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Loin De Sunset Boulevard représente dans la carrière d’
Igor Minaiev un point d’aboutissement. Aboutissement notamment du regard qu’il porte depuis ses premiers films sur l’évolution de la société russe, à l’épreuve de l’histoire (la perestroïka, le stalinisme), de la levée des tabous (l’inceste, l’homosexualité) et de la violence quotidienne (la société, la famille, le couple). Mais aussi en ce qu’il veut retrouver à travers ce film, peut-être alors pour mieux en tourner la page, la tradition prestigieuse de ce cinéma soviétique, souvent novateur, disposant de moyens parfois colossaux, et produisant par moments (de Eisenstein à Tarkovski) un discours ambigu pour une société habile à voir et à entendre entre les lignes.
Vivre dans la peur du lendemain et exprimer sur scène la joie de vivre, travailler dans la contrainte permanente et chanter les mérites de la société socialiste, tel était le lot de tous les artistes de l’époque stalinienne. L’intérêt majeur de cette histoire est donc de suivre le combat obstiné, parfois désespéré, de deux jeunes gens voulant assouvir leur appétit de création, tout en étant en proie à l’angoisse et à l’insécurité permanentes.
Loin De Sunset Boulevard donne une image tout à fait réelle de ce qu’était le cinéma soviétique dans les années 30, avec la remise en cause des avant-gardistes et la naissance du « réalisme socialiste ». Ce mouvement s’est accompagné de la mise en place d’une censure omni- présente et du désir du pouvoir de créer un Hollywood soviétique, en contrôlant de très près l’élaboration de chaque film depuis l’écriture du scénario jusqu’à la fin du montage, ainsi que le comportement des personnels employés.
Etrange époque qui, malgré la censure, la répression, et grâce au talent et à l’obstination de dizaines de Dalmatov, a vu la réalisation, au-delà de leur discours propagandiste, de très nombreux grands films, salués ici à sa manière, par le talent de Minaiev. C’est le sens aussi de la demande qu’il a faite à Tatiana Samoilova, l’actrice principale de
Quand Passent Les Cigognes, d’incarner courageusement Poliakova âgée, alors qu’elle-même est particulièrement diminuée, afin de boucler son entreprise à la fois réaliste et métaphorique, rendant hommage à tout un cinéma, en montrant à l’image l’impasse initiale dans laquelle s’était engagée alors toute cette création. »