Notes de Prod. : Little New York

    en DVD le 06 Janvier 2010

Interview avec James Demonaco

Dans quelle mesure ce film est-il plus personnel que vos précédents scénarii ?
J’ai grandi à Staten Island, un coin très particulier de New York, qui a toujours été considéré comme un « sous-quartier » et qui suscite beaucoup de moqueries de la part des New-Yorkais. Inutile de dire qu’en grandissant là- bas, on développe un sacré sentiment d’infériorité vis-à-vis de New York. J’ai toujours eu envie d’écrire là-dessus, de partir du regard que j’avais, enfant, sur les gratte-ciels de Manhattan, qui me paraissaient si proches et en même temps si loin de nous – nous n’y allions jamais. Quand j’avais neuf ans, dans mon esprit, tous les New-Yorkais étaient riches et célèbres, tous étaient des gens « importants » par rapport aux cols bleus insignifiants de Staten Island. C’est de là que m’est venue l’idée du film : montrer comment l’en- droit où l’on grandit influence notre personnalité, et faire de Staten Island une métaphore de notre quête de sens.

Comment la construction du film a-t-elle évolué, du scénario au montage ?
Les trois personnages du film sont venus naturellement : Jasper est inspiré d’un vieil épicier qui m’a initié très jeune aux paris – d’où les courses de chevaux. Et comme je voulais donner un côté « chaplinesque » à ce personnage, j’en ai fait un sourd-muet. J’ai également grandi avec des mafieux à tous les coins de rue – il y a une vraie concentration de mafieux à Staten Island, plus qu’ailleurs. J’ai choisi de faire de Parmie Tarzo un chef de mafia très archétypal pour mieux renverser le cliché, et montrer ce qu’il y a de différent chez « nos » mafieux. Sully, enfin, est chargé de vidanger les fosses septiques, un classique de l’Etat de New York. Ce qui réunit ces personnages, c’est une forme de désespoir : j’ai d’abord envisagé d’entrecroiser leur histoire respective, mais j’ai finalement décidé de les exposer en parallèle, pour mieux les réunir à la fin du film. Il s’est aussi passé quelque chose d’assez fascinant au montage : à la base, on commençait avec l’histoire de Sully, interprété par Ethan Hawke. Nous avons finalement choisi de démarrer avec le mafieux, car nous avons réalisé que son histoire influençait celle des deux autres personnages, et que nous en avions besoin très tôt pour donner plus de sens à l’ensemble. C’est ce qu’il y a de fascinant avec le montage : on peut réécrire le film !

Little New York s’ouvre avec une présentation de Staten Island sur un ton typique des actualités Pathé : pour mieux introduire les différentes ambiances du film, entre humour et film noir ?
Oui. Je savais que le mélange de ces différentes tonalités – il y a aussi du drame dans le film – représenterait un vrai défi au montage. Du coup, il nous paraissait essentiel de montrer très tôt au spectateur que le film jouerait sur ces différents genres. J’adore les films qui parviennent à mêler plusieurs tonalités : à mon sens, c’est un reflet beaucoup plus fidèle de la vie, qui est rarement 100% dramatique ou 100% drôle.

Vous flirtez même avec la science-fiction via la clinique fréquentée par Sully et sa femme pour leurs problèmes de fertilité ...

Nous nous sommes d’ailleurs demandé jusqu’où il fallait pousser cet élément. Mais en faisant des recherches sur le sujet, je me suis aperçu que nous n’étions pas très loin de ce qu’imagine le film. Du coup, nous avons choisi de le présenter de façon très réaliste, sans émettre de doute sur la crédibilité de cette avancée médicale. Je dirais que le film n’a qu’une dizaine d’années d’avance sur la réalité.

Vous jouez beaucoup avec le spectateur à travers de petits détails qui prennent, après coup, une réelle signification dans l’histoire : les boutons de chemise ou les chaussettes rouges...
Effectivement, j’aime beaucoup cette idée de petits détails qui influent sur la grande histoire. J’ai donc cherché pour chacun des personnages un « indice » qui prendrait peu à peu de l’ampleur dans le film. Il me semble qu’on néglige trop souvent l’importance de ces petites choses qui en disent long : par exemple, le fait que Mary passe son temps à sentir la peau de son mari contribue à construire son personnage. La difficulté, pour moi, était de faire en sorte que les gens prêtent attention à chacun de ces détails la première fois qu’ils les voient dans le film. Pour être sûr qu’ils en mesurent toute la signification par la suite. Du coup, je me suis beaucoup demandé au montage combien de fois il fallait montrer les chaussettes rou- ges, par exemple, pour que cela fasse « tilt » chez le spectateur.

Beaucoup d’informations passent également par la composition du cadre, très travaillée...
J’ai passé des mois à en parler avec mon chef-opérateur, et nous avons décidé d’adapter le cadre à chacun des personnages : nous pouvions d’ailleurs jouer avec les silhouettes des acteurs, très différentes les unes des autres. Pour Parmie, nous avons renforcé le côté imposant du personnage, tandis que l’esprit « chaplines- que » de Jasper supposait des plans fixes, un peu comme si l’on regardait un film muet. De façon générale, l’idée était de limiter les mouvements de caméra : je ne suis pas vraiment fan de la tendance actuelle du cinéma américain, qui consiste à bouger la caméra dans tous les sens, sans que cela se justifie, simplement pour faire « cool ». L’autre idée maîtresse était de compo- ser des univers au sein desquels les personnages auraient l’air un peu per- dus, pour exprimer, via le cadre, leur sentiment « d’insignifiance ».

