Dans tous ses films,
John Carpenter règle ses comptes avec une Amérique qu’il méprise notoirement. Pourtant, toute sa carrière repose sur un malentendu. A ses débuts, il ne se voyait tourner que des westerns, seul genre noble, car les hommes y sont droits, les idéaux purs et la nature inviolable. Mais, en 1978, il signe
Halloween. Réalisé avec un budget de 300.000 dollars, le film rapporte 75 millions et inspire une foule d’imitations.
Le voilà étiqueté roi de l’horreur. Or, ce passionné de politique voit une dimension critique en son œuvre. Quand en 1977, il tourne
New-york 1997, on ne retient qu’un thriller de science-fiction diaboliquement construit, avec une horreur nocturne omniprésente, jouant sur un hallucinant travail visuel. Mais pour lui, c’est une parabole politique, où le bien et le mal se mélangent avec pessimisme.
Vingt ans plus tard, il attaque LOS ANGELES 2013. Et c’est d'une fable politique dont il s'agit pour lui. Il y brocarde le monde artificiel d’Hollywood et de ses chirurgiens esthétiques, l’extrême droite, les faux révolutionnaires et les puritains qui sont en train de couler la démocratie américaine. Mais comme Carpenter est aussi un metteur en scène coup de poing, son LOS ANGELES 2013 a toutes les qualités d'un très bon film d’action. Avec ce qu’il faut d’humour.
Comme cette apparition de
Peter Fonda en surfeur fendant la ville, allusion à
Easy Rider. Cinéaste de genre, Carpenter est à sa façon un auteur. Il se sert du système, le contourne, pour mieux le dénoncer. Il est peut-être aujourd’hui le dernier rebelle californien. La preuve : il refuse d’arrêter de fumer !