Notes de Prod. : Les vacances de Mr Bean

    en DVD le 25 Octobre 2007

Entretien avec Rowan Atkinson

Dix ans se sont écoulés depuis le succès du film original, Bean. Pourquoi a-t-il fallu si longtemps pour faire la suite ?
En fait, à l’origine, nous n’avions pas prévu de faire une suite. Nous en avions l’envie, mais la concrétiser a été assez compliqué parce que je voulais faire quelque chose de différent. À l’époque du premier film, en 1997, j’incarnais Mr. Bean depuis déjà huit ans et je souhaitais passer à autre chose. C’est pour cette raison que j’ai fait Johnny English.

Combien de concepts avez-vous envisagés avant de retenir celui des vacances ?
Entre la première réunion pour discuter d’un second film avec Mr. Bean et la sortie des Vacances De Mr. Bean, il s’est écoulé à peu près deux ans et demi. Mais pendant ces deux ans et demi, il y a eu beaucoup de changements. Tout a commencé par un titre, «Mr. and Mrs. Bean», et l’idée de quelque chose qui ressemblerait à une comédie romantique. Mais nous avons finalement eu le sentiment que ce serait sans doute un peu trop léger. Nous avions envie de quelque chose de plus simple tout en étant plus sophistiqué... C’est là que l’acteur et scénariste Simon McBurne y est arrivé avec l’idée d’un voyage à travers la France, et du rêve de Mr. Bean, une plage dans le sud de la France... Je crois que la grande différence entre ce film et le précédent est que Mr. Bean est actif. Dans le premier film, il ne faisait que réagir, alors qu’ici, tout vient de son idée, et de sa décision de faire ce voyage... Et bien sûr, la route ne sera pas aussi facile que ce qu’il espérait.

Quelle est la plus grande source d’humour dans ce voyage ?
Nous aimions l’idée de situer le périple en France et de placer ainsi Bean dans un monde dont il ne parle pas la langue. Cela signifiait qu’il ne parlerait pas, et nous aimions bien ce concept. La plupart des paroles prononcées dans le film sont du français ou du russe. Le garçon ne parle que russe, la fille qui les rejoint dans leur voyage, Emma De Caunes, ne parle que français - du moins jusqu’à ce qu’elle découvre assez tardivement que Bea n est anglais... L’idée de la France était séduisante parce que c’était une excellente excuse pour présenter, dans le cadre de la réalité, un film plus visuel que parlé, et aussi parce que nous aimions la notion de paysage en perpétuelle évolution. Il y avait la possibilité d’une grande variété de situations. Nous pouvions intégrer à la narration une grande variété géographique, et cela signifiait non seulement qu’il faudrait tourner dans des lieux différents, mais que cela offrait toute une palette de situations différentes, et les possibilités de comédie en étaient multipliées. C’était vraiment ce que je voulais.

Comment le scénario a-t-il été construit ? Avez-vous cherché à créer des situations physiques pour Mr. Bean ? Quel contrôle avez-vous eu personnellement sur le scénario ?
Je ne suis pas vraiment scénariste mais j’ai un sens visuel très poussé quant à ce qui touche à Mr. Bean et aux situations dans lesquelles je pense judicieux de le placer. Cela contribue à guider tous ceux qui travaillent sur l’écriture. J’agis comme une sorte de guide pour le scénario plus que comme un scénariste, et une fois qu’une idée est suggérée, je participe à son développement. Par exemple, si on a une scène qui se déroule sur une place de marché, je réfléchis à ce qui peut «Mr. and Mrs. Bean», se passer en gardant constamment à l’esprit l’importance de l’histoire. C’est l’histoire qui prime en permanence. Ce qui compte réellement, c’est de se demander où va aller Bea n après ou le but qu’il doit atteindre sur ce marché. Ici, il doit s e procurer de l’argent parce qu’il n’en a pas. Comment va-t-il en trouver ? Il peut jouer de la musique. Comment va-t-il faire ? Vous commencez à enchaîner les idées tout en gardant à l’esprit la globalité de la scène. Le tout doit aussi conduire à la suite d e l’histoire. La grande leçon que nous avons tirée du premier film est que le public ne s’intéresse pas aux plaisanteries gratuites .

Quelle a été la participation du scénariste Richard Curtis ?
Pour être honnête, elle n’a pas été très poussée. Nous lui avons montré certains plans. C’était son idée d’impliquer Simon Mcburney très en amont, et ce film est vraiment l’idée de Simon. Richard n’a pas réellement participé à l’écriture. Il a suivi, il a survolé, il donnait à l’occasion des conseils.

