Lettre à Anna : Au-delà du symboleAnna Politkovskaïa a commencé à devenir connue du monde entier pour ses articles critiques envers le pouvoir russe, notamment sur son rôle dans la guerre en Tchétchénie. Mais c’est davantage toutes les tentatives pour la faire taire, puis sa mort qui auront - finalement et malheureusement - creusé le sillon de sa renommée. Journaliste d’un titre indépendant de Russie, Novaïa Gazeta, depuis juin 1999, elle s’était engagée sur la situation de ce peuple tchétchène. Faisant de nombreuses fois le voyage sur place, pour rencontrer, apprendre, comprendre, elle en revenait avec des informations et des comptes-rendus sur le drame humain et politique qui s’y jouait. Elle y sera faite prisonnière par les militaires russes en 2001.
Comme elle le dit elle-même dans Lettre à Anna, elle n’avait aucun ami dans cette guerre : ni les Russes, ni les combattants Tchétchènes. Lors de la prise d’otages d’un cinéma à Moscou en 2002, alors que les terroristes tchéchènes la posent en négociatrice, elle sera, contre leur attente, sans parti pris.
Anna Politkovskaïa n’était pas là où tous les protagonistes l’attendaient. Si elle a été une icône de l’opposition au pouvoir russe actuel, ce symbole de la négation des libertés en Russie, ce n’est pas par bravoure ou par haine. Son engagement n’était pas politique, il était humain. Que ce soit à Beslan en 2004, où elle n’a pas eu le temps d’intervenir, empoisonnée dans l’avion, ou à Grozny et Moscou, seul le sang non versé compte pour elle. Seuls les faibles comptent. Qu’ils soient tchétchènes bombardés, mutilés, tués ou russes, ses valeurs ne conçoivent pas les frontières : ils sont victimes, otages, injustement accablés.
Elle sera leur voix. C’est là la force de Politkovskaia. Imparfaite, exigeante, dure au quotidien, son incroyable courage tient du fait qu’elle était animée d’un féroce besoin de justice et de vérité. Elle y puisait obstination et volonté, ces qualités qui l’ont faite incarner la noblesse du métier de journaliste : montrer, analyser, oser dire.
Quand elle apparaît à l’écran, nous sommes deux ans avant sa mort. Mais tout est déjà en place jusqu’à sa détermination d’aller au bout, son voile de tristesse qui ne la quitte pas depuis qu’elle a vu l’horreur en Tchétchénie. Jusqu’à sa sérénité. Apparaît à l’écran une femme prête, qui sait exactement le danger qu’elle encourt.
S’il nous plonge dans les coulisses d’un pays où l’assassinat d’opposants au régime est régulier, Lettre à Anna ne se veut pas seulement dénonciation de pratiques iniques. C’est un voyage en tête-à-tête avec Anna qu’il nous propose, une rencontre intime avec celle qui n’avait pas d’autre alternative que d’aller au bout de ses convictions. Se racontant elle-même ou racontée par ses proches et concitoyens, elle devient autre chose qu’un événement atroce. Elle reprend vie. Note du réalisateur de Lettre à AnnaJe souhaitais réaliser un film totalement différent, un film sur la liberté. Puis est arrivé le 7 octobre 2006…
J’ai appris la mort de Politkovskaïa sur mon autoradio et j’ai immédiatement pensé aux enregistrements que j’avais dans lesquels elle apparaît. Certaines de nos conversations avaient pris un ton très personnel. Qu'ont-ils pensé de Lettre à Anna ?« Lettre à Anna est un film sans aucun pathos. Qui n’a pas besoin d’effets spéciaux. Au contraire, il est sobre et factuel. Néanmoins, le film est fascinant, on pourrait presque dire captivant. (…) Ceux qui ont lu le journal d' Anna Politkovskaïa savent que ses écrits sont une analyse approfondie et réaliste de la situation dans son pays, dépourvus de tout fanatisme. Le procèsLe 19 février 2009, après trois mois de procès, les jurés du tribunal militaire de Moscou acquittaient les trois hommes accusés d’avoir pris part à l’assassinat de la journaliste. Selon eux, l’enquête n’a réussi à prouver l’implication d’aucun des suspects. Les frères Djabraïl et Ibraguim Makhmoudov et l’ancien policier, Serguei Khadjikourbanov, accusés d’avoir organisé l’assassinat et poursuivis pour “meurtre”, risquaient la prison à vie. |
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