes. Là où on se bat pour que les affamés mangent, j’y serai. Là où il y a un flic qui tabasse un type, j’y serai. Je serai là où les gens crient, là où les enfants rient parce qu’ils savent que le diner est prêt. Et quand les gens mangeront ce qu’ils font pousser et habiteront ce qu’ils ont construit, j’y serai aussi.… »
Henry Fonda dans
Les raisins de la colère
« C’est un roman qui poisse de crasse et de sueur. Une histoire de mains calleuses et d’ongles noircis, qui s’accrochent à un passé révolu. Ça sent la misère rurale. Celle d’une Amérique paysanne passée à côté de l’essor économique des années 1920, et à qui les années 1930 ont porté trois coups fatals. D’abord il y a eu les tempêtes de poussière, ce Dust Bowl qui, des jours durant, a laminé les récoltes et érodé les grandes plaines. S’y est ajouté la diminution de 60% des prix agricoles, conséquence de la grande crise de 1929. Et pour achever ce monde déjà à l’agonie, le grand capital, propriétaire des terres, a exproprié ses petits métayers pour mécaniser, faire du rendement. De l’Oklahoma, 15% de la population ont mis le cap sur l’ouest, vers la promesse californienne. Parmi eux, il y avait des milliers de familles Joad, les héros
des raisins de la colère. »
Maryline Baumard, Le Monde
«
Les raisins de la colère est l’ancêtre le plus sublime des road movies du cinéma américain. Il contient en tout cas l’une des plus poignantes et plus violentes dénonciations de la misère qu’on ait vues dans un film. Un monde disparaît : celui de la famille unie et des traditions séculaires. Un autre monde, peut- être, va naître, enfanté dans le désarroi, le doute, la souffrance »
Jacques Lourcelles
« Je suis un paysan qui fait des films de paysan, disait-il. Et c’est vrai que peu de cinéastes ont accordé autant d’importance à la terre, au pays qui vous a vu naître et dont vous êtes chassé, aux rapports charnels qui unissent l’homme et le sol qu’il cultive et auquel il s’accroche. C’est le chantre de ce temps solide où la femme aime son mari, où la famille s’abrite sous une maison, vit sur une terre, aime cette terre. Tout ce bonheur qui va se trouver bouleversé, écorché à même l’écran : des paysans
des raisins de la colère expulsés par la sécheresse et les banques aux mormons du Convoi des braves, le petit monde de Ford est peuplé de déracinés, de vagabonds à la recherche d’un asile. »
Bertrand Tavernier