MARIAGE MIXTE est un projet auquel vous pensez depuis plus de dix ans, pourquoi avoir attendu aussi longtemps avant de le réaliser ?
"En fait, cette histoire remonte à la naissance de ma fille Lisa, il y a dix-huit ans. Quand pour la première fois, je l'ai prise dans mes bras, j'ai pensé comme tous les pères du monde : "un jour, un homme (je le redoute déjà) va me prendre !". Je sais, cela fait sourire mais entre un père et une fille, les rapports sont si forts, si intenses, qu'il faut se préparer pour le meilleur et… pour le pire. Faire ce film était sans doute pour moi u moyen de me préparer. Pendant toute l'écriture, j'ai essayé de me mettre à la place de mon héros en me posant la seule question importante : comment réagir face au destin ? Et face à l'amour, que peut-on faire ? Rien…"
Sincèrement, votre véritable angoisse, c'est que votre fille appartienne un jour à un autre homme ou qu'elle épouse un jour quelqu'un qui n'a pas les mêmes origines ?
"Les deux ! Mais l'angoisse, c'est le moment où l'on passe le relais. Ce moment-là on le redoute et on espère qu'une seule chose : qu'il soit en harmonie avec ce que souhaite mais la vie est une perpétuelles surprise. Quant au problème de l'appartenance c'est une véritable interrogation. Est-ce important que votre futur gendre ait les mêmes racines que vous, la même histoire, la même religion ? Bien sûr, et c'est important dans toutes les communautés ! C'est pourquoi notre film raconte les inquiétudes d'un père qui rêve de fabriquer un mari pour sa fille qui lu ressemble. Max Zagury est un homme d'action et de pouvoir, il; aime sa fille plus que tout au monde et l'idée de la perdre le bouleverse au point qu'il va jusqu'à décider de faire habiter le futur couple à côté de chez lui et d'ouvrir une porte entre les deux appartement afin de pouvoir, le soir, aller embrasser sa princesse ! Mais voilà, les choses ne se passeront pas tout à fait comme il l'avait prévu."
Comment s'est passée l'écriture du scénario ?
"Quand nous avons abordé ce sujet avec Daniel Saint-Hamont et Pierre Aknine, le thème du mariage mixte nous paraissait être une question que l'on ne pouvait traiter à la légère. Comment faire pour être ni pour ni contre ? Instinctivement, je sentais que l'on pouvait, sur ce sujet, construire une comédie. Tout reposait sur la personnalité du "père de la mariée". Il fallait que le ^personnage soit "hors norme", démesuré, fou pour dépasser le réalisme et nous faire rire d'une situation quiest grave pour beaucoup de gens. On a alors imaginé u personnage qui ressemble à
Robert De Niro dans
Mafia Blues. A partir de cette opinion, le film était trouvé. Tout a été très vite. On tenait le fil rouge de l'histoire ; oubliée la personnalité lourde à porter du sujet. On pouvait s'amuser."
Max Zaguery est donc un descendant de Raymond Bettoun, le héros du Grand Pardon ?
"Absolument ! Gérard faisait déjà partie de la "mythique" famille Bettoun et Zaguery est sûrement un vague cousin. Max est un ex-mafieux au "cœur tendre" et on s'est amusé à en faire un vrai personnage de comédie. Tous les clichés étaient là pour nous faire rire, pour nous donner du plaisir mais sans jamais tomber dans la parodie ni dans la vulgarité."
Avez-vous écrit le rôle pour Gérard Darmon ?
"Oui, dès le début , nous avons pensé à lui. C'est mon cinquième film avec Gérard et je n'ai pas eu besoin d'attendre le succès d'
Asterix pour lui proposer ce scénario. Depuis le début de ma carrière, j'ai toujours entretenu des relations plus que fraternelle avec lui, que ce soit dans
Le Grand Pardon,
Le Grand Carnaval,
Pour Sacha ou
Le Grand Pardon 2. J'avais hâte de le retrouver sur un plateau. Gérard est un grand acteur avec un potentiel comique incroyable. Pendant les neuf semaines de tournage, il est allé jusqu'au bout de l'invention. Il savait que j'étais bon client ! j'ai été son premier spectateur et c'était le bonheur chaque jour de tournage."
