Comment êtes-vous arrivé sur le projet ?
Alexandra est venue me rencontrer lorsque je jouais au théâtre. Nous avons dîné ensemble. Lorsqu’elle m’a raconté l’histoire qu’elle a vécue, cet inconnu à qui elle a donné un petit mot, j’ai été bouleversé. En me confiant cela, elle était émouvante, sensuelle, je me suis même demandé pourquoi elle n’interprétait pas son propre rôle. Je lui ai dit “J’aurais bien aimé qu’une femme me dise cela” sans savoir que cette réplique figurait dans son scénario ! Après, elle m’a parlé de la façon dont elle voyait Pierre, le personnage qu’elle me destinait. Sans avoir lu le script, j’ai tout de suite été tenté de travailler avec Alexandra.
Elle m’a ensuite parlé de son casting. Je devais être le mari d’
Isabelle Huppert, le beau-frère de
Catherine Frot et l’amant de
Brigitte Catillon. Je savais qu’avec Isabelle pour femme et Brigitte pour maîtresse, il n’y aurait aucun souci, je les connais depuis longtemps. Quant à Catherine, elle a déjà été ma femme trois fois !
Ensuite, j’ai lu le scénario que j’ai trouvé vivant et touchant, sans rien de convenu. Il y avait des scènes que je me régalais à l’avance d’avoir à jouer.
Comment définiriez-vous le personnage de Pierre ?
Pour moi, la première lecture d’un script est toujours déterminante dans la compréhension d’un personnage. Je voulais jouer Pierre comme quelqu’un de complètement cynique, qui n’a rien à faire de rien. Son couple n’existe plus. Au gré de ses pulsions, il a des relations à droite et à gauche. Pourtant, quand j’en ai parlé à Alexandra, elle m’a dit que c’était un homme complètement paumé, fou amoureux de sa femme et terriblement malheureux. Cette révélation a tout remis en perspective et j’ai adapté mon interprétation.
Quand j’ai joué la scène dans la chambre avec Catherine, je craquais, sans aucun sous-entendu sexuel et pourtant, lorsque l’on voit la scène à l’écran, au moins au début, l’ambiguïté est là, on se dit qu’il va essayer de se la faire aussi. Et le personnage bascule. Il apparaît brisé.
Quant à la scène de lit avec Isabelle, elle est terrifiante ! Ce que j’ai beaucoup aimé, c’est le côté “on couche en pyjama” ! On ne voit rien ! Mais c’est beaucoup plus fort comme ça.
L’idée d’humaniser votre personnage vous a-t-elle aidé ?
Dans notre première scène avec Isabelle, un petit déjeuner, juste avant le générique, elle est tellement odieuse que pour mon personnage, la seule façon de s’en sortir est le détachement, au moins apparent. C’était jubilatoire à jouer. Il fallait qu’on puisse imaginer que Pierre supporte de vivre avec une telle femme ! D’autant que c’est elle qui reste avec lui, pour l’argent.
Ensuite, il fallait que le personnage devienne très humain. La transition était naturelle. L’une des qualités du scénario d’Alexandra était d’arriver à dépasser les clichés qui pouvaient naître de ses personnages. Elle les arrache tous à la caricature.