Voici l’authentique histoire d’une passion absolue, d’une sublime tragédie, d’une bouleversante rencontre comme seul le destin sait les orchestrer. Il était un dieu vivant, l’idole lumineuse d’un peuple qui sortait de la nuit. Elle n’était rien, mal jugée mais émouvante, repoussée mais tellement attirante…
Manolete, l’un des plus célèbres toreros que l’Espagne ait connu, une véritable rock star avant l’heure, et Lupe, sulfureuse jeune femme au passé douteux, se sont aimés au-delà de tout, plus fort que les conventions, dépassant les existences dans lesquelles chacun des deux s’était enfermé.
C’est une histoire flamboyante, tragique et universelle, servie par un couple de comédiens mythiques.
Une passion, de l’ombre à la lumière
Menno Meyjes, scénariste et réalisateur, raconte : « Ce film nous plonge au coeur de la rencontre entre un homme amoureux de la mort et une femme amoureuse de la vie.
Manolete est un torero, il vit avec la mort comme compagne. Lorsqu’il croise le chemin de cette femme , elle va tenter d’abord de le séduire et puis de l’éloigner de cette danse mortelle qu’est la corrida. Mais c’est une danse qui fait viscéralement partie de son existence, de son identité, et qui lui apporte la fortune et la gloire…
Même si
Manolete est toréro, ce n’est pas un film sur la corrida. C’est un film sur la passion qui lie deux êtres l’un à l’autre alors que leurs milieux et leurs natures respectives les poussent à s’éloigner. C’est avant tout une romance dans l’Espagne de l’après guerre. C’est l’histoire d’amour d’une femme et d’un homme qui se trouve être un torero. » Le réalisateur poursuit : « La première fois que j’ai entendu parler de
Manolete, je travaillais sur le scénario d’
Indiana Jones Et La Derniere Croisade de Spielberg, et Steven avait eu la bonne idée de faire débuter le film dans un club de jeu au Maroc. Je me souviens avoir imaginé Indiana voyageant en stop du Maroc vers l’Espagne parce qu’il était à court d’argent…
J’avais en tête l’image des matadors des années 40 et les fantastiques voitures aux formes rondes chargées de bagages sur le toit. Je me suis dit que l’une d’entre elles pourrait peut-être l’embarquer. J’ai demandé à mon assistant de me trouver quelques ouvrages sur la corrida de l’époque et c’est en les consultant que j’ai découvert l’incroyable destin de
Manolete. Je me suis documenté davantage sur lui et tout ce que j’ai trouvé m’a fasciné. Derrière l’icône se cachait un homme complexe, issu d’un milieu très modeste, désireux de protéger sa famille et de réussir. « J’ai tout de suite écrit les bases du scénario.
Tout est allé très vite, avec une intensité rare, et j’ai fini exténué. Durant les années qui ont suivies, je n’ai jamais cessé de penser à ces destins. L’idée originale et ma perception de l’histoire sont restées inchangées. Je pense que cet homme a plus souffert que tous les taureaux des corridas. C’est un aspect très important selon moi et c’est aussi une des clés de son parcours. Je ne voulais pas réaliser un film sur la vie d’un torero, mais je souhaitais montrer comment le plus grand des matadors allait devenir à son tour une proie. C’est une histoire de contrastes, d’ombre et de lumière, de vie et de mort, de sable et de sang. »
Le secret d’une icône
Légende vivante adulée par tout un peuple,
Manolete déplaçait les foules et déchaînait l’hystérie à chacune de ses apparitions. Sur les routes du pays, des centaines de personnes se massaient et attendaient des heures pour avoir simplement la chance de l’apercevoir au passage de sa voiture. Véritable idole, il fut le seul homme courtisé par Ava Gardner. Pour lui, on fit construire une arène de 60 000 places. Imaginez simplement que l’on fasse construire le Stade de France pour une seule personne aujourd’hui, et vous aurez une idée de ce que représentait cet homme… Manuel Laureano Rodríguez Sánchez est né à Cordoue le 4 juillet 1917. C’est un enfant fluet, pâle et d’une nature plutôt triste.
Son père, un torero qui usait déjà du pseudonyme de
Manolete, meurt cinq ans plus tard. En 1923, Manuel, sa mère et ses soeurs vivent misérablement dans la maison numéro 4 du quartier de Santa Marina. L’enfance de celui qui allait révolutionner l’univers de la tauromachie a donc été marquée par la pauvreté et la faim. Très tôt, Manuel est frappé par le contraste existant entre la prospérité des toreros et le dénuement des populations ayant survécu à la guerre civile. La pauvreté et la corrida coulant dans ses veines, il décide, dès l’âge de 12 ans, de devenir matador.
Menno Meyjes commente : « Même si tous les spécialistes de la corrida s’accordent à dire que
Manolete était un maître, qu’il a inventé un style, ce n’est pas ce qui m’a le plus impressionné chez lui.
Au-delà du mythe dans son habit de lumière, il y avait un homme. Pour essayer de le comprendre, je me suis plusieurs fois rendu à des corridas. Ce n’est pas un spectacle que vous décidez immédiatement d’aimer ou de détester, cela génère des sentiments trop complexes et trop paradoxaux. Même lorsque vous assistez à un « combat » grandiose, vous songez toujours à certaines choses : la vie, la mort, la souffrance du taureau, le jeu du matador…
Beaucoup de sentiments contradictoires vous assaillent. Je peux comprendre la valeur esthétique et culturelle qu’elle revêt et ce que certains éprouvent face à la corrida, mais je ne peux pas dire que j’aime ça. » En quelques années,
Manolete s’impose comme le plus fabuleux des matadors. Mais pendant qu’il aligne les triomphes, une autre histoire se joue dans l’ombre. Sa rencontre avec Lupe le change, et plus rien ne sera comme avant. Lorsque la mort le frappe dans l’arène, il n’a que 30 ans et ne s’est jamais marié. Sa fiancée, l’actrice Lupe Sino, ne sera pas autorisée à pénétrer dans la chambre d’hôpital, à Linares, où il décède le 29 août 1947 à 5 h 07 du matin.