Il est incroyablement à l'aise dans le film.
"Aujourd'hui, Gérard est en parfait équilibre avec sa personnalité, son physique et son métier. C'est un virtuose qui ose. Je le retrouve à un moment de sa vie et de sa carrière où il est aimé du public et reconnu des professionnels. Ça donne des ailes et encore plus de talent. Il est bien dans sa peau et cela se sent. Il fait tout passer."
Comment s'est fait le choix d'Olivia Bonamy ?
"Depuis
Le Ciel, Les Oiseaux Et Ta Mère, j'avais envie de travailler avec Olivia. Dans ce film, elle m'a touché. Elle est vraie et juste. Elle a aimé Lisa, ce personnage tout en passion. Elle lui a apporté sa fraîcheur, son émotion… J'ai été bluffé ! Si elle tient tête à son père, c'est qu'elle lui ressemble. Elle a du caractère et sait comment le prendre et lui résister. Il est une sorte d'astre qui rayonne sur tout le monde et brusquement, sans qu'il s'y attende, Lisa va dire non. Son univers va s'écrouler."
Il y a une très belle distribution…
"C'était très excitant de constituer cette famille. J'avais un peu l'impression de retrouver mon métier de metteur en scène de théâtre : réunir une troupe ! Fanny Cottençon, c'était une idée du directeur de casting et j'ai trouvé que cela faisait un bon équilibre avec Darmon. Elle est lumineuse et donne l'impression qu'elle forme un couple avec Max depuis 20 ans.
Antoine Dulery a été pour moi une révélation. Je l'avais rencontré dans les festivals. Je l'ai toujours trouvé inventif et drôle. Il me l'a confirmant en jouant son associé, on a vraiment le sentiment de voir des copains de toujours, avec une complicité rare.
Jean Benguigui, c'était une évidence. J'ai écrit le personnage pour lui et il m'a rendu au centuple ce que j'espérais. Celle que je ne connaissais pas du tout, c'était
Axelle Abbadie. J'ai découvert une actrice de comédie hors pair. Elle a une force comique incroyable ! Il y a aussi Julie Dray qui joue sa fille et
Olivier Sitruk avec qui je voulais travailler depuis longtemps. En le regardant jouer, j'avais parfois l'impression de revoir un peu
Claude Rich dans
Oscar ! Et puis, pour les grands-parents, je suis allé chercher dans la famille de mes films. Lucien Layani est là depuis
Le Coup Du Sirocco, comme Anne Berger qui, elle aussi, a participé à presque tous mes films.
Pour moi, ils symbolisent avec truculence les parents ou les grands-parents d'Algérie. Le clan Zaguery était constitué, il fallait s'occuper de celui des Dupreux de La Vigerie, les châtelains du sud de la France.
Patrick Chesnais et
Béatrice Agenin forment un couple délicieusement hors norme ! Leur fils,
Thomas Jouannet, campe le bel amoureux et pour le grand)père, une très belle idée Philippe Lemaire…"
Le personnage de ce grand-père est d'ailleurs le seul à être ouvertement antisémite.
"On voulait dans cette belle-famille décrire un personnage extravagant, une sorte de dinosaure. Il fallait qu'il soit un peu décalé afin de le faire évoluer. Au fond, les grands-parents des deux bords ont la même certitude : le mariage de Lisa et Jean-christophe est un non-sens. Le paradoxe amusant, c'est de voir, durant la cérémonie, Ninette d'Alger, la grand-mère et Charles Dupreux de La Vigerie, le grand-père à la fois dénigrer ce mariage mixte et ostensiblement se "draguer" comme deux jeunes amoureux."
