Notes de Prod. : Ma place au soleil

    en DVD le 12 Novembre 2007

Entretien avec Eric de Montalier

Avant de vous lancer dans l’aventure de Ma Place Au Soleil, quel a été votre parcours ?
J’ai commencé des études de sciences éco, mais j’ai vite réalisé que je n’étais pas fait pour suivre une voie toute tracée. Je me suis alors inscrit au Cours Florent et j’ai joué au Café de la Gare où j’ai rencontré des gens comme Elie et Dieudonné, Artus de Penguern, entre autres...
Ensuite, je me suis occupé d’un théâtre et j’ai écrit une pièce qui n’a malheureusement jamais été jouée. Avec un copain, j’ai décidé de me lancer dans l’aventure du court métrage et j’ai réalisé un film avec Philippe Volter et Guillaume Canet. Et j’ai continué à faire l’acteur jusqu’à ce que je me mette à l’écriture de ce scénario.

Quel a été le point de départ de Ma Place Au Soleil ?
J’avais envie de parler de choses qui touchent tout le monde : la naissance, la mort, l’amour, la solitude, le travail, l’argent... C’est un film où il est question d’amour, mais pas seulement celui qui existe entre un homme et une femme. Il y a aussi l’amour de l’autre et de soi. Je voulais évoquer les choix que l’on a à faire et tenter d’aborder ces questions que l’on se pose tous : Est-ce qu’on s’aime ? Comment on s’aime soi-même ? Est-ce qu’on aime vraiment l’autre ? Où s’arrête-t-on pour aimer l’autre ?... Et pour parler de tout ça, j’avais besoin de plusieurs personnages pour que toutes ces petites colonnes vertébrales n’en forment qu’une seule.

Comment s’est passée l’écriture du scénario ?
J’y ai travaillé pendant trois ans. D’abord seul, puis rapidement avec Frédéric Roumy que j’avais rencontré en jouant dans un court métrage qu’il avait écrit.

Vous avez une manière de traiter les sentiments sans complaisance et sans cruauté, juste avec un peu de cynisme...
Le propos était de dire les choses de la façon la plus honnête possible. J’avais envie d’être en accord avec
moi-même et ce que j’ai mis dans cette histoire, c’est ce que je ressens. Mais je n’avais pas envie de juger les personnages, ni de les sauver. Je voulais que l’humanité se dégage de façon simple. Les personnages se rencontrent, se croisent parfois, se frottent, s’évitent... Ce sont des mouvements de vie.

Tous ces personnages vous ont été inspirés par des gens que vous connaissez ?
Toutes les questions qui sont soulevées dans le film, même celles qui concernent les femmes, je me les suis posées. J’ai ressenti toutes ces sensations et ces émotions. Par exemple, pour le personnage de Dutronc qui se demande s’il a encore du temps à passer ici-bas ou s’il doit monter là-haut, j’ai vu ça dans l’œil des uns et des autres... Et sans le conceptualiser sur le moment, je le ressentais fortement.

Comment avez-vous fait pour doser toutes ces histoires ?
Au bout d’un moment, le passage de l’une à l’autre devient logique. Quand vous êtes à fond dans votre histoire et que vous avez l’ambition de faire en sorte que chaque personnage ait une résonance pour l’autre au final, tout trouve son sens au fur et à mesure. De toute façon, dès que vous êtes à côté ou en dehors, cela se voit tout de suite.

Aviez-vous des références en matière de film choral ?
Il y a des films que j’aime beaucoup comme American Beauty de Sam Mendes dans lequel il y a une forme de poésie qui me parle. J’ai pensé aussi à Magnolia et à Punch Drunk Love de Paul Thomas Anderson, aux films de Claude Sautet pour leur humanité, mais également à des films plus lointains où Audiard a mis sa patte... Et plein d’autres films !

Comment avez-vous fait pour convaincre le producteur Bruno Lévy ?
En fait, cela s’est fait assez rapidement. Emmanuelle Lepers, une amie productrice, m’a parlé de lui. Je suis allé lui déposer le scénario en mains propres, je trouvais important pour lui et pour moi qu’on se rencontre avant qu’il ne lise mon histoire. En sortant de son bureau, je me suis dit que j’aimerais beaucoup travailler avec lui. Trois semaines plus tard, il m’a laissé un message en me disant qu’il n’avait pas lu un scénario pareil depuis longtemps. Et c’était parti...

Aviez-vous une idée des acteurs en écrivant ?
Pas du tout. Je savais quel type d’acteurs je voulais mais je n’ai pensé à aucun en particulier lorsque j’écrivais. J’avais simplement des envies de travailler avec certains. Je voulais des gens brillants. J’ai donné quelques noms et c’est allé assez vite.

