Notes de Prod. : Les Travailleu(r)ses du sexe

    en DVD le 05 Octobre 2010

Les travailleurs du sexe : la genèse du projet

« Plus de caresses, moins de CRS ! », tel fût le slogan inédit que les membres d'un nouveau collectif de travailleu(r)ses du sexe, baptisé «Les Putes», ont scandé le samedi 18 mars 2006 sous les fenêtres du Premier ministre à l’issue d’une manifestation inaugurale : la « Pute Pride ». Bien que passée inaperçue, avec ses 500 manifestant(e)s regroupées place Pigalle, car tenue le même jour que l’énorme manifestation contre le CPE avec plus d’un million de personnes, elle fut néanmoins la marque d’un nouveau type de revendication chez les prostituées, celui de revendiquer l’activité prostitutionnelle comme un métier avec ses droits et ses devoirs.

Il existe une prostitution forcée qui s'exerce dans la contrainte et qu’il faut combattre car elle est dominée par le "phénomène mafieux". Depuis longtemps, les prostituées ont droit à l’amalgame entre prostitution et exploitation sexuelle qui porte physiquement et psychologiquement atteinte aux femmes, et qui considère leur corps comme une marchandise pouvant être achetée et vendue. Mais la prostitution est aussi, selon plusieurs associations de prostituées "une activité humaine" que l'on doit libérer de ses anciens asservissements sacrés, culpabilisateurs et répressifs. Le jour de la manifestation elles et ils ont adressé une lettre à Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, pour poser les risques d’une politique abolitionniste.

À force de s’entendre dire sans arrêt qu’elles ne sont que des marchandises, des corps qui se vendent, qu’elles ne se respectent pas, qu’elles auraient nécessairement été violées dans leur enfance, qu'il faut les réinsérer, qu’elles n’ont aucune conscience de ce qu’elles font, qu’elles portent atteinte à leur dignité, à leur santé psychique, beaucoup de prostituées considèrent que les abolitionnistes ont fini par briser des vies. Cet abolitionnisme est alors vécu par ces femmes et ces hommes comme une forme de maltraitance psychologique.
Pour les abolitionnistes, elles ne seraient acceptables que malheureuses afin de confirmer l'image qu'elles veulent donner d’elles. Mais si l'une d'entre elles se rebelle et revendique sa liberté de se prostituer, de disposer librement de son corps, elle sera de suite taxée : « non représentative, égoïste, salope, nymphomane forcément perturbée, légitimant les viols ». Une personne qu'il faut nécessairement punir : contrôle fiscal, retrait de la garde des enfants, amendes et PV, humiliations, harcèlement policier, expulsions, sans retraite, ni sécu. Aucun droit ne leur est accordé.

Peut-on questionner cette morale qui prétend interdire d’avoir une sexualité en dehors du couple, de sentiments amoureux avec des inconnus, avec ou sans désir, avec ou sans plaisir, ou juste par intérêt ? S‘il faut lutter efficacement contre le proxénétisme et les réseaux de traite, les politiques devraient peut-être aider les prostituées à obtenir un statut de travailleuses indépendantes avec l’application des droits et des devoirs assimilés.

Les prostituées veulent lutter, à leur manière, contre toute forme d’exclusion sociale, contrairement aux abolitionnistes qui voudraient les exclure de la société. Ce n’est pas en voulant éradiquer la prostitution qu’ils les aideront. Elles ne veulent pas être éradiquées. Elles veulent seulement exercer leur métier dans les meilleures conditions possibles. C’est en sortant la prostitution de la clandestinité qu’elles pourront aider des personnes victimes de traite et qu’elles pourront s’appuyer sur des droits aujourd’hui inexistants en France.

Les travailleurs du sexe : notes de distribution

« Rendez-nous nos trottoirs » est un slogan entendu sur les manifestations de défense des droits des travailleuses du sexe. Il y a dans la chaleur et la virulence du débat un noeud, un problème que la question de la prostitution, la location du corps, le service sexuel incarne tant et tant que ces putes-là sont niées, repoussées, dissimulées...

Quelques mots du réalisateur des Travailleurs du sexe

L’économie de marché a généré la multiplication des salons de l’érotisme et de sociétés d’éditions de vidéos pornographiques, au nom de la prétendue liberté du consommateur. Dans un autre domaine du travail du sexe, la prostitution est restée plus ou moins tolérée dans la plupart des pays. En France, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’intérieur, fait voter en mars 2003, une loi dite de « sécurité intérieure » incluant le racolage passif des prostituées. Si la prostitution devient très vite moins visible dans nos rues, la prostitution augmente considérablement sur les réseaux Internet et aux périphéries des villes, rendant à nouveau des prostituées à la merci des proxénètes et des réseaux mafieux.

Quelques personnages des Travailleurs du sexe

Sonia
Sonia est prostituée depuis près de trente ans, elle travaille en vitrine à Bruxelles, elle a la cinquantaine passée.
Sonia est issue d’une famille bourgeoise, sa mère refait sa vie avec un homme avec qui elle ne s’entend pas. Elle tombe enceinte à 18 ans, son beau-père ne veut pas de l’enfant. On lui retirera son fils à la naissance. Elle quitte la famille, et commence à travailler à la caisse dans une maison de passe. Elle est fascinée par l’univers de la prostitution et découvre peu à peu qu’elle apprécie le métier de pute. Sonia aime le sexe.

Quelques phrases des personnages des Travailleurs du sexe

Isabelle, prostituée à Toulouse

- Je continue à m’interroger sur ce qui dérange tant chez les prostituées.
Nous faisons partie de l’ensemble de l’industrie du sexe, sauf que lorsqu’on est prostituée, on ne répond à aucune logique justement de productivité. On maintient à toute force une petite activité à dimension humaine. Nous restons des artisanes.

Les lois sur la prostitution

La loi pour la sécurité intérieure (LSI ou Loi Sarkozy II)

Cette loi a été adoptée par le parlement, le 18 mars 2003 et publié au journal officiel, le 19 mars de la même année. Cette loi crée une série de nouveaux délits et de nouvelles sanctions concernant la prostitution, la mendicité, les gens du voyage, les squatteurs, les rassemblements dans les halls d'immeubles, les menaces, le hooliganisme, l'homophobie ou le commerce des armes. Elle octroie par ailleurs de nouveaux pouvoirs aux forces de l'ordre comme l'élargissement de certains fichiers, des modifications des conditions de garde à vue, etc.

Les principales conceptions juridiques de la prostitution, rapport aux Travailleurs du sexe

La prostitution intéresse les autorités sur le plan fiscal, moral et sanitaire. Les politiques des pouvoirs temporels et religieux sont connues et expérimentées depuis longtemps. Toute politique vis-à-vis de la prostitution est difficile à cause de la difficulté de prouver qu'une relation sexuelle a eu lieu suite à un échange d'argent.