Pour
Pippa Lee,
Rebecca Miller a opéré un véritable retour aux sources puisqu’elle a tourné à New Milford et Danbury, dans le Connecticut, où elle a grandi. «Il y avait quelque chose de vraiment surprenant à redécouvrir ces paysages que je connais par cœur», dit-elle.
«Et en même temps, cela représentait un avantage exceptionnel pour moi. C’était là que j’avais situé l’action du film, précisément parce que je connaissais intimement les lieux.» Il y a eu très peu de répétitions car Miller avait beaucoup travaillé en amont du tournage. «Nous avons répété quelques jours avec Alan et Robin, mais cela nous a pris très peu de temps», remarque-t-elle. «Je ne suis pas très férue de répétitions. Je pense que si l’on joue trop, on peut perdre ce moment de grâce où l’on interprète un rôle devant la caméra, et où il se passe quelque chose de magique.» Pourtant, l’équipe de production avait encore du pain sur la planche. Le tournage a débuté le 14 avril 2008 et s’est étalé sur 7 semaines. Pour un fi lm à petit budget, l’équipe devait tout de même parcourir une trentaine de lieux différents, y compris des décors construits spécialement pour les besoins du tournage et installés sur le site d’une ancienne usine. «Nous avions un décor énorme, mais pas aussi fonctionnel qu’un studio», s’amuse la productrice
Lemore Syvan. «Concrètement, nous étions les uns sur les autres. Entre les costumes, les accessoires, les éclairages et le matériel de tournage, l’ensemble ressemblait surtout à un camp de réfugiés.»
Ceci dit, Miller et son équipe devaient affronter un autre défi : mêler le passé et le présent pour donner vie à une continuité chronologique. En insufflant de la vie aux différents mondes de
Pippa Lee, l’équipe de production se devait de créer un cadre unique dans lequel pourrait s’intégrer un personnage central interprété par deux comédiennes différentes. «C’était un énorme défi à relever que de conserver l’harmonie de l’histoire tout au long du film», explique Miller.Miller, qui a étudié les beaux-arts, a travaillé elle-même avec Quinn pour déterminer la palette de couleurs du film. «Je n’ai pas travaillé de la même façon que sur mes précédents longs métrages», conclut Miller, qui tourne en général caméra à l’épaule. «Pour celui-ci, il me semblait que la structure scénaristique était tellement compliquée que je devais simplifier les choses sur le plan de la mise en scène. Il fallait que j’adopte une réalisation plus classique.»«mais bien sûr, c’est en cela que consiste mon travail. Sur ce film, c’était particulièrement délicat car il y avait toutes ces époques différentes à évoquer. Il y a trois périodes de temps définies durant lesquelles se déroule l’intrigue, des moments dont nous avions à montrer qu’ils étaient liés.» Alors que
Robin Wright Penn et
Blake Lively n’apparaissent jamais en même temps à l’écran, les deux comédiennes ont collaboré ensemble pour faire vivre leurs personnages. «Elles sont toutes les deux incroyablement subtiles et intelligentes, et se sont observées mutuellement», observe Miller. «Robin a étudié le jeu de Blake, le détail de ses gestes et de ses expressions. Et Blake a fait de même. Elles se sont inspirées l’une de l’autre.» Dans le film, les transitions entre les époques se sont faites en temps réel, devant la caméra, et n’ont pas reposé sur des effets spéciaux en postproduction. Concrètement, cela a impliqué une préparation minutieuse et un recours à des maquettes pour régler les mouvements d’appareil entre les décors qui ont été construits côte à côte. Pour passer du passé au présent, la caméra se contentait de glisser d’un décor où se déroulait l’action du jour J à un autre, qui symbolisait le passé. «Nous avons travaillé ainsi pour trois ou quatre transitions temporelles», explique
Declan Quinn. «Parfois, une seule caméra évoluait tout droit, mais il est arrivé aussi que deux ou trois mouvements de caméra soient fondus ensemble. Nous voulions que cela semble le plus naturel possible, afin que les spectateurs ne se rendent pas compte de ce qui se passait jusqu’à ce qu’on les entraîne dans une autre époque, une autre scène, une autre partie de sa vie.» «Je dois dire que c’était une des grandes satisfactions de ce film», poursuit Shaw. «Rebecca voulait vraiment essayer de nouvelles choses. Nous aurions évidemment pu faire cela en postproduction. Mais elle a insisté pour le réaliser de cette manière, pour que nous ressentions les choses différemment, ce que l’on voit rarement. Bien sûr, c’est beaucoup plus difficile pour les comédiens, et pour Declan. Nous n’avions pas beaucoup de budget, ni beaucoup de temps. En ce sens, il est réellement miraculeux que tout cela ait aussi merveilleusement fonctionné.»