Notes de Prod. : Lost Persons Area

Note d'intention de Caroline Strubbe

J’ai voulu raconter une histoire où des personnages bien que très ancrés par leur travail dans le concret, ont tendance à fuir la réalité qui les rend anxieux et les troublent, même si certains ont finalement cette capacité à affronter leurs fantômes et, du coup, à changer le cours de leur destin. C’est ce qui m’a poussée à les réunir et à leur donner une histoire. Je voulais partager mon empathie pour ces gens qui se perdent dans des relations complexes et leur inaptitude à affronter des situations réelles vites impossibles pour eux. En préparant ce film,
j’ai beaucoup pensé à une photo d’Elliott Erwitt, on y voit trois personnes sur un simple banc, et d’autres qui scrutent le ciel, derrière il y a un grillage avec un panneau accroché, où on peut lire « Lost persons area », que font ces gens ? Ils attendent ? Espèrent ? Rêvent de partir au loin ? L’image est sobre et brute un peu comme mes personnages. Pour moi elle symbolise aussi la société individualiste moderne. Elle transcrit également la densité de l’esthétique que je souhaitais obtenir. Elle m’a donné la clé pour rendre les luttes intérieures des
personnages plus universelles et plus visuelles. Et c’est une des choses que j’ai voulu faire avec Lost Persons Area: une promenade dans la vie de gens vulnérables.

Entretien avec Caroline Strubbe

Comment êtes vous venue à la réalisation ?
Je crois que ça vient de mon tout premier rapport au cinéma, à l’école, dans le cadre d’un ciné-club. Ça m’avait donné l’effet de quelque chose de très réconfortant, à voir des vies qui m’étaient racontées sur un écran, tout en me sentant protégée par le fait d’être dans une salle de cinéma.

Zone libre

L’horizon à perte de vue. À peine obstruée par des pylônes électriques et une poignée de mobile-homes. Le paysage sur lequel s’ouvre Lost Persons Areaimpose déjà la marque d’un regard fort. Celui de Caroline Strubbe sur une humanité, toute entière incluse dans un panel de personnages. Marcus, chef de chantier de lignes à haute tension. Bettina, sa femme, Tessa, sa petite fille, Sobolz, un ingénieur hongrois et une poignée d’autres employés. Leur quotidien dans cette plaine quasi désertique est routinier mais traversé ici et là de quelques courts-circuits : Sobolz, ne serait-il pas secrètement amoureux de l’épouse de son meilleur ami ? Que veut se prouver Bettina à être la seule femme dans un environnement masculin ? Que se passe t’il dans l’esprit rêveur et vagabond de Tessa, gamine hypersensitive ?