"Les combattants d'Iwo Jima ont donné leur vie pour défendre leur pays et retarder autant que possible l'occupation du Japon par les forces américaines", explique
Clint Eastwood, qui commença le tournage de
Lettres D’iwo Jima sur la lancée de
Mémoires De Nos Pères. "Je pense qu'il est important d'expliquer ce que furent ces hommes."
En réalisant le diptyque
Mémoires De Nos Pères/
Lettres D’iwo Jima, Eastwood souhaita jeter un double éclairage sur cet épisode décisif de la Guerre du Pacifique, à travers les destinées d'une poignée de personnages, et se démarquer du film de guerre classique :
"Dans la plupart ceux que j'ai vus au cours de ma jeunesse, il y avait les bons d'un côté, les méchants de l'autre. La vie n'est pas aussi simple, la guerre non plus. Nos deux films ne parlent ni de victoire, ni de défaite. Ils montrent les répercussions de la guerre sur des êtres humains dont beaucoup moururent bien trop jeunes."
En développant
Mémoires De Nos Pères, le réalisateur entreprit des recherches détaillées sur le déroulement de la bataille d'Iwo Jima et ses enjeux humains et stratégiques :
"J'ai été fasciné par le système de défense extraordinairement original que le général Kuribayashi avait mis en place sur l'île. Les Américains n'arrivaient pas à comprendre comment les Japonais pouvaient résister à des bombardements aussi intenses."
Kuribayashi s'était vu confier une mission impossible : repousser la vase armada américaine. Il inventa une stratégie défensive qui tirait pleinement parti de la configuration de cette île volcanique, en créant un réseau de tunnels de près de 30 kilomètres, reliant 5000 cavernes et casemates d'où la petite armée japonaise prendrait pour cible un adversaire largement supérieur en nombre comme en moyens. Il exigea que chacun de ses soldats tue dix ennemis avant d'être tué. Opposé à la guerre contre les États-Unis - pays pour lequel il avait une profonde et durable affinité -, il n'en combattit pas moins avec passion jusqu'au bout.
Clint Eastwood :
"Je me suis demandé quel genre d'homme il avait été pour défendre cette île avec autant d'acharnement que d'habileté. En enterrant ses défenses, en installant un dispositif souterrain, il s'écartait radicalement de la tactique japonaise habituelle, consistant à protéger les plages et faire donner l'artillerie lourde depuis le large. Cette approche n'aurait pas convenu ici, mais cela n'empêcha pas nombre de ses subordonnés de croire que Kuribayashi était devenu fou."
Pour cerner la personnalité de ce général hors norme, Eastwood se fit traduire plusieurs livres japonais et découvrit à cette occasion un recueil de lettres de Kuribayashi d'une valeur inestimable : "Picture Letters From Commander In Chief", collationné par Tsuyuko Yoshida et publié aux éditions Shogakukan-Bunko.
Clint Eastwood :
"Ces missives étaient adressées à sa femme, à sa fille et à son fils. Beaucoup provenaient des États-Unis, où Kuribayashi avait séjourné à la fin des années Vingt et au début des années Trente. On y découvre un homme très sensible, focalisé sur sa famille, qui lui manquait cruellement."
En étudiant ce recueil, la scénariste
Iris Yamashita, Américano-japonaise de la deuxième génération, fut tout aussi intriguée par la personnalité du général :
"Je pense avoir ressenti la même impression que Clint lorsqu'il découvrit les lettres qui lui ont inspiré ce film. On avait peine à imaginer que cet homme, ce père, si tendre, si affectueux, avait commandé les forces japonaises à Iwo Jima. Ses lettres étaient pleines de petits dessins, de caricatures, de notations humoristiques. Il était clair que Kuribayashi adorait son fils et souffrait d'en être éloigné."
Clint Eastwood :
"C'était un homme profondément original dont tous les témoins ont souligné l'imagination, la créativité et l'ingéniosité.
"Les jeunes conscrits dont il avait la charge ressemblaient à leurs homologues américains et aux soldats de toutes les armées. Ils n'avaient pas choisi cette guerre, on les avait envoyés là-bas sans leur cacher qu'ils n'avaient guère de chance d'en revenir. Ce n'est pas quelque chose qu'on peut dire de but en blanc à un Américain. La plupart des gars partent au combat en se disant "Bon, ça sera dangereux, mais je pourrais peut-être m'en tirer et reprendre une vie normale." Tel n'était pas le cas pour ces jeunes Japonais, condamnés selon toute probabilité à mourir sur cette île. J'ai beaucoup de mal à comprendre cette mentalité, mais je m'y suis efforcé en lisant tout ce que j'ai pu trouver sur ces hommes et leurs expériences."
Iris Yamashita se sentit immédiatement très proche des soldats que le destin avait réunis sur l'île : "Le scénario a pris vie d'un coup, comme dicté par ces personnages avides de nous raconter leur histoire."
Iris Yamashita avait été amenée par
Paul Haggis, scénariste de
Million Dollar Baby et coscénariste de
Mémoires De Nos Pères, cosignataire du sujet original et producteur exécutif de
Lettres D’iwo Jima.
Paul Haggis :
"Chaque fois que Clint me parlait de ce diptyque, son visage s'illuminait. Il a adoré faire ces recherches, explorer cet épisode, y dénicher des détails ignorés, des moments inattendus, parfois teintés d'humour, et illustrer du point de vue japonais les événements dont l'île avait été le théâtre."
"C'est Paul qui a trouvé Iris et l'a amenée à écrire ce scénario qui fait honneur aux hommes dont nous avons essayé de retracer l'histoire", explique Eastwood.
Eastwood et le producteur
Robert Lorenz se rendirent au Japon pour présenter le travail de Yamashita, laquelle s'était d'abord attachée à respecter scrupuleusement la vérité historique.
Robert Lorenz :
"Nous avons consulté divers experts pour vérifier l'authenticité des événements rapportés dans le script. Par l'entremise de William Ireton (Président de Warner Entertainment Japan), Clint et moi avons pu rencontrer le petit-fils du général Kuribayashi, le fils du Baron Nishi et le directeur de l'Association des Anciens Combattants d'Iwo Jima. Tous ont accueilli le projet avec enthousiasme et nous ont livré des commentaires et informations qui ont encore renforcé la véracité du script."
"
Lettres D’iwo Jima est un projet novateur et totalement inédit pour moi. J'espère avoir contribué à préserver la mémoire des personnages sans qui cette histoire n'aurait jamais vu le jour", note pour sa part
Iris Yamashita.
Durant son premier voyage au Japon, Eastwood obtint du Gouverneur de Tokyo Shintaro Ishihara l'autorisation de tourner une partie du film sur Iwo Jima (l'île étant rattachée administrativement à la Ville de Tokyo bien qu'elle en soit distante de plus de 1100 kilomètres.) Le Gouverneur, ancien comédien, metteur en scène et écrivain renommé, soutint activement Eastwood dans sa démarche.
Clint Eastwood :
"Il était tout à fait favorable à ce que nous tournions certaines scènes sur l'île, à condition d'en respecter la zone consacrée. C'est pourquoi les effets pyrotechniques ont été réalisés sur les plages d'Islande, durant le tournage de
Mémoires De Nos Pères."
Les autres extérieurs seraient filmés quelques mois plus tard, en équipe réduite, avec
Ken Watanabe dans le rôle de Kuribayashi.