Quelles ont été vos premières impressions lorsque vous avez découvert le film ?
Je viens tout juste de le voir et je suis vraiment très heureux. Il arrive que l’on soit déçu, ce n’est pas du tout le cas cette fois-ci. Le film est plus abouti et encore mieux que son scénario. J’espère sincèrement qu’il va marcher car c’est tout sauf un film racoleur. J’ai retrouvé tout ce que j’avais lu, cette histoire atypique, pleine d’émotion, d’authenticité et sans violence. C’est ce qui m’a séduit lorsque j’ai rencontré Philippe. Je pense que c’est son film le plus personnel, c’est une œuvre extrêmement sincère, qui parle de l’enfance, de l’amour, de la magie des rencontres...
Avez-vous des scènes préférées ?
Il y a beaucoup de choses que je n’avais pas vues et que je viens de découvrir comme les chansons dont je n’avais pas entendu les arrangements. J’ai aussi découvert les effets spéciaux et il y a quelques très jolies scènes comme celle de la femme coupée en morceaux mais aussi toutes ces nuits américaines... j’aime bien également mes deux scènes chantées, le rap et la première scène dans la forêt.
À quel moment êtes-vous arrivé sur ce projet ?
Philippe m’en a parlé assez tôt et je dois dire qu’il a été extrêmement fidèle, malgré tous les rebondissements. Quand pour des raisons de production, il a été décidé que le film se ferait au Québec, il était question que la distribution change mais Philippe m’a dit « Tu pars et tu fais le film avec moi », je lui en suis très reconnaissant.
Quel metteur en scène est-il ?
Il a beaucoup d’empathie, c’est quelqu’un de brillant, secret et très sensible, sur le plateau comme dans la vie. Il dit très peu de choses mais des choses importantes. Avec trois mots, il vous met sur la voie donc c’est très agréable car il est très à l’écoute. On avait beaucoup parlé du personnage avant, on n’a donc pas eu besoin de le faire sur le tournage.
Certains acteurs disent trouver leur personnage en même temps que leur costume. Est-ce votre cas ?
Effectivement, comme disait Philippe Noiret : « Quand on a le costume, on a le personnage». Et là, en dehors du beau travail de la costumière, j’ai trouvé le personnage grâce à Philippe qui a eu l’idée de génie de cette coupe de cheveux. Je me suis dit qu’avec cette coupe, je pouvais oser plus, c’était comme un masque. J’adore changer de tête, ça m’éclate ! C’est pour ça que j’apprécie particulièrement les comédiens qui se déguisent comme Manfredi, Gassmann ou Serrault. C’est pour ça aussi que je me régale à faire des imitations, je change de voix.
Qu’est ce qui vous a séduit dans ce personnage de clown ?
Philippe me connaissant dans la vie et à travers pas mal de films, m’a proposé ce personnage dont je me sens proche. Auguste est quelqu’un de très expressif et volubile mais lui a aussi une face cachée et beaucoup de tendresse, notamment dans ses rapports avec l’enfant. Quand on lui dit qu’il est toujours drôle, on sent dans sa réaction qu’il y a une fêlure, une cassure. Il y a une phrase de Beaumarchais que j’aime beaucoup « Je me presse de rire
de tout, de peur d’être obligé d’en pleurer », j’aime ces personnages, comme dans les comédies italiennes, qui fanfaronnent mais dont on sent la fêlure. Cette dualité du personnage, plus le fait de chanter, m’a vraiment donné envie de le faire, c’est un truc avec lequel je suis à l’aise. Je l’avais déjà fait dans
Tout ça Pour ça et
Jean-philippe et là ça m’amusait d’aller dans un registre différent. Et puis, j’avais très envie de rencontrer
Cali et
Marie Gillain que j’aimais beaucoup sans les connaître.
N’avez-vous pas été frustré par le choix de Philippe de ne pas montrer le cirque en représentation ?
Tout d’abord, ce n’est pas un film sur le cirque, mais sur les faux semblants, la solitude et l’amour. Et puis, il y avait une telle ambiance entre nous qu’on avait l’impression d’être dans une troupe et donc l’absence de représentation ne nous a pas frustrés. Nous étions tout le temps ensemble, nous vivions comme si nous étions « en représentation » dans cet extraordinaire parc forestier dans lequel nous tournions. Il y avait cet esprit de troupe vraiment sympa. Par moments, la fiction se confondait avec la réalité, c’était très plaisant.