Étant donné le titre du film et le fait qu’il se déroule en France, doit-on y voir un hommage direct au légendaire acteur comique français Jacques Tati et à son film, Les Vacances De Mr. Hulot?
Nous avons longuement hésité sur le titre, parce que je craignais qu’on prenne notre film pour un équivalent moderne de celui de Tati. Or le nôtre est très éloigné du sien, parce que Mr. Bean est très différent de M. Hulot. Mr. Bean est un personnage bien moins plaisant. l est plus méchant, plus agressif, plus égoïste, centré sur lui-même. M. Hulot était un homme d’âge moyen aux manières douces, Mr. Bean est davantage comme un enfant. M. Hulot était innocent également, mais pas comme un enfant. Personnellement, j’ai moins été influencé qu’inspiré par le type de comédie de Jacques Tati et par Les Vacances De M. Hulot . J’ai vu le film quand j’avais 17 ans. Il a eu une grande influence sur moi, mais il s’est écoulé plusieurs années avant que je commence à prendre la comédie visuelle au sérieux. Je n’avais que 24 ans quand j’ai commencé à faire Mr. Bean sur scène. Il ne s’appelait même pas encore comme cela, mais le personnage ne parlait déjà p as et s’exprimait seulement visuellement. Richard Curtis et moi l’av ions développé pour un spectacle de one-man show au théâtre en 1 979. Ce n’est que dix ans plus tard qu’il est passé à la télévision ave c les programmes d’ITV, puis au cinéma en 1997. Mr. Bean a donc une histoire longue et pleine de hauts et de bas.

Aimez-vous jouer Mr. Bean, même si vous dites qu’il n’est pas quelqu’un de très gentil ?
J’adore le jouer et je crois que je le connais très bien ! Je trouve facile de le jouer, et j’aime cette excentricité, cette curieuse façon de se montrer intéressé. Il est comme un enfant, et de la même façon, il éprouve cette tension dans sa personnalité entre le désir de se conformer à la norme, de faire ce qu’on attend d’un adulte, et celui de faire ce dont il a envie - il est quelque part entre le conformisme et le non-conformisme. C’est une chose que j’éprouve moi-même souvent. S’il y a un parallèle entre moi et Bean, il est là, dans cette sorte de lutte intérieure. Ce désir de courir tout nu dans la rue et celui de porter un costume et de marcher normalement...

Éprouvez-vous parfois le besoin de parler quand vous incarnez Bean ? Le dialogue vous manque-t-il quand vous créez l’histoire ?
Parfois, oui. Quand je joue le personnage, le dialogue ne me manque pas, mais quand on crée un film, que l’on élabore u ne structure narrative qui doit fonctionner, cela devient très frustrant. Comment dire «allons à la gare», par exemple ? Un plan de la gare, un regard de désir, un mouvement vers la gare. La construction visuelle est bien plus travaillée en termes de narration. Du point de vue de la construction d’un film, raconter une histoire uniquement au moyen d’images est très difficile et demande énormément de temps. Tourner une scène qui raconte une histoire de manière visuelle coûte bien plus cher que de le faire de façon verbale.
Cela explique que j’aime mieux jouer le personnage que faire u n film. Je n’aime pas tellement jouer Mr. Bean au cinéma parc e que je trouve que faire fonctionner son type d’humour dans un film est assez stressant. C’est une grosse source de souci. Particulièrement quand une si grande partie de la narration repose sur moi en tant qu’acteur et interprète. Je sais que je n’ai pas de camarade dans le film, pas d’autre acteur, personne à qui parler. Il y a d’autres interprètes et ils contribuent remarquablement, mais au final le fardeau, la responsabilité de faire en sorte que le tout fonctionne repose uniquement sur moi, et je ne trouve pas ce la confortable du tout.

Pensez-vous que vous en avez fini avec Mr. Bean ?
Probablement... Mais je ne dirai jamais «c’est fini pour toujours» ! Simplement, à l’heure actuelle, le retrouver me paraît peu probable. Je ne peux pas envisager un bon scénario dans lequel je le jouerais à nouveau. Mais qui sait ?

Notes de production

Rowan Atkinson, acteur couronné, scénariste et cocréateur du personnage avec Richard Curtis, explique : «Nous avons toujours été convaincus que nous ferions un autre film avec Mr. Bean, mais nous voulions qu’il soit très différent du premier. Le premier film a dix ans, et il aurait sans doute été logique d’en faire un second deux ou trois ans après, mais nous avons préféré prendre le temps d’y réfléchir et de bien faire les choses.»
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 88 088 entrées
  • Cumul IDF : 223 333 entrées

  • 1ère semaine France : 383 904 entrées
  • Cumul France : 1 066 963 entrées