D’un côté le cinéma, de l’autre le requin. Les deux sont depuis longtemps intimement liés pour la raison suivante : le premier matérialise l’effroi qu’engendre le second. Le requin a mauvaise réputation ? Tant mieux, le 7ème Art donne plus facilement raison au meurtrier qu’à la victime. Il est évident que ce qui disparaît en étant mangé est moins passionnant ou attractif que le seigneur qui trône au sommet de la chaîne alimentaire. Le tableau est dressé, le Carcharodon Carcharis (Great White Shark) maquillé en Hannibal Lecter constitue la majeure partie de la filmographie autour du requin.
De nombreux événements ont contribué à l’impopularité de ces redoutables prédateurs des mers. Le premier est certainement le drame de l’Indianapolis qui transportait les composantes de « Little boy » sur l’île de Tinian dans le Pacifique Sud. Sur le chemin du retour, il rencontrera le I-58 du commandant Mochitsura Hashimoto ; dans la nuit du 30 juillet 1945, il frappe le navire de 2 torpilles à 00h14 et il coulera en 12 minutes. L’équipage restera 5 jours dans des eaux infestées de requins. Il ne restera que 316 survivants.
En 1963, l’actrice australienne Marcia Hathaway meurt des suites d’une morsure de requin tigre. Le 20 juin 1975, date de la sortie du film
Les Dents De La Mer de Spielberg, scelle à jamais le destin du requin blanc. La ligne de partage entre le ciel et la mer est dorénavant tracée par la lame dorsale d’un ignoble squale mangeur d’hommes. L’auteur du livre, Peter Benchley, fera amende publique pour avoir métamorphosé un animal méconnu et mal-aimé en ennemi aquatique numéro 1. Spielberg jamais.
Un nombre incalculable de films sur la mort blanche s’ensuivra alors. De
La Mort Au Large aux
Dents D’acier en passant par
Shark Attack le refrain est le même : le requin est un mangeur d’hommes assoiffé de sang.
Ce n’est que très récemment que l’on a pu observer un revirement de situation certainement dû à la prise de conscience écologique globale. On se souviendra en particulier du
La Vie Aquatique de Wes Anderson, qui rend magnifiquement hommage à celui qui a donné naissance à la lutte pour la préservation du monde marin : Jacques-Yves Cousteau.
Par Guillaume Brette