À part L’Écureuil coiffeur dessin animé de style moderne dont les contours à l’encre sont joliment gouachés de couleurs vives propres à la peinture chinoise traditionnelle tous les films de cette sélection sont des découpages articulés. Cette technique, très souvent utilisée par les animateurs chinois, est mise au point au milieu des années 1950, à l’instigation de Wan Guchan (le jumeau de Wan Laiming). Elle est issue de l’art populaire qui consistait jadis à coller des papiers découpés sur les carreaux des fenêtres au moment du Nouvel An. Wan Guchan est également depuis son enfance un spectateur assidu du théâtre d’ombres chinoises où les personnages découpés dans du parchemin translucide et peints de couleurs vives sont appliqués sur un écran lumineux.
Cet art très ancien en Chine avait déjà un parfum de cinéma avant l’heure. C’est en conjuguant ces deux traditions populaires que Wan Guchan met au point, la technique des « découpages articulés » appelée à beaucoup se développer par la suite, avec des variantes de plus en plus sophistiquées. Par rapport au dessin animé, l’économie de travail est importante. Il n’est plus besoin de décomposer les mouvements des personnages dans des dessins successifs. Il suffit, entre les prises de vue au banc-titre, de faire délicatement bouger avec une pince les figurines préalablement posées à plat sur le décor.Dans Le Hérisson et la pastèque, de style tout à fait moderne, le découpage est tout simple. Les figurines, au lieu d’être monochromes comme le sont d’ordinaire les figurines en papier découpé des fenêtres sont peintes avec toutes sortes de couleurs vives. Le récit est bien enlevé et les mésaventures de Mme Hérisson sont contées avec beaucoup d’humour.
Dans
La Boutique Des Pandas, les personnages sont peints à l’encre noire (encre de Chine) rehaussée de couleurs dans le style de la peinture chinoise d’aquarelle. Les traits sont relativement épais et l’intérieur est gouaché de couleurs délicates. Chaque figurine, discrètement articulée, bouge avec le plus grand naturel, au rythme d’une bande son très dynamique. Le récit est bien enlevé et les efforts de Petit Panda pour plaire à ses clients sont aussi drôles que touchants. Dans Attendons demain, la stylisation est plus élaborée. La direction artistique de ce film était assurée par
Huang Yongyu, l’un des plus grands peintres chinois du XXe siècle. Au lieu d’être vues d’un oeil critique, les vantardises du
singe sont regardées avec une agréable connivence et le spectateur se laisse gagner par un irrésistible désir de farniente qui lui laisse tout le temps d’admirer le raffinement des décors, certains d’une beauté à couper le souffle.
Dans Les
singes vont à la pêche, les personnages sont peints avec des couleurs vives et joyeuses, dans le ton de cette histoire humoristique. Ils sont découpés à l’emporte-pièce selon des formes extrêmement simples mais tout à fait suggestives. C’est Le Petit
singe turbulent qui introduit la technique la plus novatrice, celle du découpage articulé déchiré. Cette nouvelle façon de faire, mise au point par
Hu Jinqing et son équipe, permet pour la première fois à un découpage articulé d’avoir le raffinement des lavis animés (animation de la peinture à l’encre de Chine, rehaussée de couleurs). Peints dans le style de la peinture chinoise, les fonds comme les personnages ont toutes les qualités visuelles propres à cette forme d’art et le spectateur a du mal à imaginer que les figurines sont articulées. En regardant de plus près, il s’aperçoit que les contours des animaux n’ont pas du tout le caractère tranché des découpages. Il a même l’impression dans les gros plans de pouvoir compter les poils de la fourrure du petit
singe ou du petit panda.
Après l’extraordinaire succès du premier « lavis animé » : Les Têtards à la recherche de leur maman,
Hu Jinqing qui est alors l’un des artistes les plus actifs du département des découpages articulés, déclare qu’il va réaliser des « découpages-lavis ». Mais c’est plus difficile qu’il l’avait d’abord imaginé. En effet, quand les personnages peints à l’encre sont découpés, leurs contours trop nets ne donnent pas l’effet recherché. Il faut de très longues recherches avant qu’avec ses collaborateurs il finisse par trouver la solution, à la fois artisanale et astucieuse : au lieu de découper les personnages, ils en déchirent soigneusement le contour. Ce faisant, ils retrouvent l’effet de léger flou de la peinture chinoise.
De plus, comme la déchirure fait apparaître les fibres du papier, cette méthode permet de représenter avec une finesse exceptionnelle le moindre détail du plumage ou de la fourrure des animaux. Les films de
Hu Jinqing réalisés avec cette technique, sont d’autant plus remarquables qu’ils reposent sur des scénarios extrêmement bien écrits (parfois par Hu lui-même) et sont orchestrés par des musiques parfaitement adaptées à chaque histoire.