Après Los Otros (Les Autres), pourquoi Mar Adentro ?
Sans vouloir tomber dans le cliché, je fais toujours le film que j'aimerais voir au cinéma, j'ai lu le livre de Ramón Sampedro, il y a quelques années, et peut-être parce qu'il traitait de la mort, ou à cause de sa façon de s'exprimer, j'ai découvert un discours auquel j'ai vriament accroché. J'ai fait mes recherches dans son entourage et j'ai compris que j'avais encore plus de raisons de porter cette histoire à l'écran. Que l'histoire de Ramón méritait d'être racontée. Quand je décide de faire un film, ce qui m'importe le plus c'est l'histoire et pas le budget ni les acteurs avec lesquels je vais travailler.
Jusqu'à quel point ce film peut-il être considéré comme de la fiction ?
Pour des raisons de scénario et pour résumer en deux heures ce qu'a été l'expérience de Ramón, nous avons créé certains personnages, tandis que d'autres ont diparu. Celui de Julia, par exemple, est un condensé de plusieurs femmes. L'une des choses les plus surprenantes à propos de Ramón est qu'on le disait entouré d'un harem. Julia réprésente les femmes qui sont tombées amoureuses de lui alors qu'il était déjà tétraplégique. Par contre, le neveu, javi, ressemble au vrai neveu, mais nous avons intégré à son personnage les expériences des nièces. Ces modifications permettent à la narration d'être plus fluide et plus efficace.
Comment êtes-vous parvenu à faire d'un film où la mort est tellement présente une œuvre si lumineuse ?
Parce que nous nous sommes laissés emporter par le charisme et la personnalité de Ramón, à commencer par
Javier Bardem. C'était le paradoxe de Ramón : qu'une personne si pleine de vie et qui s'entendait tellement bien avec les autres soit en qûete de la mort. La mort est un thème récurrent dans mes films mais, si
Les Autres était un portrait de famille vu sous un angle obscur, du point de vue de la mort, MAR ADENTRO est une approche de la mort vue sous l'angle de la vie, du quotidien, du naturel, une approche très lumineuse.
Quelle signification a la mer dans ce film ?
Mar Adentro est un vers tiré d'un poème écrit par Ramón Sampedro. A un moment dans le film, Ramón dit que la mer lui a donné la vie et la lui a reprise, parce que c'est là qu'il a eu son accident. La mer communique également un sentiment d'évasion. C'est une ligne d'horizon qui ne s'achève jamais, qui représente l'infini. L'expérience de Ramón s'apparente à une tentative d'évasion, de voyage, que l'on retrouve également dans l'expérience cinématographique. Je demande toujours à mes amis lorsqu'ils préparent des projets : « où est le voyage ? ». Maintenant que le cinéma européen est menacé par le cinéaste américain et que le cinéma mondial est menacé par le piratage et les nouveaux formats, je crois que l'expérience cinématographique devrait être un voyage. Pas forcément un envol, mais un voyage émotionnel, quelque chose qui te libère de ta réalité et te conduit à une autre.