Le fameux cliché de Joe Rosenthal fixe en réalité le deuxième lever de drapeau sur l'île. Après avoir débarqué sur Iwo Jima le 19 février 1945, la 5ème Division de Marines tenta de s'emparer du Mont Suribachi. Au cinquième jour, les Américains avaient déjà subi de très lourdes pertes, mais obligé les Japonais à se réfugier dans des grottes. Ce matin-là, il fut décidé de hisser les couleurs américaines au sommet de la montagne pour saluer les efforts des combattants et signifier l'espoir, encore ténu, d'une victoire.
Le ministre de la Marine souhaita que ce drapeau lui fût ensuite remis à titre de souvenir personnel, mais le colonel Chandler Johnson, commandant du régiment, estima que cette bannière appartenait à ses hommes.
Il demanda donc au Marine Rene Gagnon d'aller porter sur place un autre drapeau, plus grand.
Gagnon escalade la montagne, où il retrouve les Marines Michael Strank, Harlon Block, Ira Hayes et Franklin Sousley, occupés à installer une ligne téléphonique. En guise de hampe, les cinq hommes décident d'utiliser un vieux tuyau, si lourd qu'ils demandent l'assistance de l'infirmier John "Doc" Bradley. Rosenthal comprend alors ce qui se passe. Il pose son appareil photo et commence à empiler un tas de pierres pour disposer d'un meilleur point de vue. Pressé par le temps, il reprend l'appareil et presse le déclencheur. Geste historique… La pellicule part pour un labo de Guam, où elle est développée avant d'être transmise à AP. Dix-sept heures plus tard, l'agence la met sur le marché.
Trois des hommes photographiés ce jour-là mourront au combat. Les Marines Gagnon et Hayes et l'infirmier Bradley seront rapatriés pour contribuer à la 7ème vente de Bons de Guerre.
Ryan Phillippe (
Collision,
Gosford Park) interprète Bradley : "C'est un homme honnête, simple et direct. Il ne prétend pas être autre chose que ce qu'il est. J'ai fait tout mon possible pour interpréter de la façon la plus honnête et la plus complète ce type remarquable;"
Pour s'y préparer, l'acteur passa un certain temps avec
James Bradley, fils de "Doc" Bradley et auteur de "Flags of our Fathers" : "C'était un peu étrange de me présenter à lui comme l'interprète de son père, mais il m'a reçu très chaleureusement et a trouvé que j'étais un bon choix."
Sur le plan technique, le principal challenge de Phillippe fut d'assimiler les techniques de base médicales : "J'ai appris à faire un tourniquet, à mettre en place un bandage ou des attelles. Plusieurs générations d'hommes ont fait la guerre au sein de ma famille. Mon père s'est battu au Vietnam, ainsi que mon oncle, et mes deux grands-pères ont fait la Deuxième Guerre. C'est une énorme responsabilité et un honneur de pouvoir leur témoigner mon respect."
Le hasard ou le destin place Doc au sein d'une unité plus petite, comprenant trois des "porte-drapeaux" survivants, dont Rene Gagnon, qu'incarne
Jesse Bradford.
Autant Bradley est taciturne, autant Gagnon est extraverti. Ce bon vivant, enivré d'une gloire soudaine, ne mesurera que plus tard les sacrifices qu'entraîne la poursuite d'une guerre. "Rene n'a que 19 ans", rappelle Bradford. "Il a eu une jeunesse protégée, et n'est peut-être pas tout à fait à la hauteur des circonstances. Mais c'est aussi un garçon dévoué qui fait tout ce qu'on lui demande."
"Au fil de leur tournée à travers les États-Unis, ces jeunes gens deviennent des célérités", note Eastwood. "On les fête, on leur accorde une grande attention, ce qui est un peu troublant à cet âge. Bien qu'ils en aient vu de toutes les couleurs à Iwo Jima, ils sont conscients que d'autres ont traversé des épreuves encore plus terribles."
