Qu’est ce qui vous a attiré dans ce double rôle, celui d’un père playboy et de son fils, quadra, en pleine crise identitaire ?
C’est justement cette différence d’époque, de génération et de caractère entre ces deux hommes qui m’a séduit. Le père, c’est d’abord l’archétype du mâle italien des années 60. Il traverse les époques de l’Italie contemporaine, passe aux années 70, puis 80 et arrive aujourd’hui en bout de course. Jouer Antonio, c’est jouer un père de légende, un personnage solaire. Luca, le fils, est plus lunaire. Il n’est pas très sûr de lui avec les femmes, c’est un écrivain hésitant, l’antithèse de la figure paternelle. Et puis il est devenu Français ! Chez lui, l’Italie est devenue terre de conflit, il s’enflamme, se passionne, condamne... Travailler ces deux sensibilités, voilà ce qui était intéressant. Les deux personnages se regardent, s’observent, jouent ensemble par delà la mort.
Quelles ont été vos sources d’inspiration pour créer ces personnages ?
Pour le père, c’est Vittorio Gassman. Pour Luca, le fils, je n’ai pas cherché à prendre un écrivain particulier comme modèle. Je me suis dit, « Luca est écrivain », voilà. Il est comme ça, il le vit au quotidien, jusque dans sa manière de boire un café ou de regarder « Le voleur de bicyclette »...
Le film est à la fois un vrai cri d’amour à l’Italie, mais aussi un regard acide sur ce que le pays est devenu aujourd’hui ?
Cela a toujours été ainsi. Je regardais récemment « Une vie difficile », un film de Dino Risi avec Alberto Sordi et Lea Massari. Le personnage de Sordi est un intellectuel qui ne veut pas faire de compromis et qui va se retrouver face à ses contradictions, confronté à un Berlusconi avant l’heure. Il est entrepreneur, propriétaire de chaînes de télé. La figure du Condottiere, quasi sauveur, j’ai l’impression que c’est une constante de la vie italienne. Avec tout ce qui va entre la fascination et le rejet... Les Italiens sont ainsi, passionnés : ils aiment, détestent, adorent, brûlent ce qu’ils viennent d’adorer.
Le personnage de Luca est le plus torturé...
Cet intellectuel est partagé entre la France et l’Italie. Il aime la spontanéité, la générosité immédiate des Italiens, ce caractère emporté qu’il a gardé de son enfance. Alors que les Français sont plus rationnels, ordonnés. Il est entre les deux. D’où son trouble... Il ne sait pas où se situer. De quel côté des Alpes ? Vers Lyon et Paris ? Vers Turin et Rome ? Finalement, le destin va se charger de le ramener chez lui, par le décès de son père et une histoire d’amour. Il va retrouver à la fois son amour d’enfance et sa terre natale.
La musique est très importante dans le film ? Vous êtes sensible à ce type de variété ?
La variété italienne, c’est presque du cinéma. Les Italiens ont une facilité et une légèreté avec les mots et les paroles. Ce côté désuet me touche et m’amuse.
Jouer un séducteur, il n’y a rien de plus « casse gueule ». Vous êtes la seule figure masculine du film. C’était facile à gérer ?
Je ne devais surtout pas m’en occuper et faire comme les Italiens : laisser faire les femmes ! Elles mènent le bal et j’avance au milieu pour justement casser cet équilibre.