Quel est le sujet de votre film ?
Un accident de voiture entraîne l’amnésie de l’héroïne : celle-ci a perdu tout souvenir des trois dernières années. Elle ne se souvient que de l’époque où elle était follement amoureuse de son mari et a oublié sa trahison. Le mari, médecin, décide de l’aider à retrouver la mémoire. Cette histoire, qui se déroule dans des circonstances absurdes et tragiques, pose plusieurs questions. Mais l’essentiel n’est pas de savoir si elle va retrouver la mémoire ou s’ils vont retomber amoureux. L’important est de saisir la fragilité, et en même temps la ténacité, de l’amour.
Quelle a été votre source d’inspiration ?
Un poète chinois nommé Wang Wei a écrit, il y a plusieurs siècles : « Si tu marches jusqu’à un endroit où l’eau a disparu, assieds-toi et profite de la brume qui se lève ». Cela signifie que si l’on grimpe jusqu’à un sommet où il n’y a pas d’eau, il suffit de s’asseoir et d’admirer calmement les nuages, car ils sont faits d’eau. Il existe également un vieux proverbe chinois qui dit : « Fais un pas en arrière et tu verras un avenir plus clément. » Ces citations représentent les concepts de base des philosophies zen et bouddhiste chinoises qui défendent une conception orientale de la transcendance. Des attitudes répréhensibles peuvent mener à des actions positives et constructives. Bouddha, dans sa clémence et dans sa compassion, considère que même si les humains connaissent le mensonge, la trahison et la colère, ils ne doivent pas pour autant être blâmés, car un véritable amour peut naître d’une déception.
Les personnages de vos films précédents venaient d’un milieu social défavorisé. Ceux de Memory Of Love viennent de la classe moyenne aisée. Pourquoi avoir fait ce choix ?
Quand j’ai tourné mes précédents films qui, effectivement, soulignaient les conditions de vie difficiles des classes sociales défavorisées en Chine, je ne faisais pas seulement mon travail de réalisateur, mais j’assumais mes responsabilités en tant qu’intellectuel. Toutefois, je vois les changements liés au développement de la Chine et j’ai décidé de tourner ma caméra vers des gens comme moi : il est temps pour moi de passer à l’autocritique. Ce n’est qu’après s’être compris soi-même qu’on peut tenter de montrer les autres.
D’après vous, comment les changements intervenus ces dernières années dans la société chinoise influent sur la mentalité des personnages du film ?
La répartition des revenus en Chine est inégale et la communauté internationale, tout comme le cinéma, concentrent toute leur attention sur les classes sociales les plus défavorisées. Mais quid de l’état d’esprit des classes moyennes, voire aisées, et de leurs aspirations pour l’avenir ? Elles doivent relever le même défi que les sociétés occidentales : avec l’effondrement des valeurs traditionnelles, elles doivent se reconstruire sur un désert spirituel.
Memory Of Love tente de résoudre une situation émotionnelle difficile. Ce que je veux, c’est accompagner le public dans la recherche d’un amour perdu et de valeurs spirituelles.
Comment est construit votre film ? Je construis tous mes films de la même manière : l’intrigue me permet d’exprimer des idées, des pensées et de souligner le destin des personnages qui se traduit par un mélange d’émotions.
Memory Of Love se distingue légèrement de mes précédents films, mais ils sont tous unis par un même style et un même esprit. Dans la mesure où je ne me concentre pas sur la critique sociale, je peux porter une plus grande attention à leur esthétique. A un moment du film, le mari dit à sa femme : «Moi je peux oublier l’histoire d’amour que tu as eue avec Chen Mo, mais toi, tu dois t’en souvenir.»
En quoi cette vérité est fondamentale, pour votre film ?
Cette réplique est une déclaration d’amour incroyable de la part de Li Xun. Il est important de souligner l’évolution de son personnage. La musique qui précède cette phrase est très importante dans le film. Elle permet au public de mieux saisir le changement dans l’esprit de Li Xun : l’essence de l’amour est un choix, une décision.
Croyez-vous au destin ?
Oui. Si Li Xun considérait He Sizhu uniquement comme son épouse, il serait très en colère contre elle en raison de sa trahison. Mais si Li Xun la traite comme une femme indépendante, son histoire d’amour extra-maritale devient uniquement un élément de son destin : il n’a plus à être en colère contre elle.
Comment avez-vous travaillé avec vos co-producteurs ?
C’est la troisième fois que je travaille d’une manière très amicale et efficace avec le producteur français
Sylvain Bursztejn. J’apprécie ses efforts et sa contribution à la reconnaissance du cinéma chinois indépendant sur la scène internationale.
Que pensez-vous de l’évolution du cinéma chinois ?
Le marché du film en Chine connaît une croissance importante et constante, et ce malgré la crise financière actuelle. Il existe un équilibre entre les films chinois et les films hollywoodiens. Toutefois, je pense que la qualité des films chinois devrait être améliorée de manière significative, car c’est la seule manière d’attirer le public.