On peut donc convaincre Jacques Dutronc, Nicole Garcia ou André Dussollier simplement avec une bonne histoire et de l’enthousiasme ?
Ce sont des gens généreux, des artistes qui ont envie de défendre des choses qui leur parlent, enfin je crois... Si l’intérêt qu’ils portent au sujet est suffisant, ils viennent tout de suite et avec un enthousiasme pur. J’ai juste essayé de leur communiquer l’idée que je me faisais du film. Et je suis vraiment content d’avoir travaillé avec tous, sans exception. C’était un réel plaisir de se lever le matin et de retrouver Nicole Garcia, Jacques Dutronc, André Dussollier, Valeria Golino qui est d’une sensibilité rare, Élodie Bouchez que je ne connaissais pas, François Cluzet qui est absolument dément, Gilles Lellouche, Mélanie Doutey, Hippolyte
Girardot et tous les autres...

François Cluzet dit que vous savez parler aux acteurs parce que vous leur dites qu’ils sont excellents pour qu’ils soient meilleurs la prise suivante...
C’est vrai ! J’adore les acteurs, ce qu’ils dégagent, ce qu’ils disent... C’est comme si on écrivait au crayon à
papier et que, subitement, on prenait es crayons de couleurs pour réécrire. Ils avaient compris le texte dès le départ, et avaient envie de dire ces mots dans ces situations, c’est ainsi qu’ils ont pu partir et venir avec moi.

Il paraît que vous étiez aussi très pointilleux sur le texte...
Comme tout était imbriqué, et pour essayer de donner une résonance entre les uns et les autres, j’ai beaucoup travaillé sur les mots. Quand un mot finit une séquence ou met une séquence en suspens chez l’un, cela peut avoir une résonance quatre séquences plus tard chez quelqu’un d’autre. Donc, si l’on change le mot ou la façon de le dire, cela fonctionne moins bien. En fait, j’ai travaillé avec chacun avant et, comme ce sont tous de vrais grands acteurs, les quelques petites choses à changer pour qu’ils soient totalement à l’aise sont venues d’elles-mêmes.

Est-ce que le vrai plaisir du film choral n’est pas le moment du montage ?
Lorsque j’ai terminé le tournage, je me souviens avoir marché dans la rue en ayant la sensation d’être Jésus ou un de ses disciples ! Je ne savais pas vraiment ce qui m’attendait... Le montage, c’est une troisième écriture après le scénario et le tournage. C’était difficile, mais j’y ai pris beaucoup de plaisir. Même si le scénario est travaillé, il y a des choses que vous avez prévues, imaginées et pensées dans les moindres détails qui ne fonctionnent pas de la même manière à l’image. J’ai eu un peu de mal au départ parce que ce n’est pas évident de confier son histoire à quelqu’un d’autre... Mais j’ai eu la chance de tomber sur Juliette Welfling, une monteuse brillante avec de la poigne et du charisme. Si nos rapports étaient parfois un peu tendus, c’était toujours au service du film. Et on a fait ce chemin ensemble.

La mise en scène est assez stylée. Vous l’avez beaucoup préparée ?
Je n’ai pas fait de story board mais j’ai découpé les trois quarts des séquences. Et puis j’ai beaucoup travaillé avec la chef-opératrice, la sublime Kika Ungaro. En fait, j’ai tellement imaginé, rêvé et travaillé le film que dans la façon de l’écrire, il y avait aussi la façon dont j’avais envie de le tourner.

Ce film mélange à la fois un cinéma d’auteur intimiste et des thèmes qui ont une grande portée populaire...
C’est exactement ce dont j’avais envie. La frontière est très limite entre «je dis» mais je ne tends pas la main et «je dis» en tendant la main sans appuyer... C’est pour cela que chaque détail a son importance. On peut basculer d’un côté ou d’un autre...

Est-ce que le film que vous avez fait ressemble à celui que vous aviez imaginé ?
Beaucoup. Au sortir du montage, je me suis dit que j’avais exprimé exactement les émotions et les sensations que je voulais faire passer. Finalement, même les gens qui ont travaillé à certains moments sur le film, ont apporté un truc que j’avais du mal à conceptualiser sur
l’instant mais qui allait dans le sens du film. Je suis content de voir que ça glisse d’un personnage à un autre sans heurt, sans tension...

Que retenez-vous de cette aventure d’un premier film ?
Je suis conscient d’avoir eu la chance que les gens m’aient suivi dans cette histoire. De Bruno Lévy, superbe producteur, au stagiaire qui vient en renfort pour une journée, je suis heureux d’avoir eu tout ce monde avec qui travailler et partager des idées. Je dois beaucoup aux acteurs, mais aussi à Dan Bevan, le décorateur qui avait une énergie incroyable,
à Isabelle Pannetier, la costumière qui a fait un travail magnifique, à Jean-michel Bernard qui a signé la musique et à tous les autres techniciens qui ont donné le meilleur d’eux-mêmes sur ce film. Si j’ai réussi une chose, c’est d’avoir emmené tous ces talents dans l’aventure.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 24 064 entrées
  • Cumul IDF : 28 293 entrées

  • 1ère semaine France : 78 346 entrées
  • Cumul France : 90 025 entrées