Le film le plus achevé de
Woody Allen. C’est au début d’Annie Hall que
Woody Allen avait commencé à s’adresser, en tant que personnage, directement à la caméra et au public. Depuis lors le caractère autobiographique de son personnage n’a cessé de s’affirmer, d’une manière si inventive et si ambitieuse que ce personnage est venu prendre place tout naturellement par les plus grands réalisateurs du burlesque américain, à côté d’un Chaplin, d’un Keaton, d’un Jerry Lewis.
Utilisant le minimum d’intrigue possible,
Woody Allen ne fait plus ici que parler de lui-même et du monde vu à travers lui. Il donne à son film l’allure d’une libre conversation avec les femmes qu’il aime ou a aimées, avec ses amis et avec le public. Cette liberté et cette abondance de dialogue font paradoxalement bon ménage avec un certain calligraphisme de l’image : plans-séquences immobiles, noir et blanc ultra-soigné, plans admiratifs – et admirables - de Manhattan logés avec art dans le récit et qui semblent l’émanation même de la musique de Gershwin. Cette description juste et drôle des intellectuels urbains, de leurs bavardages continuels, de leur égocentrisme, de leur vie à la fois anxieuse et protégés, de leurs vrais faux problèmes, a été particulièrement appréciée par le spectateur européen. Et certes on peut s’étonner que seul un Américain se soit montré capable de parler de cette faune si bien représentée en Europe mais que, jusqu’ici, aucun cinéaste n’a su représenter avec vérité de ce côté-ci de l’Atlantique.
Ex : Jacques Lourcelles Dictionnaire du cinéma (Robert Laffont)