Vous jouez aussi beaucoup avec les couleurs dans le film...
Je ne voulais pas que le film soit trop déprimant. L’idée était donc de partir d’une palette naturaliste, à laquelle nous avons ajouté des touches de couleurs éclatantes, notamment du jaune et du rouge, via la cravate de Parmie ou les chaussettes de Jasper. Je suis un grand amoureux de Fellini et c’était une façon d’apporter un peu de son univers au film.

Revenons au personnage de Parmie, mafieux type : quelles étaient vos références au moment d’écrire le rôle ?

Je me suis énormément inspiré des mafieux avec qui j’ai grandi... qui empruntent eux-mêmes beaucoup au cinéma, notamment Les Affranchis de Scorsese. Ce sont de vrais fans du film, il y a donc un aller et retour permanent entre la réalité et la fiction. J’ai moi aussi mêlé les deux, en imaginant que Parmie adorait Le Parrainet qu’il s’en inspirait. Mais l’idée de base a toujours été de mettre en place un vrai cliché pour mieux le faire exploser : parce qu’ils partagent le désespoir des habitants de Staten Island, les mafieux du quartier ne sont pas sem- blables aux autres. D’où l’idée du « tree-seating », l’une des premières que j’ai eues pour le personnage, après avoir lu un article consacré à une jeune femme qui était restée per- chée dans un arbre pendant 50 jours – et qui était d’ailleurs parvenue à sau- ver « sa » forêt.

Vincent d’Onofrio, qui incarne Parmie, est connu pour des rôles relativement inquiétants : est-ce ce qui a motivé votre choix ?
C’est d’abord un Italo-Américain qui n’a encore jamais joué de rôle de mafieux, et ça, c’est extrêmement rare dans le cinéma américain ! Comme nous voulions apporter de l’originalité au personnage, il n’était pas question de refaire Les Sopranoou Les Affranchis. Vincent est un type imposant, mais en même temps, il dégage quelque chose d’étrange – il adorerait m’entendre dire ça ! – ce qui est justement le cas du personnage de Parmie. Il avait en lui tout ce qu’il nous fallait : le gabarit très intimidant, mais aussi la petite lueur dans le regard qui rend crédible que ce type se retrouve perché dans un arbre ! Ethan Hawke jouait dans le remake d’Assaut sur le Central 13, que vous avez écrit : que vous a-t-il inspiré à l’époque qui vous motive à lui offrir le rôle de Sully ? Sully est un ouvrier sujet à l’introspection, ce que l’on n’a pas forcément l’habitude de voir au cinéma. J’ai beaucoup sympathisé avec Ethan sur le tournage d’Assaut, et je savais qu’il serait capable d’incarner les deux facettes de ce personnage : il y a une vraie vulnérabilité chez lui. Il est aussi capable de jouer la simplicité, un registre dans lequel on ne l’a pas encore forcément vu. Qu’en est-il pour Seymour Cassel ? Je dois avouer que l’idée de Seymour vient de mes producteurs français qui avaient travaillé avec lui il y a une vingtaine d’années. Mais je l’ai trouvé parfait pour le rôle : même si son visage est familier, on peut tout à fait imaginer qu’il travaille dans une petite épicerie. Il a apporté beaucoup au personnage, qui ne devait pas être trop « mignon », ni inspirer trop de pitié, et Seymour lui a donné toute sa complexité. C’est un pro – il a commencé avec Cassavetes – à tel point que cela a été un vrai casse-tête de choisir ses prises au montage : elles sont toutes parfaites !

Que recherchiez-vous du côté des personnages féminins ?
J’ai toujours souhaité accorder autant d’importance à Mary, la femme de Sully, qu’aux trois personnages principaux : c’est elle la plus sensée, elle sait ce qu’elle veut – contrairement aux hommes du film, qui se cherchent en permanence – elle a trouvé son bonheur et elle sait le vivre pleine- ment. C’est un personnage pivot, qui représente aussi le point de vue du public, et c’est la raison pour laquelle je tenais à finir le film avec elle.

Qu’aimeriez-vous que le public retienne de votre film ?
J’espère que les gens se reconnaîtront dans le désespoir de ces trois personnages, et dans leur quête de sens. J’aimerais que la métaphore de Staten Island vs New York parle au public, et qu’elle les amène à se demander ce qu’est leur idée d’une vie accomplie : avoir un enfant, marquer l’histoire de son nom, ou gagner beau- coup d’argent... C’est différent pour chacun. Ce qui est ironique, c’est que je ne suis même pas sûr que le film sera projeté à Staten Island : on n’y joue pas souvent des films indépendants, il faudra donc probablement aller à New York pour le voir !

Sur le tournage...

02 Mars 2007 : Ethan Hawke à l’affiche de Staten Island !
Ethan Hawke décroche le premier rôle. L’acteur, que l’on a pu voir récemment dans Fast Food Nation et Lord Of War, sera la tête d’affiche du premier long-métrage de James Demonaco, un drame baptisé Staten Island dont les grandes lignes du scénario racontent une lutte musclée entre trois voisins. Le reste du casting n’a pas encore été dévoilé.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • Paris 14h : 557 entrées
  • 1er jour IDF : 4 217 entrées
  • 1ère semaine IDF : 25 316 entrées
  • Cumul IDF : 42 662 entrées

  • 1ère semaine France : 58 633 entrées
  • Cumul France : 87 328 entrées