Notes de Prod. : Lost in la mancha

    en DVD le 20 Avril 2004

Naissance du projet

"Le combat de Don quichotte est une croisade contre al réalité. La réalisation d’un film l’est également. En l’occurrence, la réalité l’a emporté sur le rêve." (Bernard Bouix, producteur exécutif)

Keith Fulton et Louis Pepe se souviennent encore de ce que Terry Gilliam leur avait dit avant qu’ils ne commencent le tournage de L’armee Des Douze Singes. "Je veux des témoins au cas où ça tournerait mal… " En juin 2000, Gilliam les appela pour leur dire que la production redémarrait pour de vrai. Soucieux de se renouveler, ils décidèrent d’aborder ce documentaire sous un nouvel angle, en s’intéressant avant tout à la pré production, étape souvent méconnue du grand public, en expliquant comment un projet aussi ambitieux se met en place. Leur choix fut donc de traiter de sujets inédits, notamment en montrant la tension des réunions dans les bureaux pour débloquer le budget en prévision du tournage.

Les images qu’ils filmaient prirent rapidement l’inquiétante tournure de Huit Et Demi de Fellini : une cacophonie dans les bureaux de production, une période de répétitions réduites au strict minimum, auxquelles aucun des acteurs ne s’étaient présentés, la promesse d’un plateau qui devient vite un cauchemar sur le plan acoustique, et, au milieu de tout ça, Terry Gilliam résolument optimiste, passant en revue les pantins gigantesques, les armures et l’équipe de figurants au physique de déménageur qui allaient jouer les géants. Les évènements qui devaient alors se dérouler rappelèrent à d’autres témoins des scènes bibliques. "A la veille du sixième jour de tournage, nous nous attendions à subir une pluie de crapauds" commenta Louis Pepe.

Ayant trouvé un financement indépendant et bénéficiant de l’entière collaboration de Gilliam et de ses producteurs, leur marge de manœuvre était illimitée. Grâce à leur complicité avec le cinéaste, ils abordèrent ce tournage de manière très originale. Gilliam accepta de porter un micro sans fil durant tout le tournage. Et même si Keith Fulton et Louis Pepe lui montrèrent comment le couper, il joua le jeu jusqu’au bout en le laissant toujours ouvert.

Lorsque la production commença à être sérieusement menacée, le travail de Keith Fulton et Louis Pepe devint de plus en plus embarrassant. Au lieu de présenter la chronique d’un film en cours de tournage, leur reportage prenait une toute autre tournure. Ils filmaient désormais l’échec inéluctable d’une grosse production cinématographique. L’histoire du film de Gilliam devenait l’histoire d’un homme qui tenait tant à réaliser son rêve qu’il était prêt à tout pour y arriver. Récit étrangement similaire à celui de ce fou de Don Quichotte qui se battait contre des moulins à vent.

Gênés par la nature des images qu’ils filmaient, Keith Fulton et Louis Pepe confièrent leur inquiétude à Gilliam. Il leur confirma qu’ils devaient continuer leur film quoi qu’il arrive et quel que soit le dénouement. " Ce projet a mis si longtemps à émerger et a été victime d’une telle malchance que quelqu’un doit en faire un film. Et parti comme c’est parti, ça ne sera pas moi. " La malédiction de Don Quichotte avait encore frappé.
Fulton et Pepe passèrent ensuite un an en post-production à reconstituer cette histoire à partir de 80 heures de rushs. Le montage ressemblait à une autopsie, révélant des évènements insignifiants sur le moment, mais qui s’avéraient, avec le recul, avoir mené la production droit à l’échec. Confrontés à la difficulté de qualifier un film qui n’existera peut-être jamais, les réalisateurs décidèrent d’intégrer les story-boards, d’organiser des lectures du scénario et d’insérer les quelques scènes filmées lors du bref tournage, dans l’espoir de donner vie au DON QUICHOTTE de Terry Gilliam.

Quand on lui demande son avis sur ce film qu’il ne visionne qu’avec douleur, Terry Gilliam répond : "Ca paraissait parfois bizarre de les voir filmer, mais ça aurait été pire s’il n’y avait eu personne pour le faire. Grâce à eux, il existe au moins une trace du tournage et des images qui pourraient encourager des investisseurs à se manifester. Grâce à Keith et Louis, DON QUICHOTTE n’est pas tout à fait mort." Il est actuellement en négociation avec les juristes de la compagnie d’assurance pour racheter le scénario et Johnny Depp a déclaré à la presse : "Si le projet reprend, j’accours dans la seconde !"