En dépit d'une certaine forfanterie juvénile, Gagnon ressentit sans doute des émotions aussi subtiles et contradictoires que ses compagnons, estime Bradford : "Son fils et moi avons longuement évoqué sa personnalité. Je pense que Gagnon avait certaines failles, mais aussi qu'il était un héros à sa manière, très conscient de l'importance de cette contribution à l'effort de guerre. J'ai essayé de privilégier ses bons côtés."
"Devenir des figures publiques, être ovationné par des milliers de gens, a soumis ces gars à d'énormes pressions", souligne Eastwood. "Il leur a fallu faire un gros effort pour les surmonter. Certains n'y sont pas arrivés."
Le troisième "porte-drapeau" est Ira Hayes, personnage complexe et énigmatique que sa célébrité soudaine et un difficile retour à la "vie normale" pousseront à boire. Eastwood choisit pour ce rôle
Adam Beach, partenaire de Nicolas Cage dans
Windtalkers. "Je pense qu'Adam a parfaitement capté l'essence d'Ira Hayes", dit le réalisateur.
"Ira est à bien des égards un héros de guerre classique", estime Beach. "Après avoir survécu à trois des plus sanglantes batailles du Pacifique Sud, il n'a qu'un désir : repartir se battre aux côtés des copains. Il ne supporte pas d'être en sécurité aux États-Unis, alors que d'autres continuent à vivre l'enfer de la guerre. Mais il a aussi le désir de réussir cette tournée, qui se révélera la plus profitable de toutes."
Le film évoque aussi les destinées des trois "porte-drapeaux" morts au combat : Michael Strank, Harlon Block et Franklin Sousley.
Barry Pepper (
La Ligne Verte,
Il Faut Sauver Le Soldat Ryan) interprète le sergent Strank : "C'est le genre d'homme qui vous galvanise en s'investissant à fond. Ses subordonnés le décrivent unanimement comme un chef de premier ordre, donnant l'exemple à tous."
"Mike Strank avait 25 ans au moment d'Iwo Jima", complète Phillippe. "Les autres gars n'en avaient que 18 ou 19. Strank était donc un vétéran aguerri. Détail amusant :
Barry Pepper, fort de ses expériences martiales sur
Ryan et
Nous étions Soldats, a joué le même rôle auprès de nous et s'est tout naturellement chargé de notre formation."
Les principaux interprètes apprirent à se comporter en soldats sous la direction des quatre conseillers militaires du film, sans avoir à faire leurs "classes" pour autant. "Clint ne le souhaitait pas", dit Pepper. "Il fallait que les jeunes aient le comportement de soldats qui débarquent en pleine bataille et en pleine pagaille après avoir tout juste eu le temps d'endosser leur uniforme."
Benjamin Walker interprète le première classe Harlon Block. "Membre de l'équipe de foot de son lycée, Harlon était en grande forme avant de faire ses classes. Il m'a fallu un effort intense pour atteindre son niveau – une épreuve physique dure, mais aussi une fantastique expérience."
Le dernier des six "porte-drapeaux", Franklin Sousley, est interprété par
Joseph Cross : "C'est un joyeux drille, sans doute un peu plus naïf que les autres, qui s'amusent à le chambrer et le considèrent un peu comme leur petit frère. Travailler avec Clint a été l'une des expériences les plus incroyables de ma vie. Il commence par vous jauger puis, à sa façon, très paisiblement, très gentiment, il vous donne toute latitude pour interpréter le rôle comme vous le percevez. Il vous amène ainsi à partager sa propre vision et à donner le meilleur de vous-même."
"C'étaient des jeunots efflanqués, qui sortaient tout juste de la Dépression", souligne
Clint Eastwood. "Beaucoup d'entre eux rallièrent les Marines, d'autres furent enrôlés dans l'Armée. Tous croyaient à leur tâche et persévérèrent."
Eastwood s'appuya sur la compétence et l'énergie de sa directrice de casting,
Phyllis Huffman (décédée durant la postproduction). "Elle était sa confidente", explique le producteur
Robert Lorenz. "Elle avait du pain sur la planche avec Mémoires de nos Pères, qui compte plus 100 rôles parlants. Elle a auditionné des centaines d'acteurs de New York à Los Angeles, et un peu partout."