Dans le film, une assiette joue un rôle assez symbolique…
"L'action se déroule en avril, au moment de la Pâque juive. Au cours de ce repas de fête, il y a une tradition observée par toutes les familles depuis toujours. On doit laisser la porte entr'ouverte et ajouter un couvert pour l'étranger, "celui qui peut venir et qu'on ne connaît pas". Il y a la même tradition de générosité chez les musulmans pour l'Aïd El Kébir. Chez nous, en Algérie, à l'occasion de cette fête, on sortait du placard un modeste trésor familial. Il s'agissait d'une assiette en faïence richement colorée. Cette assiette, on ne l'utilisait que pendant le soir de Pâques. Elle était destinée au chef de famille. Aujourd'hui, c'est moi qui en ai hérité. De génération en génération, cette assiette est devenue une sorte de relais. C'est pourquoi dans mon film, nous l'avons mise en scène. On a voulu à la fois lui faire jouer un rôle dramatique au début et positif à la fin. Même rafistolée, elle sera et restera le lien ancestral de la famille."
Pourquoi avez-vous choisi de situer cette histoire dans la communauté juive ?
"Depuis que je fais du cinéma, cette question m'est souvent posée mais, vous savez, on ne parle bien que de ce que l'on connaît. J'ai aussi raconté cette histoire parce que les mariages mixtes posent un vrai problème dans cette communauté. Il faut comprendre les groupes minoritaires. Savez-vous qu'en France, il y a 99% de probabilités qu'un membre de la communauté juive épouse quelqu'un d'une autre religion alors qu'il y a 1% de probabilités de voir un mariage dans l'autre sens.
Dans le monde entier, c'est une véritable préoccupation pour les communautés minoritaires qu'elles soient juives, chrétiennes ou musulmanes. Sur le ton de la comédie, on a abordé ce sujet sans l'aseptiser, en étant ouvert, en refusant( l'exclusion et en préservant la spécificité et la culture de tous. La différence est un enrichissement."
On ne parle jamais de technique dans les films de comédie, pourquoi ?
"C'est dommage de ne pas en tenir compte. Pour moi, la technique fait partie intégrante du cinéma même et surtout si cela concerne une comédie. Pour MARIAGE MIXTE, j'ai voulu une lumière chaude et étincelante. J'ai fait appel à
Maxime Alexandre, un jeune directeur de la photo que j'avais connu sur mon dernier film
Entre Chiens Et Loups et qui avait travaillé sur
Haute Tension, le film de mon fils,
Alexandre Aja.
Baxter, le monteur, avait collaboré à ce film. Il y a 2200 plans dans MARIAGE MIXTE, ce n'était pas évident !
Tony Egry, mon frère, a su faire un décor chatoyant avec une économie qui n'est pas celle des casinos de Max Zaguery ! Pour la musique, j'ai eu beaucoup de plaisir à travailler pour la première fois avec Khalil Chahine qui avait fait plusieurs films avec Gérard Jugnot. Durant ce mariage, il y a aussi un nouveau groupe que l'on va découvrir, les "Reines de Saba", qui interprètent deux tritres, un mélange de chansons arabes mêlant aussi l'espagnol et le français…"
MARIAGE MIXTE est votre grand retour à la comédie pied-noir. N'avez-vous pas attendu trop longtemps ?
"Oui, j'ai attendu trop longtemps ! C'est magnifique de pouvoir mettre en scène une comédie avec des acteurs qui réagissent "à 100 à l'heure". C'est un plaisir que j'ai partagé avec tous les techniciens du film. Le tournage s'est passé vite, trop vite. Les situations me faisaient tellement rire, j'avais un énorme plaisir à les filmer… Je sais que l'on ressent ce bonheur à l'image."
Votre prochain projet n'est pas un film mais une comédie musicale…
"Je renoue avec le théâtre vivant puisque je vais signer le livret et la mise en scène d'un spectacle musical intitulé LES ENFANTS DU SOLEIL conçu par Didier Barbelivien et dont Cyril Assous a composé la musique. Daniel Saint-Hamont sera aussi de cette aventure. C'est l'histoire de trois familles qui quittent l'Algérie en 1962. Des colons, des harkis et des juifs. Elles se retrouvent sur le bateau qui va quitter Alger pour rejoindre Marseille. Tout se passera sur le pont du bateau entre ciel et mer. Des chansons magnifiques qui vont droit au cœur. La création aura lieu au Dôme, à Marseille, pendant deux mois à partir du 23 septembre. Il y aura ensuite une tournée dans tous les Zénith de France avant une salle parisienne en 2005."