Vous venez tout juste de découvrir le film. Comment avez-vous vécu ce moment ?
C’est la première fois que je le vois en entier. Je ne trouve pas vraiment les mots mais c’est vraiment, troublant, voire violent de se regarder. Je le fais régulièrement pour des vidéos mais ce n’est pas pareil car je suis moi-même, là c’est un rôle. On m’a dit de ne surtout pas dire ça parce que ce n’est pas très vendeur mais pour moi, ce film, c’est de la poésie. Il y a une belle histoire, c’est doux, frais et avec un môme extraordinaire. Et puis je suis content car la musique fonctionne bien.
Votre dernier album s’intitule « L’espoir », ce que véhicule aussi Magique...
Ce film est arrivé au bon moment. Quand Philippe m’a proposé d’en faire la musique, je ne m’en sentais pas vraiment capable mais comme j’aimais beaucoup ses films, j’ai accepté de lui rendre une copie, avec l’idée qu’il allait me dire que ça n’allait pas. Je n’avais pas envie d’avoir le regret de ne pas avoir essayé. Chaque fois que nous nous sommes croisés, je lui ai répété que c’était son film, sa sensibilité, je lui ai demandé de me parler d’odeurs, de saisons, d’images afin de comprendre la direction vers laquelle il voulait aller. Une fois que les chansons étaient écrites, Philippe m’a demandé de composer la musique et là on a passé une semaine à travailler 15 heures par jour avec des musiciens que j’adore et qui me font entièrement confiance. On était comme des fous, Philippe regardait son film se construire avec la musique et quand je le voyais sourire, je savais qu’on tapait dans le mille.
À quel moment vous a-t-il proposé de jouer Baptiste ?
Une fois que l’on avait bien avancé sur la musique, il m’a demandé si je voulais jouer. Je n’en avais pas vraiment envie mais comme je lui fais entièrement confiance, j’y suis allé. Après, j’ai donc vécu de grands moments de solitude parce que je ne savais pas si j’allais en être capable. Je me suis alors dit que si un jour on me proposait d’aller sur la lune, je ne pourrais pas refuser. La vie est absurde, on vit, on meurt, donc il faut saisir toutes les bonnes occasions. Ensuite, j’ai eu ce scrupule de l’imposteur, j’ai pensé à tous ces jeunes acteurs qui font des écoles et qui n’ont jamais de rôles alors que là on m’amenait celui-ci sur un plateau. Mais bon, j’ai quand même décidé d’y aller avec l’aide d’une coach formidable (Patricia Sterlin).
Comment s’est déroulé le tournage ?
J’ai juste eu la chance extraordinaire de tomber sur
Philippe Muyl qui est quelqu’un de très doux, très gentil et avec qui je suis devenu ami. Et puis, j’ai travaillé avec
Antoine Duléry et
Marie Gillain qui m’ont beaucoup aidé, alors qu’ils auraient pu se contenter de faire leurs scènes et partir. Moi je les aidais au chant et eux me dirigeaient pour jouer, ça a été un véritable échange. Ensuite ce qui est touchant, c’est la manière dont Philippe s’est battu pour faire ce film, c’est un véritable projet de vie. Je me rappelle qu’un soir un monteur nous a préparé 10 minutes d’images avec de la musique pour nous montrer l’ambiance du film, on les a regardées avec toute l’équipe et quand je me suis retourné, Philippe pleurait comme un enfant. Là, j’ai senti qu’il était en train de planter le drapeau au pic de sa montagne. C’était super fort ! Rien que pour ça, je suis heureux d’avoir fait ce film.
Depuis ce tournage, vous vous êtes retrouvés avec Marie et Antoine...
Avec Antoine, au bout de 10 minutes, on savait qu’on allait être inséparables, je lui ai même proposé de faire un disque quand il aura un peu de temps devant lui. Il viendra en studio et on fera des chansons. Il y a une chanson de mon album qu’on a transformée en duo avec Marie pour le générique de fin et que nous avons même interprété ensemble sur scène, au Zénith, c’est un joli souvenir. Je rencontre pas mal d’acteurs qui me disent qu’ils aimeraient bien chanter pour un jour rencontrer le public sur scène. Je crois que nous en sommes tous capables, c’est juste une question de confiance.
Ce tournage qui s’est achevé il y a déjà quelques temps a-t-il influencé votre écriture et la couleur du dernier album « L’espoir » ?
En fait, j’ai débuté la première partie du disque chez moi en juillet et dès le lendemain de mon retour du Québec, je me suis remis au travail. Et donc, l’influence de cette aventure est de 200% car cette coupure m’a notamment permis de faire écouter à Antoine et Marie, ce que j’avais déjà fait ainsi que les chansons écrites au Québec. Disons que j’ai gagné un capital confiance assez énorme en me lançant le défi de faire ce film, j’étais donc beaucoup plus fort au retour, c’est sûr.
Maintenant que vous avez goûté au cinéma, avez-vous envie de recommencer ?
J’attendais de voir le film pour répondre à cette question et donc la réponse est définitivement positive, parce que quel que soit l’accueil qui lui sera réservé, c’est comme pour un disque, on ne juge pas la valeur d’un film à son succès commercial. J’ai la chance que ce ne soit pas mon métier principal, je n’en ai pas besoin pour vivre mais si on ne me propose rien, je serai peut-être obligé de m’écrire un rôle moi-même (rire). Et si on me propose des choses excitantes, je n’hésiterai pas.
Quel est votre rapport au cirque. Vous auriez aimé mener cette vie ?
Bien sûr et la vie n’est pas terminée... je suis très admiratif de tous ces gens, il faut un entraînement perpétuel, une hygiène de vie irréprochable et une abnégation incroyable, il faut être à fond. Moi, quand je pars sur la route avec mon équipe, je dis que nous sommes aussi un cirque. On arrive dans une ville, on joue une soirée, on donne tout en essayant de faire rêver les gens et ensuite on s’en va dans un autre village pour y faire la même chose, il y a donc beaucoup de similitudes.
Votre premier succès posait la question de « C’est quand le bonheur ? », vous vous en approchez ?
Oui, et j’aime l’idée de m’en approcher sans jamais l’attraper, c’est assez jouissif. C’est d’ailleurs l’un des messages du film : l’important c’est le voyage, pas la destination ! Personnellement, j’ai toujours eu plein de projets et j’ai l’impression que plus j’avance, plus les limites sont celles de mon imagination. C’est une sensation agréable. J’ai la chance d’être arrivé tard, je ne suis donc jamais blasé. Je crois être pleinement conscient de tout ce qui m’arrive, c’est pour ça que je n’envie pas les jeunes qui démarrent très tôt car ils n’ont pas de repères.
Quels sont vos films de chevet, ceux qui vous accompagnent ?
J’adore Kaurismaki et
La Vie De Bohême qui est mon préféré. C’est un film qui m’a bouleversé. On passe d’un moment de franche rigolade à un instant de désespoir lumineux. Sinon, dans un registre différent, il y a Capra avec
La Vie Est Belle. Ce sont des films qui donnent juste envie de continuer cette vie absurde. Il faut être un peu magicien pour toucher les gens comme ça. Et puis j’aime aussi beaucoup Lars Von Trier,
Breaking The Waves m’a énormément marqué, tout comme
Les Idiots qui est assez incroyable. Et je suis un inconditionnel de Jim Jarmusch. Je pourrais en citer plein d’autres mais là, ce sont ceux qui me viennent à l’esprit en premier.