Tout d'abord, quelle expérience avez-vous du mariage ?
J'ai vécu dix-sept ans avec le père de ma fille, auquel le film est dédié, et nous nous sommes mariés à mi-parcours. Mais, même si je me retrouve un peu dans tous les personnages, ce film n'est pas mon histoire, c'est plutôt un condensé des amours et des mariages que j'ai pu observer autour de moi. J'adore observer les gens... particulièrement les couples.
Quand et comment est né ce scénario ?
Bizarrement, il est né à une seconde très précise, alors que j'assistais à un mariage à un moment de ma vie où je n'y croyais plus, une seconde de profonde lucidité et de tristesse effroyable, car il n'y a rien de plus triste que de voir des gens prier et de ne plus avoir la foi, rien de plus triste que de voir des gens qu'on aime se promettre un amour éternel et d’être convaincu qu'ils finiront comme tous les autres... De là sont nés les personnages de Valentine et Alex dont les doutes contaminent les couples autour d'eux, révèlent les tensions et les hypocrisies.
Et de cette “tristesse effroyable”, vous avez fait une comédie où l’on rit beaucoup…
On ne se refait pas ! Si le résultat est tragi-comique, c'est parce que le mariage lui même l'est : souvent durant les noces, les sentiments sont exaltés, on rit et on pleure en même temps, les enjeux familiaux ressortent, les angoisses personnelles et les frictions de couples resurgissent, même l'ennui y est exacerbé... D'où des situations souvent cocasses, parfois extrêmes. D'ailleurs depuis que je travaille sur ce projet, des dizaines de gens m'ont raconté des dizaines de mariages épouvantables, des mariés qui ne se présentent pas à la mairie, des familles entières qui partent au milieu du repas, des amants qui sortent des placards, des bagarres qui éclatent... En fait, ce film est très en dessous de la réalité !
En fait, que représente pour vous le mariage ?
Le mariage est un peu à l'amour ce que la messe est à la foi : dans le fond les raisons d'y aller sont profondes et sublimes. Dans les faits, ce n'est pas aussi clair que ça... Quoiqu'on en dise, les pressions familiales, sociales, psychologiques existent toujours et il y a toujours autant de mauvaises raisons de vouloir se marier. Et quand on se marie pour de mauvaises raisons, le contrat se transforme vite en contrainte. Et c'est ainsi que Ben et Johanna, s'ils ne font rien, se retrouveront dans dix ans dans le même état que Valentine et Alex, qui eux mêmes finiront probablement comme Micky et Hugo : ces trois couples sont en fait le même couple, marié trop tôt sans trop savoir pourquoi, et exploré à trois moments fatidiques de son existence de couple. Mais peut-être les 24 heures de cette histoire leur feront gagner 10 ans de réflexion ?
Parmi tous ces personnages, lequel vous touche le plus ?
Je n'ai pas de préférence, j'adore tous les personnages, tous sont issus de la vraie vie, avec leurs failles et leurs raisons. J'ai essayé de faire un mariage que l'on connaît tous, avec des gens que l'on reconnaît. Mais j'ai quand même une tendresse pour Micky, parce qu'elle est au bout du chemin, libre et enfin capable d'aimer. J'étais très heureuse d'offrir ce rôle à
Lio, elle-même si libre, si tendre et si généreuse, et que l'on va pourtant peu chercher pour ce genre d'emploi.
Tous les comédiens sont vraiment épatants. Comment les avez-vous choisis ?
J'ai écrit le film en m'inspirant de la vie, sans penser à des acteurs en particulier. Du coup le casting a été très difficile à faire, chaque rôle étant écrit de façon très précise et lié aux autres par des rapports familiaux ou amicaux. Il fallait trouver les interprètes exacts tout en créant un groupe cohérent et homogène.
Et puis il fallait que la sauce prenne entre les personnages… mais aussi entre les acteurs. J'ai vite compris qu'il était absolument nécessaire pour le film que l'ambiance soit bonne sur le tournage, aussi ai-je été chercher des acteurs que j'admirais et qui soient aussi des êtres humains de qualité...
J'ai vite pensé à Jean et Mathilde. Je pense que Jean est la grande star masculine de ces prochaines années. Il a lu et m'a répondu en deux heures. Mathilde, cela faisait très longtemps que j'avais envie de travailler avec elle. J'ai mis sept mois à la joindre... mais deux heures après elle disait oui ! À la fin du casting, on s'est rendu compte que tous ceux qui faisaient le film avaient répondu en moins de 24 heures : ils ont tous en commun un enthousiasme, une spontanéité, une générosité dont j'avais absolument envie pour ce film.
Je sais que ça fait très convenu de dire qu'on a été une troupe heureuse, mais c'est vrai ! Il y a eu une générosité folle de la part de tous, beaucoup d'investissement, beaucoup de travail, jusqu'aux seconds rôles qui pourtant n'étaient pas faciles, et même jusqu'aux figurants qui fouillaient dans leurs souvenirs de mariages et me proposaient des gestes, des attitudes... Ça a été une expérience humaine extraordinaire.
Et d'un point de vue technique ?
Là, ça a été plus difficile... Essentiellement à cause du manque de temps. Je ne sais d'ailleurs toujours pas comment on a réussi à tourner tout ça en sept semaines ! Dans la moitié des scènes, j'avais douze comédiens principaux, vingt secondaires, quatre-vingt figurants à caser dans le décor et dans le cadre, à faire vivre au son. Il fallait chorégraphier les actions principales au premier plan, des actions secondaires aux deuxième, troisième, quatrième plans... Il fallait être suffisamment dirigiste pour mener le gros bateau et à la fois suffisamment souple pour laisser rentrer la vie dans le film. Et il fallait essayer de développer une histoire originale tout en restant dans les lieux communs du mariage, en respectant ces sons, ces images, ces impressions que tout le monde connaît et revisite chaque été, afin que chacun puisse avoir l'impression de l'avoir déjà vécu. Heureusement, j'étais entourée d'une équipe en béton armé, je n'aurais jamais réussi sans elle.
Conseillez-vous ce film aux futurs jeunes mariés ?
Oui ! Parce qu'il leur dit : si vous plongez, plongez vraiment !