Notes de Prod. : Loin de sunset Boulevard

Paroles de Vladilen Arseniev (Président Film, Moscou)

«Commencée dans les années 30, l’histoire s'achève au milieu des années 80, pendant la "perestroika". Mais même l'arrivée des temps nouveaux est incapable d'exterminer la peur qui habite la conscience des personnages du film. C’est la même chose pour la conscience de la société à laquelle ils appartiennent, et qui reste toujours empreinte des atavismes homophobe et totalitaire.

Pour comprendre ce film il faut connaître les relations de l'Etat soviétique avec les minorités sexuelles, devenues une des cibles principales de l'appareil répressif. Mansurov et Dalmatov rentrent en URSS juste au moment où la pour- suite des homosexuels devient la norme officielle. Le 7 mars 1934, dans le Code pénal de la Fédération de Russie, apparaît l’article 154, bientôt étendu à toutes les républiques soviétiques.

L'homosexualité était considérée comme un crime passible de huit ans de prison. Les homosexuels emprisonnés étaient très mal traités en prison, parfois tués comme des “sous-hommes” avec l'approbation secrète de l'administration pénitentiaire. Aujourd'hui en Russie, l'homosexualité n’est plus punie par la loi, mais le sort réservé aux gays dans les prisons reste identique. Parmi ceux qui approuvaient la poursuite des homosexuels, il y avait le célèbre «écrivain prolétarien» Maxime Gorki, qui assimilait l'homosexualité au fascisme.

C’est dans cette atmosphère que vivaient les plus grands réalisateurs homosexuels russes – Serguei Eisenstein, qui a servi de prototype à Mansurov et Grigory Aleksandrov pour Dalmatov. Le premier a été quasiment détruit par le régime, le second s'est transformé en metteur en scène “officiel” du cinéma stalinien.

Selon les archives judiciaires, des milliers d’homosexuels ont été emprisonnés en URSS. Pendant la perestroika leur nombre a diminué et en 1993 l'article a été supprimé du Code pénal russe. Mais, malheureusement, il est impossible de "supprimer" l’homophobie, elle occupe toujours une place solide dans la conscience de la société russe, et aujourd'hui un film comme Loin De Sunset Boulevard est toujours considéré comme provocation, faisant peur aux distributeurs et au grand public. »

Entretien avec Igor Minaiev

Pouvez-vous d’abord nous dire quelle est la genèse du film. D’où est venue l’idée ?
L’idée, c’est d’abord mon intérêt énorme pour le cinéma soviétique. Je pense que malgré tous les changements, la véritable histoire du cinéma soviétique n’est toujours pas écrite. Bien sûr on a des milliers de volumes écrits sur cette histoire mais c’est selon le point de vue de l’époque. Maintenant on pourrait mettre les choses et les gens à leur vraie place et non pas dans un système de valeurs qui était réglé par l’idéologie de l’époque. Mais malheureusement ce travail, selon moi, n’a pas encore été fait.

Paroles de Frédéric Podetti (Adesif Productions, Paris)

« Loin De Sunset Boulevard représente dans la carrière d’Igor Minaiev un point d’aboutissement. Aboutissement notamment du regard qu’il porte depuis ses premiers films sur l’évolution de la société russe, à l’épreuve de l’histoire (la perestroïka, le stalinisme), de la levée des tabous (l’inceste, l’homosexualité) et de la violence quotidienne (la société, la famille, le couple). Mais aussi en ce qu’il veut retrouver à travers ce film, peut-être alors pour mieux en tourner la page, la tradition prestigieuse de ce cinéma soviétique, souvent novateur, disposant de moyens parfois colossaux, et produisant par moments (de Eisenstein à Tarkovski) un discours ambigu pour une société habile à voir et à entendre entre les lignes.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 1 534 entrées
  • Cumul IDF : 3 346 entrées

  • 1ère semaine France : 1 595 entrées
  • Cumul France : 1 595 entrées