Western post-apocalyptique
Dès les premières minutes, les pneus crissent, les moteurs vrombissent, la tôle se froisse, et
George Miller signe une course-poursuite en voiture d'une dizaine de minutes proprement hallucinante ! On n'avait rien vu de tel depuis Bullitt ou French Connection. Un fou du volant, autoproclamé le "Cavalier de la Nuit", est pris en chasse par les voitures de la police, jusqu'à ce qu'intervienne le véhicule "Interceptor" piloté par l'agent Max Rockatansky, alias "Mad Max." Les cadrages au format Scope, les mouvements d'appareil, le montage – tout dans ce prologue est ciselé au millimètre près, tandis que le héros ne nous est révélé que progressivement : d'abord les bottes, ensuite le dos, puis le regard dissimulé derrière les lunettes noires, jusqu'à ce que le visage d'un tout jeune
Mel Gibson, déjà charismatique, n'emplisse l'écran. Quand une horde de motards dirigée par le psychopathe Toecutter (littéralement "le coupeur de doigt") investit une petite ville pour récupérer à la gare le cercueil du Cavalier de la Nuit, on comprend qu'il s'agit d'un western d'un nouveau genre, où les bolides vrombissants ont remplacé les chevaux... Dans ce futur proche peu engageant, la folie s'est emparée d'un monde au décor post-apocalyptique qui évoque les meilleurs mangas japonais. Et le commissariat lui-même, censé incarner la sécurité, est un bâtiment délabré qui semble à l'abandon. Lorsque la bande de Toecutter prend au piège Jim Goose, le co-équipier de Max, et le brûle vif dans une voiture, la violence monte d'un cran. Max préfère démissionner pour ne pas céder à la vengeance et se transformer en ceux qu'il combat. Mais dans cet univers en plein chaos, il est impossible de renoncer à la sauvagerie.

Après avoir perdu sa femme et son fils, brutalement assassinés par ses ennemis, Max bascule et laisse rugir la bête qui sommeille en lui. Un revirement symbolisé par un masque de monstre de carnaval qu'il utilisait jadis pour s'amuser à effrayer son fils, et qu'il tord désormais de rage entre ses mains. Le point de non-retour est atteint, et Mad Max justifie enfin son titre, s'acheminant inexorablement vers un dénouement nihiliste. La partition, formidablement épique, parfois en décalage avec l'aspect brut de la mise en scène, dote le récit d'une indéniable dimension tragique. Chef d'œuvre de nervosité et d'efficacité, le premier long-métrage de
George Miller fit découvrir au grand public la richesse potentielle du cinéma australien. Le film remporta le Prix Spécial du Jury du festival d'Avoriaz et rapporta 250 fois son budget estimé à 400 000 dollars. Rien d'étonnant à ce que la saga se soit enrichie de deux suites, tout aussi réussies.
George Miller :
"A l'exception d'un plan de deux secondes, précise le réalisateur, tous les effets violents ont été réalisés au montage. Je cherche à créer un spectacle qui ait la force d'impact d'un accident de voiture. Nous vivons dans le culte de la vitesse. J'ai vu, dans l'hôpital où j'exerçais, des dizaines de victimes d'accidents graves. Cette violence fait partie de notre quotidien. Je crois qu'un film comme Mad Max a une fonction importante : il nous permet de faire face à nos angoisses et peut-être de nous en défaire."