Le réalisateur et scénariste se souvient : « Pour incarner cet homme,
Adrien Brody a été mon premier choix. Il existe une ressemblance frappante entre
Manolete et lui. Ils dégagent tous deux une forme d’élégance atypique.
Manolete possède un physique très singulier et distinctif. Adrien lui correspondait au niveau du charisme et de la singularité. Je lui ai parlé du projet alors que nous étions à Paris. Je lui ai montré un documentaire sur
Manolete et je pense qu’il a été plutôt surpris par cette vie aussi tragique qu’extraordinaire. Je l’observais, il avait une façon incroyable de scruter l’écran.
On aurait dit qu’il se regardait lui-même. Je crois que ce film ne pouvait se faire qu’avec lui. »
Menno Meyjes confie : « Bien que
Manolete soit mort depuis plus de soixante ans, il reste un personnage très actuel qui touche tout le monde. C’était une idole, avec un destin tragique, un coeur brisé. Il était le prince de la classe ouvrière… Le temps n’a pas de prise sur les gens comme lui. Je crois qu’au-delà de son caractère historique réel, cette histoire est tellement romanesque qu’elle reste très contemporaine. »
La rencontre qui change une vie
Le scénariste et réalisateur explique : « Le rôle de Lupe Sino a été le plus difficile à écrire, d’abord parce qu’elle est entourée d’un voile de mystère. Tout au long du film, nous découvrons des indices sur son parcours et les raisons qui ont fait d’elle ce qu’elle est. Beaucoup de choses ont été écrites sur
Manolete ; il est très célèbre, mais pour Lupe c’était plus compliqué. »
Malgré un passé sombre, Lupe Sino va illuminer la vie de
Manolete. À leur rencontre dans un cabaret, elle lui dit : « Tu es le plus beau des hommes laids que j’aie jamais vu ». Il est déjà riche et célèbre tandis qu’elle possède une grande beauté mais peu de moyens. Leur relation va rapidement bouleverser leurs vies. Lupe respire l’amour, l’humour et l’ironie. Leur union dépassera les médisances et l’ordre établi.
Menno Meyjes raconte : « J’ai fait beaucoup de recherches pour ce film et particulièrement sur le personnage de Lupe. Il y a quelques années, j’ai sillonné une grande partie de l’Espagne en voiture et j’ai rencontré énormément de gens. C’était un voyage extrêmement instructif. Beaucoup me parlaient de Lupe Sino comme d’une véritable traînée.
Pourtant, au gré des rencontres et des témoignages, une autre image est apparue. Loin des a priori et des ragots, j’ai découvert que
Manolete avait demandé Lupe en mariage à plusieurs reprises mais qu’elle avait toujours refusé. J’ai pris conscience de ce qu’elle pouvait avoir de fascinant pour lui. Si elle n’avait été qu’une traînée, elle aurait accepté ce mariage dont rêvaient la moitié des femmes de l’époque : s’unir à une idole, l’argent, une situation sociale unique. Si elle n’avait été qu’une courtisane, elle l’aurait sans doute épousé. »
Le réalisateur poursuit : « Le fait que Penélope Cruz accepte d’incarner Lupe a été une chance. C’est une actrice qui a le charme, le caractère et qui comme le personnage, n’a que faire des images que certains voudraient lui coller. Quoi que l’on puisse dire, sa seule présence balaye tout. »
Les années 40, l’Espagne après le cauchemar
Dans les années 40, l’Espagne sort de la guerre civile. C’est une nation meurtrie, appauvrie et qui a besoin de se fabriquer de nouveaux héros. Dans cet univers monochrome, la tauromachie fait figure de feu d’artifice. Avec deux dominantes – le jaune sable et le rouge sang. C’est aussi un mythe ancien qui ressurgit : la lutte de l’homme contre le taureau. Mais c’est également un combat que l’homme mène contre lui-même.
Manuel Rodríguez Sánchez, dit
Manolete, a été le premier de ces héros modernes. C’était un matador hiératique, sombre, au regard triste. Maître de l’arène, il savait se déplacer avec un talent unique. Élégant et solennel,
Manolete a ranimé l’art de toréer et il a modernisé la corrida. À 30 ans, il a fait rêver, rempli des arènes et réinventé la « Fiesta ». Il en a oublié la peur pour jouer avec la mort…
Menno Meyjes commente : « En Espagne, après le cauchemar de la guerre civile, les toreros et les acteurs de cinéma sont devenus de véritables héros populaires. Je crois que la « Fiesta » espagnole des années 40 est née d’une réaction aux années si sombres qu’elle avait traversée.
Tout à coup, après des années d’étouffement, les gens pouvaient se réunir et assister à un spectacle qui n’était pas sans rappeler les jeux du cirque romain. C’est un état d’esprit compréhensible parce que les gens étaient pauvres et les occasions de se divertir étaient rares. C’est un reflet de la société de l’époque. »
« Manolo, tu as tellement peur de la mort que tu en es tombé amoureux. Comment pourrais-je me marier avec toi ? Je ne suis que ta maîtresse. La mort est ton épouse. »
Lupe Sino