Auriez-vous aimé avoir cette vie itinérante ?
Je n’ai jamais fait de tournée de ma vie, même pour le théâtre, donc ça m’est difficile de répondre et le cirque est un métier vraiment difficile. Mais c’est vrai que Bruno (
Cali) m’a proposé de le suivre pendant une semaine en tournée et que j’ai très envie de le faire. Avec ce film, nous étions tous loin de nos familles, de nos amis et même si on ne se connaissait pas du tout, on s’est vraiment rapprochés Marie, Bruno et moi. On s’est entendus comme larrons en foire, on allait chez les uns, chez les autres et on a vécu des moments formidables.
On sent une vraie nostalgie de ce tournage...
Oui, ce n’est pas vieux mais il y a déjà un peu de nostalgie parce que j’ai revu le décor et tous ces bons moments que nous avons passés là-bas. Tous ces gens avec qui j’ai passé deux mois étaient très attachants et je ne sais pas quand je vais les revoir donc ça m’a fait un petit pincement au cœur, ce n’est pas triste, j’ai juste envie de les revoir.
Parlez-nous du travail avec vos partenaires et notamment le jeune Louis Dussol.
C’est un surdoué ce petit gars. Il chante, il écrit et il a une énergie débordante. Il a 10 ans, on a l’impression qu’il en a 22, il est incroyable. Il fallait parfois le driver mais il est très gentil et talentueux. Quand tu es face à un gosse qui joue mal, c’est difficile mais quand il est doué et qu’il te renvoie la balle, c’est formidable. C’était la même chose avec
Cali, pour qui c’était très nouveau. Même s’il avait des doutes, il a tout de suite été vrai. Quant à Marie, elle est toujours très juste.
Concernant les chansons et leur interprétation, avez-vous l’impression qu’il s’agit du même métier ?
Ce qui est difficile, c’est de coller à sa propre voix, car sur le tournage, on fait du play-back. Une fois, j’étais trop rapide, une fois trop lent, donc c’est un peu flippant mais le fait de chanter, ce n’est pas un problème car j’adore ça. L’autre difficulté, c’est que tu ne peux pas improviser. Il y a un carcan qui est parfois difficile à respecter pour les non chanteurs. C’est
un peu la même chose au théâtre, tu t’éloignes rarement du texte.
Pouvez-vous nous en dire plus sur votre projet d’album ?
Bruno m’a proposé de faire un album donc je ne vais pas refuser, même si ce n’est pas mon métier. Il veut qu’on se lance au gré de mes envies et surtout de nos disponibilités. On va prendre le temps de le faire car ça m’amuse beaucoup, surtout avec lui. J’aime vraiment ce mec, il va toujours au bout des choses, ce qui d’ailleurs me fait du bien car moi, il m’arrive de ne pas aller au bout des trucs. Ensuite, je suis plus inquiet qu’autre chose à l’idée d’éventuellement monter un jour sur scène même si je crois que ça m’amusera beaucoup.
Si vous deviez garder un souvenir de cette aventure ?
Cela a été un vrai voyage et ça a été dur d’en revenir, même si j’étais évidemment très heureux de retrouver ma femme et mes enfants. C’est un tournage, je crois, qui nous a soudés pour la vie. Ce film, on l’a vraiment vécu ensemble et ça, personne ne pourra nous l’enlever.
Quelles sont vos envies aujourd’hui ?
Il faudrait que je me lance enfin dans un spectacle, seul sur scène, où je pourrais faire toutes mes conneries. J’ai aussi une belle idée de scénario et si j’arrive à aller au bout j’aimerais le réaliser, notamment pour le plaisir de diriger des acteurs. J’ai toujours beaucoup écrit, je pense que ça me préserve de cette peur terrible de ne plus exister aux yeux de l’autre, mais je suis comme tout le monde, j’attends des réponses, je passe des castings... L’avantage c’est que je me suis déjà pris en main, j’aime ça et je peux le refaire. Je crois en fait, que tu n’es jamais aussi heureux que quand tu fais tes propres plans.