Notes de Prod. : Loin de sunset Boulevard

Paroles de Frédéric Podetti (Adesif Productions, Paris)

« Loin De Sunset Boulevard représente dans la carrière d’Igor Minaiev un point d’aboutissement. Aboutissement notamment du regard qu’il porte depuis ses premiers films sur l’évolution de la société russe, à l’épreuve de l’histoire (la perestroïka, le stalinisme), de la levée des tabous (l’inceste, l’homosexualité) et de la violence quotidienne (la société, la famille, le couple). Mais aussi en ce qu’il veut retrouver à travers ce film, peut-être alors pour mieux en tourner la page, la tradition prestigieuse de ce cinéma soviétique, souvent novateur, disposant de moyens parfois colossaux, et produisant par moments (de Eisenstein à Tarkovski) un discours ambigu pour une société habile à voir et à entendre entre les lignes.

Vivre dans la peur du lendemain et exprimer sur scène la joie de vivre, travailler dans la contrainte permanente et chanter les mérites de la société socialiste, tel était le lot de tous les artistes de l’époque stalinienne. L’intérêt majeur de cette histoire est donc de suivre le combat obstiné, parfois désespéré, de deux jeunes gens voulant assouvir leur appétit de création, tout en étant en proie à l’angoisse et à l’insécurité permanentes.

Loin De Sunset Boulevard donne une image tout à fait réelle de ce qu’était le cinéma soviétique dans les années 30, avec la remise en cause des avant-gardistes et la naissance du « réalisme socialiste ». Ce mouvement s’est accompagné de la mise en place d’une censure omni- présente et du désir du pouvoir de créer un Hollywood soviétique, en contrôlant de très près l’élaboration de chaque film depuis l’écriture du scénario jusqu’à la fin du montage, ainsi que le comportement des personnels employés.

Etrange époque qui, malgré la censure, la répression, et grâce au talent et à l’obstination de dizaines de Dalmatov, a vu la réalisation, au-delà de leur discours propagandiste, de très nombreux grands films, salués ici à sa manière, par le talent de Minaiev. C’est le sens aussi de la demande qu’il a faite à Tatiana Samoilova, l’actrice principale de Quand Passent Les Cigognes, d’incarner courageusement Poliakova âgée, alors qu’elle-même est particulièrement diminuée, afin de boucler son entreprise à la fois réaliste et métaphorique, rendant hommage à tout un cinéma, en montrant à l’image l’impasse initiale dans laquelle s’était engagée alors toute cette création. »

Entretien avec Igor Minaiev

Pouvez-vous d’abord nous dire quelle est la genèse du film. D’où est venue l’idée ?
L’idée, c’est d’abord mon intérêt énorme pour le cinéma soviétique. Je pense que malgré tous les changements, la véritable histoire du cinéma soviétique n’est toujours pas écrite. Bien sûr on a des milliers de volumes écrits sur cette histoire mais c’est selon le point de vue de l’époque. Maintenant on pourrait mettre les choses et les gens à leur vraie place et non pas dans un système de valeurs qui était réglé par l’idéologie de l’époque. Mais malheureusement ce travail, selon moi, n’a pas encore été fait.

Paroles de Vladilen Arseniev (Président Film, Moscou)

«Commencée dans les années 30, l’histoire s'achève au milieu des années 80, pendant la "perestroika". Mais même l'arrivée des temps nouveaux est incapable d'exterminer la peur qui habite la conscience des personnages du film. C’est la même chose pour la conscience de la société à laquelle ils appartiennent, et qui reste toujours empreinte des atavismes homophobe et totalitaire.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 1 534 entrées
  • Cumul IDF : 3 346 entrées

  • 1ère semaine France : 1 595 entrées
  • Cumul France : 1 595 entrées